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La Commission européenne contre le “populisme” de Chirac

7 octobre 2005, 00:00

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Lassée d’être traitée en bouc émissaire de tous les problèmes économiques et sociaux, la Commission européenne se rebelle contre le “populisme” de Jacques Chirac et exhorte Paris à accepter la mondialisation. La charge menée mardi par le président français contre l’exécutif européen a continué mercredi à faire des vagues à Bruxelles, où l’on ne comprend pas qu’un simple aveu d’impuissance sur les licenciements décidés par Hewlett-Packard en France puisse conduire à une telle remise en cause. “La Commission, qui évolue de concession en concession, (...) ne donne pas le sentiment de défendre les intérêts européens”, a-t-il dit lors d’une conférence de presse en l’accusant de se “désintéresser” de la décision du groupe informatique américain de supprimer 1 240 emplois en France. La Commission a réagi crescendo à cette attaque née du constat fait le 21 septembre par José Manuel Barroso, lorsque la France lui a transmis le dossier.

Tout en se disant prêt à mobiliser les moyens de l’UE, le président de la Commission ajoutait: “Néanmoins nous devons dire clairement qu’il n’est pas de la compétence de la Commission d’empêcher Hewlett-Packard de licencier des salariés.” Sa porte-parole, Françoise Le Bail, a d’abord rejeté mardi le rôle de “bouc émissaire” que Chirac veut faire jouer à l’UE en soulignant qu’on attendait “davantage d’engagement européen” des dirigeants dans la crise constitutionnelle actuelle.

L’UE n’est pas plus compétente que les autorités françaises pour interdire les licenciements d’une multinationale, le seul instrument dont elle dispose étant un texte obligeant à informer et à consulter les travailleurs.

Dans la soirée, Barroso a mis à profit une conférence du forum delorien “Les amis de l’Europe” pour répliquer d’une manière implicite mais claire, sans citer Chirac. “Il y a maintenant en Europe deux types de populisme: le premier vise les marchés, l’autre attaque l’idée même d’Europe et veut faire porter le chapeau aux institutions de l’Europe”, a-t-il dit dans un discours. “Quel message l’Europe émet-elle ? L’angoisse, la crainte du monde extérieur ?”, s’est-il interrogé, accusant certains pays européens de “battre en retraite” devant la mondialisation.

Le vice-président de la Commission, Günter Verheugen, a martelé le même message mercredi à l’adresse des gouvernements qui, comme celui du Premier ministre français Dominique de Villepin, plaident pour le “patriotisme économique”. “La politique de la Commission est une politique d’ouverture des marchés au niveau mondial parce que nous en profitons”, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse en présentant des propositions pour une politique industrielle. “Nous ne voulons pas protéger l’industrie européenne contre la concurrence”, a-t-il ajouté en refusant “l’interventionnisme” et les “subventions” comme outils de cette politique. “Nous ne pouvons pas le faire, nous ne voulons pas le faire”.

Un nouvel “appel de cochin”?</B>

Certains fonctionnaires européens n’hésitent pas à comparer la diatribe de Jacques Chirac à l’appel de Cochin prononcé en 1978 avant les premières élections européennes directes de 1979.Dénonçant “le parti de l’étranger”, la président avait alors déclaré que “tout nous conduit à penser que, derrière le masque des mots et le jargon des technocrates, on prépare l’inféodation de la France, on consent à l’idée de son abaissement”. “Il est de fait que cette Communauté – en dehors d’une politique agricole commune, d’ailleurs menacée – tend à n’être, aujourd’hui, guère plus qu’une zone de libre-échange favorable peut-être aux intérêts étrangers les plus puissants, mais qui voue au démantèlement des pans entiers de notre industrie laissée sans protection contre des concurrences inégales, sauvages ou qui se gardent de nous accorder la réciprocité.”

Ces mots sonnent étrangement actuels aujourd’hui. Le Premier ministre britannique Tony Blair, qui préside pour l’instant l’UE, veut remettre en cause la PAC, sa vision d’une Europe zone de libre-échange a été confortée par le “non” français à la Constitution européenne et la mondialisation fait des dégâts sociaux en France, où la grogne sociale monte.

En outre, Barroso, qui n’était pas le premier choix du couple franco-allemand et est jugé à Paris en partie responsable du “non” français par ses prises de position favorables à l’ouverture des services à la concurrence, défend avec sa Commission une politique “libérale”.

<B>Yves CLARISSE</B>

CAMPAGNE D’INFORMATION

<B>La France en alerte face à la grippe aviaire</B>

■ La France, qui a renforcé son plan de lutte contre la grippe aviaire, va lancer une campagne d’information pour expliquer son dispositif d’alerte en cas de pandémie, annonce le ministre de la Santé. “Je pense que l’on peut informer sans affoler”, a déclaré Xavier Bertrand lors d’une audition à l’Assemblée nationale sur les risques d’une pandémie en France. Sur le plan de la santé animale, la France est déjà en “alerte maximum”, a dit le ministre. La grippe aviaire, apparue fin 2003 en Asie, a tué une soixantaine de personnes et provoqué la mort de centaines de millions de volailles, victimes de la maladie ou abattues par les éleveurs. Les organisations internationales craignent la mutation du virus à l’homme et sa propagation qui pourrait entraîner la mort de millions de personnes dans le monde. Premier producteur de volailles en Europe, la France en a produit 920 millions en 2004, toutes espèces confondues. “Au-delà des mesures de protection, nous devons être dans une phase opérationnelle”, a dit Xavier Bertrand. Pour lui, la pandémie ne relève pas d’une simple supputation et le problème aujourd’hui est “de savoir quand, afin de prévenir et s’en protéger”. Sans préparation, le nombre de malades en France pourrait être de 9 à 12 millions et le nombre de décès de 91 000 à 212 000, a prédit le ministre. L’Institut de veille sanitaire (InVs) dans un rapport publié en juin, estimait que, sans intervention, une pandémie pourrait entraîner en France jusqu’à 20,9 millions de cas.

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