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La bonne gouvernance : quelle réalité aujourd?hui ?

4 septembre 2007, 00:00

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GOUVERNANCE : Le processus par lequel une société se pilote et se dirige ; comment s?exerce l?autorité politique, économique et administrative du pays pour assurer sa bonne gestion.

Quels sont les principaux éléments de la bonne gouvernance ? En parcourant les recommandations d?organismes tels que l?OECD nous en proposons une liste de six :

● l?obligation de rendre compte (les administrations publiques sont capables et désireuses de montrer en quoi leur action et leurs décisions sont conformes à des objectifs précis et convenus);

● la transparence des comptes et des décisions chez les gouvernants (l?action, les décisions et la prise de décision des administrations publiques sont ouvertes à l?examen des autres secteurs de l?administration, du Parlement, de la société civile et parfois d?institutions et d?autorités extérieures) ;

● l?efficience et efficacité, en particulier dans l?utilisation des ressources publiques, la facilitation et la bonne gestion des investissements de développement durable dans le secteur privé,

● la réceptivité ( les autorités publiques ont les moyens et la flexibilité voulus pour répondre rapidement à l?évolution de la société et tiennent compte des attentes de la société civile lorsqu?elles définissent l?intérêt général) ;

● la prévoyance (?preparedness?)la mesure ou les autorités publiques peuvent anticiper les problèmes qui se poseront à partir des données disponibles et des tendances observées et d?organiser la riposte). Si des mesures telles que l?ouverture de l?économie, le outsourcing informatique, légal et professionnel sont en bonne voie de mise en place, les aménagements nécessaires pour satisfaire les besoins de Maurice en énergies renouvelables et en transport pour les prochaines décennies ne sont eux pas encore là, ni ceux liés à l?après pétrole ou les changements climatiques.

● la primauté du droit (les autorités publiques font appliquer les lois, la réglementation et les codes en toute égalité et en toute transparence).

Son importance ? En deux lignes Claire Short le résume : ?Peu-importe la question que vous posez sur le progrès d?une nation, la réponse est la bonne gouvernance.?

La réalité mauricienne en 2007

L?obligation de rendre compte. Depuis l?arrivée au pouvoir de l?Alliance sociale en 2005, ce présent gouvernement ne manque jamais une occasion pour nous rappeler de l?urgence et de la nécessité de la bonne gouvernance et d?une fiscalité responsable, thèmes pour lesquels elle a fait campagne et que l?électorat a plébiscité en lui accordant un mandat de cinq ans. Le Premier ministre et le ministre des Finances, à chaque fois qu?ils prennent la parole lors de fonctions, nous rappellent l?urgence et la nécessité de la réforme de l?économie mauricienne et que pour cela, il faut que la population se montre disciplinée. Les hommes du gouvernement eux sont-ils disciplinés dans leurs actions de gouvernance journalière ? Au lieu de rendre compte d?une façon précise et systématique à la population, nous avons plutôt droit à des slogans tels que : ?ser sintir, c?est la faute de l?ancien gouvernement, nobody owes us a living, bizin arrête faire gaspillage?, etc.

?L?entretien de la mission diplomatique dirigée par la représentante permanente à l?Unesco, Thacoor Sidaya coûte Rs 17 millions par an aux contribuables alors que nous avons déjà un ambassadeur qui représente nos intérêts à Paris.?

Ce que prêche le gouvernement pour assurer le soutien financier des pays bailleurs de fonds de Maurice et ce qu?il fait sont souvent diamétralement opposés. Encore si le gouvernement donne le bon exemple en tablant sur le sens patriotique des Mauriciens et sur l?esprit de discipline de tout un chacun, la population aurait pu se montrer moins réfractaire à la réforme enclenchée. La charité bien ordonnée commence chez soi, nous dit ce dicton. Malheureusement le peuple ?admirable? de Maurice finit toujours par être le dindon de la farce quand il constate que le gouvernement du jour fait le contraire de ce qu?il prêche. On prêche le contraire de ce qu?on fait quand on détient les rênes du pouvoir et on adopte une attitude moralisante quand on est dans l?opposition. Cela se vérifie à plus d?un titre si l?on fait la comparaison entre l?opposition d?hier, au pouvoir aujourd?hui, et celle d?aujourd?hui, au pouvoir hier. Les exemples abondent à plus d?un titre.

La nominée politique parachutée à l?Unesco pour être notre représentante permanente, Mme Thacoor Sidaya et l?entretien de cette mission diplomatique dans la capitale française coûte Rs 17 millions par an aux contribuables mauriciens, alors que nous avons déjà un ambassadeur qui représente nos intérêts à Paris. Et dire que cet argent aurait pu être mieux utilisé par exemple à payer les frais d?examens à un millier d?étudiants prenant part aux examens de S.C. et de HSC.

Le dernier discours du budget fait état de l?engagement du ministre des Finances au chapitre de ?Consolidating Public Finance? aux items n° 116 à 120 et à celui d??Uphauling the Parastatal Sector? aux items n° 131 à 136 en vue de contrôler les dépenses publiques du gouvernement. Pourtant le gouvernement n?a pas donné le bon exemple, il n?a pas mis un terme au recrutement incontrolé de nombreux Senior Technical Advisers/ Personal Counsellors dont la compétence de certains reste à prouver. Le ministère des Finances a touché là au c?ur même du problème : le gaspillage dans le secteur public que dénonce chaque année le directeur de l?audit dans son rapport annuel. Est-ce que le ministre Sithanen a la volonté de mettre de l?ordre en vue de rationaliser la méthode de travail dans la fonction publique, si l?on s?en tient à sa politique de réforme ?

