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A l’assautdes chasses gardées
<B>par Akilesh ROOPUN </B>
Plutôt discret à l’Assemblée nationale, le député de la majorité, Cader Sayed-Hossen ne chôme pas pour autant. De son bureau au troisième étage du Ken Lee Building à la rue Edith Cavell à Port-Louis, il coordonne les opérations devant déboucher sur le next big thing du gouvernement Ramgoolam : le projet de démocratisation de l’économie.
Les travaillistes et leurs alliés ont fait campagne sur ce thème lors des dernières législatives. La stratégie s’est avérée payante : ils sont revenus au pouvoir avec une majorité confortable.
Une fois arrivé aux affaires, le gouvernement a mis sur pied une commission (rattachée au bureau du Premier ministre et présidée par le député Cader Sayed-Hossen) pour se pencher sur les modalités de ce très vaste chantier de re-engineering économique et social. Une des missions les plus délicates est de faire sauter les verrous et d’ouvrir les chasses gardées à un plus grand nombre de participants.
La commission a pour tâche d’établir un cadre indicatif général pour réaliser les objectifs d’ouverture. «Notre constat est que les activités économiques restent concentrées entre les mains de quelques intérêts seulement. Une démarche de démocratisation répond d’abord à un souci d’éthique et de justice. Deuxièmement, il y a une considération strictement économique. La concentration des richesses entraîne des distorsions au libre jeu du marché et ne permet pas au système économique de fonctionner de manière optimale», constate Cader Sayed-Hossen.
<B>“Plus il y aura d’opérateurs, plus il y aura d’effervescence” </B>
En l’état actuel des choses, les perspectives de développement des petites et moyennes entreprises (PME) face aux grands groupes diversifiés ne sont guère brillantes : les filiales des conglomérats s’échangent des biens et des services entre eux, et excluent la participation d’opérateurs tiers.
L’élargissement des opportunités d’affaires nécessite un certain remodelage de la tendance générale (mainstream) corporatif. Les grands groupes dissimulent beaucoup d’inefficience, en raison de l’existence des marchés captifs. Il faut libérer la valeur qui est bloquée dans les conglomérats. Les travaillistes prônent une stratégie de sous-traitance et de unbundling qui permettra aux entreprises concernées de se concentrer sur leurs activités critiques tout en permettant aux prestataires tiers des possibilités de générer du business.
«Les grands groupes hôteliers, par exemple, sont hautement intégrés verticalement. Nous disons qu’il faut qu’ils sous-traitent certaines de leurs activités non critiques à d’autres prestataires. Un grand nombre de petits opérateurs doivent pouvoir profiter de l’activité touristique. Plus il y a d’opérateurs, plus il y aura d’effervescence économique», commente Cader Sayed-Hossen.
Démocratisation veut dire plusieurs choses : étendre l’accès des citoyens à la propriété (celle des entreprises, entre autres), veiller que cette participation se passe dans les meilleures conditions dans les normes de la bonne gouvernance, et encourager et encadrer le sens des affaires dans le pays.
Les recommandations que fait la commission au gouvernement vont dans le sens de l’entrepreneuriat populaire, soit l’idée la plus audacieuse à exécuter. Le gouvernement entend accorder beaucoup d’attention à la question d’habilitation (empowerment) des petits entrepreneurs. Il compte également s’assurer que de nouvelles opportunités existent pour d’autres catégories de prestataires. Il y aura de nouveaux business dans les activités existantes et d’autres dans de nouveaux créneaux. Pour cela, il est vital que les grandes entreprises jouent le jeu et acceptent de libérer certaines de leurs opérations périphériques, au profit des PME notamment.
«L’idéal serait d’arriver à un consensus. Nous allons privilégier les négociations. Dans certains cas, nous allons peut être légiférer. Il y aura un mélange de négociations et de législations», explique le député.
La participation des grands groupes à ce projet sera jugée par un mécanisme de notation. Leur degré d’ouverture consentie déterminera leur éligibilité ou pas à des marchés publics. Une société qui fait preuve de conservatisme ne pourra plus proposer ses biens et services aux ministères et aux agences gouvernementales, du moins dans certains cas de figure. D’autre part, les autorités appliqueront une politique de discrimination positive envers les PME dans l’allocation de certains types de contrats.
A travers ces initiatives, le gouvernement entend réabsorber le chômage. Il offre aux sans-emploi actuels et futurs, la possibilité de se prendre en charge et de créer à leur tour d’autres possibilités d’embauche.
