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La compagnie Corson : Une passion en héritage

24 novembre 2006, 00:00

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?Ziska mo ledan tonbe, mo mars ek mo badinn, mo seve blan net, mo pou res pasyone par dite.? Existerait-il un meilleur témoignage de passion que celui-là? Quand Deborah Corson Adam, assistante directrice de la compagnie Corson, parle de sa famille et de l?entreprise familiale, c?est avec ses tripes qu?elle le fait. Elle le dit elle-même. ?Moi, ce sont mes tripes qui parlent, c?est mon histoire, c?est ma famille.?

Bientôt 120 ans que ça dure (l?anniversaire sera fêté samedi) et ?Nous voudrions que ça dure au moins 120 ans de plus si le pays nous le permet?, ajoute Deborah Adam. Cette dernière est l?aînée des quatre filles Corson. C?est sa s?ur, Mylène Merle, qui dirige l?entreprise. Elles font toutes deux partie de la cinquième génération de la famille engagée dans le thé.

Comment a débuté cette passionnante histoire ? Joseph Marie Corson accoste à Port-Louis en 1792 à bord du vaisseau Le Succès. Nom prémonitoire ? Son petit-fils, Joseph Jules Corson, quitte Maurice en 1872 pour Ceylan où il étudie les méthodes de production de thé. En janvier 1886, des graines de thé arrivant de Ceylan sont plantées sur cinq arpents de terre à la rue Lees, à Curepipe.

C?est le début d?une longue histoire. En 1919, l?usine Corson met sur le marché le thé vanillé. Malgré les problèmes de la Première Guerre mondiale, les cyclones, les sécheresses, les mauvais prix en 1934, la famille ne baisse pas les bras, poussée vraisemblablement par un ?entêtement à réussir?.

Deborah déborde de fierté pour ce breuvage. ?Pour moi, le thé c?est un moment de partage, de rassemblement. Il n?y a pas d?heure pour prendre le thé. All time is teatime.? Les moments qu?elle préfère, c?est quand elle s?entend dire : ?Monn konn ou granper, monn konn ou papa.? Rien de mieux pour se remémorer cette captivante histoire familiale.

Corson compte environ 90 employés à la Corson Tea Factory, mais l?entreprise travaille en collaboration avec une trentaine de métayers et plus de 300 planteurs dans la région de Nouvelle-France, 16e Mille, qui signent un contrat avec Corson chaque année.

Une lutte de 24 ans

Malgré les apparences, le parcours n?a pas été toujours rose. En 1980, le père de Deborah et de Mylène décède d?un cancer. Elizabeth, la mère de Mylène et Deborah, est Irlandaise. Elle ne parle ni le français, ni le créole et se retrouve livrée à elle-même. ?Elle aurait pu regagner l?Irlande avec nous dans ses bagages, mais elle est restée. Sûrement grâce à ce sang irlandais?, déclare Deborah.

?Mon beau-père m?a beaucoup aidée. Il m?a demandé de rester à Maurice, pour ne pas être séparé de ses petits-enfants?, ajoute Elizabeth. Cette dernière se fait alors la promesse de rester, du moins tant que son beau-père serait là. Mais, même après la mort de ce dernier, cinq ans après celle de son fils, Elizabeth, seule femme dans le métier, continue la lutte pendant 24 ans, le temps que ses filles prennent la relève.

?Ça fait deux ans que j?ai pris ma retraite, mais je ne me suis jamais éloignée. Ce fut une expérience fantastique. Il fallait de la détermination, et j?en avais?, dit Elizabeth en riant ?Ce sont les 24 ans les plus gratifiants de ma vie. Quand je regarde cette plantation maintenant, je me dis, Ouais, tu l?as fait !? Répondant à une question sur ce qu?elle pense de l?avenir du thé à Maurice, elle déclare ?En grande optimiste que je suis, j?ai envie de croire qu?il y a toujours de l?avenir dans le secteur du thé mauricien.?

Corson n?envisage pas d?agrandir sa culture pour le moment parce que cela prend sept ans pour récolter deux feuilles et une aiguille (two leaves and a bud). Mais elle aurait voulu que plus de planteurs se joignent à elle. ?120 ans, c?est le moment de dire merci. Merci à ma famille, à ma maman, aux planteurs qui nous ont fait confiance. On n?est pas seuls dans ce success-story. Grâce à eux, on peut rouler l?usine et faire du thé pour vous?, declare Deborah.

Il est trop tôt pour songer à la relève puisque l?aînée des enfants ? la sixième génération ? n?a que 15 ans. Mais il est clair que ce n?est pas demain la veille qu?on n?entendra plus parler de Corson.

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