Si le ministre est sincère dans ses propos, il doit démontrer sa volonté d?aller au bout de sa logique et de ce qu?il prêche. Le pays a quelque 150 organismes parapublics, qui pèsent lourd (l?Etat contribue Rs 20 milliards aux corps constitués par an). La bonne gouvernance exige que l?Etat ne soutienne plus les canards boiteux. Il est inconcevable qu?un petit pays comme Maurice ait quelque 150 institutions parapubliques alors que bon nombre de ces organismes n?ont pas leur raison d?être et beaucoup d?autres demandent à être fusionnés en vue d?une utilisation maximum de nos ressources humaines. Pour les derniers trois ans, le National Audit Bureau a fait état de quelque Rs 23 milliards qui ont été gaspillées pour des projets à perte. Uniquement pour les trois organismes parapublics comme la Central Water Authority (CWA), le Business Park of Mauritius Ltd (BPML) et le Central Electricity Board (CEB), l?Etat a gaspillé pour la bagatelle de Rs 3 milliards. Ce n?est pas étonnant que le gouvernement ait terminé l?année financière 2005-2006 avec une dette publique se montrant à quelque Rs 105 milliards.

Accountability n?a pas le même sens que le mot responsabilité en français. Ce concept doit néanmoins nous interpeller tous, si nous souhaitons que le pays devienne un modèle de démocratie où règne l?état de droit et du respect de nos institutions. Il faudrait renforcer la notion de responsabilité citoyenne à tous les niveaux des stakeholders et définir des lignes de conduite quitte à nous en inspirer des pays étrangers considérés comme des modèles du genre, comme au Singapour et dans les pays Scandinaves.

La transparence chez les gouvernants. Ces derniers temps, la presse écrite a fait état de toute une série d?exemples de manque de transparence, de mauvaise gestion, de trafic d?influence et du relâchement de responsabilité citoyenne au niveau de la petite île Maurice. Même si Maurice serait en avance en matière de démocratie, de respect des Droits de l?homme en comparaison à bon nombre des pays africains, ORAF n?est pas satisfaite du niveau de la pratique de bonne gouvernance chez nous. Il existe encore trop d?opacité au niveau de certains départements des services publics et parapublics ainsi que dans certaines petites et grandes firmes du secteur privé.

La primauté du droit. Le scandale d?attribution de bourses indiennes pour des études de spécialisation en médecine à l?Institute of Medical Sciences de la Banaras Hindu University à trois protégés du pouvoir au détriment des candidats les plus méritants est un autre cas de ce manque de transparence à mettre sur le dos de la classe politique, malgré des promesses de bonne gouvernance venant de cette même classe politique. Les jeunes sont unanimes à déplorer que la méritocratie n?existe pas à l?île Maurice et ce, malgré l?assurance donnée par le Premier ministre lors de sa dernière rencontre avec les lauréats de la cuvée 2006, en février dernier, quand il leur a rappelés que l?île Maurice est un état de droit et qu?il faut faire confiance à nos dirigeants politiques pour le respect de la méritocratie. Quelle confiance accorder à la classe politique quand la population constate que le népotisme et le passe-droit sont monnaie courante et s?opèrent au grand jour. Et dire que nos dirigeants politiques veulent convaincre nos jeunes à regagner le pays à la fin de leurs études à l?étranger. Il est évident que certains emplois et bourses d?études sont réservés à des cireurs de bottes. Tout porte à croire que dans cette affaire de bourse, il y a la main des politiciens à laquelle est venu prêter main forte un malheureux haut fonctionnaire. On ne pourrait pas s?empêcher de s?interroger sur l?étrange coïncidence de liens de parenté entre le couple de médecins bénéficiaires de deux de trois bourses post graduées de médecine et le speaker de l?Assemblée nationale d?une part, tandis que l?autre bénéficiaire se trouve être la nièce d?un haut fonctionnaire.

N?est-ce pas ?un blessing in disguise? que ce soit plus par manque d?expérience que par manque de transparence qu?un Yatin Varma soit tombé dans une piège en raison du système qui génère le copinage et qu?entretient la classe politique.Celui qui n?a pas eu l?investiture de son parti pour être député doit pouvoir être récompensé pour ses sacrifices ! D?où un poste de sinécure, après la victoire de son parti aux législatives. La tentation est grande de pouvoir se servir de sa proximité avec le régime en place pour se faire payer des fees d?avocat du ministère de son collègue devenu ministre et également avocat. Tout est à son honneur de député de Mahébourg-Plaine Magnien qu?il ait démissionné, même sur le tard, de la présidence du comité parlementaire de l?Icac.

C?est bon pour le pays que cette affaire soit tombée à point, car c?est une occasion inespérée pour la classe politique de mettre un holà au copinage, au passe-droit et au trafic d?influence et donne l?occasion à la population et aux partis politiques de relancer le débat sur la bonne gouvernance.

En attendant, redescendons sur terre et demandons des comptes à qui de droit sur ce qui est fait de concret pour redresser des situations alarmantes telles que les dossiers Tec, Eastern ?University? violences à l?école et dans la société, rond-point du Caudan, nominés politiques sans compétences, overspending et gaspillages, l?exclusion de certains groupes dans les administrations régionales, dans le service civil, surtout dans la police, l?attribution de baux sans appel d?offres pour terres agricoles, côtières ou îloises, corruptions en tout genre, brutalités policières, des dossiers comme ceux des énergies pour l?avenir du sucre, des vols de ferrailles impunis, de l?insécurité, des bourses d?études en Inde, de la situation à l?université de Maurice, d?Agalega, entre autres.

Demain se prépare aujourd?hui ! Si les élus du jour faisaient un effort commun pour assainir la situation (en commençant par les dossiers cités plus haut) l?avènement de la bonne gouvernance à Maurice ferait un grand pas en avant !

Old Royals and friends(ORAF) 3 September 2007

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