Cependant, la démocratisation de l’activité économique ne saurait se limiter à la seule stratégie de combattre le chômage par la petite entreprise. Elle s’inscrit dans le droit fil de l’ouverture tous azimuts des marchés domestiques et de l’exploitation de nouvelles sources de richesses.
La rupture dans notre paradigme de développement est-elle la clé de notre réveil économique ? Maurice ambitionne une transformation majeure, à la fois quantitative et qualitative. Cette mutation ne saurait se faire avec le modèle de croissance actuel. Il faut au plus vite accroître les pôles industriels et faire de la place à un plus grand nombre d’acteurs économiques : plus d’investisseurs pour mobiliser les fonds nécessaires au financement des activités et plus d’entrepreneurs pour concevoir et exécuter les initiatives innovantes susceptibles de propulser l’économie à un seuil supérieur de développement.
Le pays devra réaliser un taux de croissance annuelle de 7 à 8 % (contre 3 % actuellement) afin de pouvoir, dans dix ans, doubler son produit intérieur brut par tête d’habitant. Avec l’essoufflement des secteurs sucre et textile, l’activité n’arrivera jamais à générer et soutenir une telle trajectoire de croissance. C’est le moment ou jamais de faire tomber les barrières et de passer à une autre étape de l’ouverture économique.
<B>“Il faut s’ouvrir aux étrangers qui ont des idées” </B>
Mais trouvera-t-on des opérateurs en nombre suffisant pour réaliser cette ambition ? Les Mauriciens sont connus pour leur débrouillardise. Mais cela ne suffit pas pour en faire une nation d’entrepreneurs. Dans la conjoncture actuelle, ce sont toutes les capacités d’imagination et d’innovation de la nation qui sont mises à l’épreuve.
«Il faut s’ouvrir aux étrangers qui ont des idées et le savoir-faire pour développer des activités à haute valeur ajoutée», suggère Maurice Lam, président du Board of Investment et ancien consultant en affaires à Singapour. Il est convaincu qu’il faut favoriser, vers la communauté des PME locales, un transfert de connaissances, de technologies, de capitaux et, surtout, d’attitude en affaires.
La stratégie de promotion de l’investissement étranger à Maurice a toujours été axée sur les grosses sociétés étrangères. Les autorités ont souvent ignoré l’apport possible des entreprises de taille inférieure dans la génération de nouvelles idées de produits et de méthodes de production.
«Il est grand temps que les PME songent aux horizons internationaux. Il faudrait qu’elles progressent au niveau mondial. Il nous faudra peut-être encourager les jeunes Indiens et Chinois à venir s’installer à Maurice pour faire du business. Ils vont créer des emplois pour les Mauriciens et, en même temps, il y aura un transfert de technologie très enrichissant. Singapour a réussi cette stratégie d’ouverture vers les PME indiennes et chinoises notamment. Aujourd’hui, ce pays est un gros exportateur de services à valeur ajoutée», explique Maurice Lam.
<B>Stratégie pour la croissance </B>
L’économie mauricienne ne pourra plus compter seulement sur quelques gros moteurs pour générer l’emploi et la richesse. Il faut une plus grande diversité de pôles industriels, mais de taille inférieure, pour maintenir une croissance forte et durable. La volonté de Maurice de se transformer en un centre d’affaires international est plus qu’une nécessité. Le rapport «Competitiveness Foresight», un document de réflexion du National Productivity and Competitiveness Council, préconise une formule d’«international city-state» (ICS) à l’image de Dubayy, de Singapour et de Hong Kong pour accommoder les ambitions que le pays veut se donner.
Un ICS est un centre de services de classe mondiale où les entreprises internationales peuvent faire du business en s’appuyant sur des infrastructures physiques et de communication sophistiquées, des marchés libres (dont une politique aérienne libérale), un cadre régulateur léger et une mobilité sans faille de capitaux, de compétences, d’idées et de technologies.
Les ICS proposent avant tout une plate-forme d’encouragements à l’investissement étranger non-restrictive : les opérateurs doivent être libres de choisir les activités dans lesquelles ils souhaitent investir. Maurice pourra ainsi abriter les quartiers généraux des multinationales émergentes, par exemple. Le pays pourra mieux se positionner pour attirer des investissements et des marchés dans le «business process outsourcing» et du «knowledge process outsourcing».
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