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La CIA trompéepar les opposants à Saddam
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La CIA trompéepar les opposants à Saddam
Un soldat américain a été tué hier et deux autres ont été grièvement blessés dans une attaque à la bombe contre leur convoi à Tikrit, fief du président déchu Saddam Hussein à 175 km au nord de Bagdad. Auparavant, les soldats américains avaient arrêté 22 personnes soupçonnées de vendre des armes dans cette même ville.
Deux autres soldats américains ont trouvé la mort dans des opérations ?non hostiles?. A Washington, l?affaire Wilson continue à faire grand bruit. Les éditorialistes américains étaient hier partagés sur l?importance réelle de l?affaire de fuites médiatiques ayant permis de démasquer un agent secret de la CIA, la plupart s?accordant cependant à encourager la Maison-Blanche à agir vite pour la dégonfler.
Et si tout n?avait été qu?une gigantesque partie de poker menteur ? Dans un rapport interne commenté par le New York Times, l?agence de renseignements du Pentagone, la DIA, estime que la plupart des informations collectées auprès de transfuges de l?ancien régime irakien, étaient erronées ou inutilisables.
Citant des sources proches de l?Administration américaine, le quotidien ajoute que certains ?repentis?, présentés à des agents américains par le Conseil national irakien d?Ahmad Chalabi, ont donné de fausses informations à leurs interlocuteurs. Ces renseignements concernaient à la fois le programme d?armes de destruction massive (ADM) de l?ancien régime irakien et le fonctionnement du gouvernement de Saddam Hussein.
A la suite de la DIA, l?ancien patron du commandement militaire central américain, le général Anthony Zinni, s?interroge lui aussi sur la crédibilité des renseignements qui ont servi à justifier l?intervention des forces armées américaines contre l?Irak. ?Soit les renseignements étaient totalement mauvais et imparfaits, soit ils ont été exagérés ou manipulés de façon à rendre le cas plus convaincant pour les Américains?, a-t-il affirmé.
Aucun contact avec la réalité
Sur la petite dizaine de repentis débrieffés par les services de renseignement américains entre la fin de l?année 2002 et le début de l?année 2003, trois au moins ont été envoyés par le CNI, un parti d?opposition basé à Londres et formé, en 1992, avec l?aide de Washington. Or, le coût de l?arrangement financier passé avant la guerre entre Washington et le Congrès national irakien pourrait atteindre plus d?un million de dollars, selon des responsables américains cités par le New York Times.
La pertinence des informations fournies par les ?repentis? sur la faiblesse des forces armées irakiennes a certes été confirmée par les succès militaires des Américains. Plus contestables en revanche sont les renseignements qui concernent les armes de destruction massive et le soutien théorique qu?étaient censés apporter la population et les mouvements politiques irakiens aux forces américaines.
En exil à l?étranger pour la plupart d?entre eux, les informateurs de Washington avaient-ils perdu à ce point tout contact avec la réalité irakienne ? Ou ont-ils délibérément exagéré la menace que représentait le régime de Saddam Hussein pour satisfaire leurs intérêts politiques et financiers ?
Le Département d?État américain et la CIA s?étaient quant à eux montrés sceptiques sur les informations fournies par le CNI de Chalabi, qui, affirmaient-ils, ne s?est jamais montré très fiable par le passé. Mais les responsables du Pentagone sont apparemment passés outre les réticences des experts, sans doute parce qu?ils considéraient l?ancien banquier irakien comme un successeur potentiel de Saddam Hussein.
Embarrassés par le fait que leurs enquêteurs n?ont toujours trouvé aucune trace d?armes de destruction massive en Irak, les États-Unis et leurs agences de renseignement communiquent désormais sur le fait qu?ils ont peut-être été victimes d?une désinformation de la part des repentis irakiens avant la guerre.
A Washington, l?affaire fait grand bruit. La commission de la Chambre des représentants a elle aussi remis en cause la qualité des renseignements utilisés pour justifier l?invasion de l?Irak. Dans une lettre au directeur de la CIA George Tenet, dont le Washington Post s?est procuré une copie, les parlementaires dénoncent le caractère «incertain» et ?fragmentaire? des renseignements, ainsi que la ?faiblesse des preuves? avancées sur la présence d?ADM en Irak.
?Agents doubles déguisés en repentis?
Experts et critiques explorent cependant d?autres pistes qui pourraient également expliquer l?absence d?ADM en Irak. Saddam Hussein a-t-il délibérément envoyé en Occident des ?agents doubles? déguisés en repentis, chargés de diffuser de fausses informations sur son programme d?armement ? Un coup de bluff sur sa puissance militaire qui aurait été destiné à mettre en garde ses ennemis et à rehausser son prestige en Irak et dans le monde arabe.
L?éventualité d?un mensonge délibéré de Saddam Hussein, qui avait affirmé au début de la guerre que ses commandants militaires détenaient des armes chimiques et ne manqueraient pas de s?en servir contre les troupes américaines, est l?un des éléments développés par un rapport américain sur les ADM qui doit être présenté aujourd?hui devant le Congrès par un conseiller spécial de la CIA.
Autre possibilité, évoquée par l?hebdomadaire américain Time : le dictateur irakien aurait été lui même trompé par ses propres scientifiques, qui n?auraient jamais osé lui avouer l?impasse dans laquelle se trouvait le programme d?armement irakien.
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