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La cité aux multiples contrastes
par Nazim ESOOF
Point de passage. Ils sont plusieurs dizaines de milliers de Mauriciens à transiter par Port-Louis tous les jours. Pour y travailler. Pour des sauts occasionnels à des fins de chalandage ou autres. Pour ceux-là, Port-Louis se résume aux bâtiments commerciaux et publics. Ceux-ci abondent et s’élèvent de plus en plus haut vers le ciel. Expression de l’ambition d’une ville moderne. Ambition de l’homme de cité qui rime avec béton et gratte-ciel. Port-Louis reste le poumon de Maurice. Mais le cœur n’y est pas toujours pour s’y attarder.
Les images contrastées ne manquent pas. Un marché central, certes rénové, mais qui inspire les pires appréhensions au vu de certains trafics qui s’y déroulent. Des gares routières où le train du développement s’est arrêté d’avancer. Des échoppes en décrépitude qui abritent les vendeurs d’occasion d’objets les plus hétéroclites. Sans oublier une odeur et tout le bataclan d’ordures, reflets d’un incivisme légendaire, qui, tel un collier en aluminium oxydable, rendent compte du mauvais goût et de l’irrespect ambiants. Vaut mieux comme ces milliers d’employés et de passants ne pas trop s’attarder dans cette ville. Pour les affaires courantes, oui. Mais pas pour y passer toute une journée.
Point d’arrêt. Pourtant, elle ne manque pas de charme, cette ville. Entre ces maisons coloniales, témoignage d’une époque où Port-Louis était altière dans sa splendeur voire dans son esprit colonial, et les lieux mémoires de sa riche histoire, de La Citadelle à l’Appravasi Ghat en passant par le théâtre municipal ou encore la rue du Vieux Conseil, la capitale regorge de sites où le temps raconte de belles histoires immémoriales.
Ce qui nuit à la ville depuis toujours, c’est simplement le manque de planification. Aucun réel souci d’aménagement du territoire. Aucun effort pour réglementer les constructions sauvages.
Mais le temps dit aussi la bêtise des hommes. Celle qui se signale par un flagrant manque de planification, une méconnaissance profonde de l’urbanisme et une insolence totale au legs patrimonial. à voir les immeubles et les maisons qui se sont entassés les uns à côté des autres, les uns sur les autres, on sent presque un défi, une irrévérence lancée à l’esthétisme.
Point de suspension. Port-Louis, ville enclave. Surtout ville désertée par une bonne partie de sa population endogène. Parce qu’ici des ghettos se sont construits. Comme dans d’autres régions d’ailleurs. Plaine- Verte, Roche-Bois, Tranquebar, Cassis… Ce sont des baraquements ethniques qui se sont érigés. Autant de signes de cloisonnement. De la peur de l’autre. Et lorsque les fortifications ne suffisent pas, on investit la montagne. Le gâchis est criant.
Au pied des montagnes et des collines qui ceinturent Port-Louis, on assiste au spectacle affreux des terres de l’état envahies par des squatters. Pour des raisons politiques sans doute. Par pauvreté souvent.
Même si aujourd’hui, certaines de ces maisons ont fière allure. Comme quoi, l’amalgame fait entre les méritants et les opportunistes n’est pas sans fondement.
Point final. Quel développement de Port-Louis? Les responsables municipaux affirment déjà que la modicité de l’enveloppe budgétaire réduit les perspectives de modernisation. C’est une rengaine connue. Les projets de développement, il y en a eu. Et il y en aura. Pas seulement au centre ville. Aussi dans les quartiers résidentiels et commerciaux.
Ce qui nuit à la ville depuis toujours, c’est simplement le manque de planification. Aucun réel souci d’aménagement du territoire. Aucun effort pour réglementer les constructions sauvages. Aucune obsession du beau. On la voudrait sensuelle. On la retrouve grossière.
Une ville qu’on développe pourtant. à Plaine-Verte, on a construit un Food Court. Mais les marchands de faratas et de rotis squattent toujours dans le jardin d’à côté. La foire de cité Martial est un véritable capharnaüm. Un site avait été aménagé quelques centaines de mètres plus loin. Entre-temps, il est devenu un dépotoir.
Le problème : les projets de développement ne correspondent pas toujours aux attentes des opérateurs. Entre Caudan et la rue Desforges se met en scène la même dichotomie. Opposition de styles. Confrontation entre le besoin de faire neuf et la peur de perdre son âme. C’est cela l’histoire de Port-Louis. Une ville où on subit trop vite la cuite de la déraison et de la démesure. C’est cela aussi l’histoire de l’île Maurice.
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