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L’armée américaine a ouvert une enquête sur la tuerie d’Haditha

25 mars 2006, 20:00

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Le magazine Time a publié, le 20 mars, une enquête approfondie sur la mort de quinze civils, dont sept femmes et trois enfants, dans des conditions suspectes, le 19 novembre 2005, près du village d’Haditha, à 250 kilomètres au nord-ouest de Bagdad. Ce jour-là, une unité de marines, la compagnie Kilo du 3e bataillon de la 1re division, est victime au petit matin d’une attaque avec une bombe artisanale dissimulée sur le bord de la route à l’entrée d’Haditha, au bord de l’Euphrate.

Un communiqué, en date du 20 novembre, annonce que l’explosion a provoqué la mort du caporal Miguel Terrazas, 20 ans, le marine qui conduisait le véhicule visé, ainsi que de quinze civils irakiens. Deux autres soldats ont été blessés. Devant les protestations locales, notamment celles du maire, qui s’est rendu à la tête d’une délégation d’anciens à la base du 3e bataillon à Ramadi, l’armée américaine a fourni en janvier une autre explication.

Après l’explosion, les marines auraient été pris sous des feux nourris d’armes automatiques et seraient entrés dans plusieurs maisons pour riposter, saisissant au passage deux fusils d’assaut Kalachnikov. Ils auraient abattu à la fois des assaillants et des civils. L’armée américaine a versé alors aux survivants 2 500 dollars par victime et quelques centaines de dollars aux blessés.

L’enquête réalisée par Time et le témoignage d’une survivante, Eman Waleed, une petite fille de 9 ans, semblent accréditer un tout autre scénario. Celui de la vengeance aveugle d’une unité qui, après la mort d’un de ses hommes, est entrée dans des habitations irakiennes pour abattre leurs occupants au hasard.

<B>Tous étaient désarmés</B>

Selon Eman Waleed, qui a été blessée à la jambe, les marines se seraient d’abord dirigés vers sa maison, la plus proche du lieu de l’explosion, dont les vitres avaient été soufflées. Elle raconte que les militaires américains ont tué toute sa famille, n’épargnant qu’elle et son petit frère de 8 ans, qui a été blessé à l’épaule. Tous étaient désarmés et son père priait dans sa chambre.

Selon des sources proches d’une première enquête américaine menée en février, les soldats ont abattu sept personnes dans cette maison, prétextant avoir entendu qu’on y réarmait un fusil AK-47. Ils reconnaissent aussi avoir tué un homme qui s’enfuyait de l’habitation avec une femme et son bébé.

Les marines ont ensuite donné l’assaut à une deuxième maison à la grenade, tuant huit personnes, écrit Time, dont le chef de famille, sa femme, sa sœur et trois enfants, dont un âgé de 2 ans. Les militaires interrogés dans le cadre de l’enquête, qui a conclu en février que les civils tués étaient des « dommages collatéraux ».

Dans une troisième maison, le fils du propriétaire, qui a accouru après avoir entendu des coups de feu, affirme que ses quatre frères ont été abattus de sang-froid, alors qu’ils étaient désarmés. Les marines disent avoir trouvé un groupe d’une douzaine de femmes et d’enfants et quatre hommes retranchés dans une pièce. Ils en auraient tué deux, dont l’un tenait un AK-47 et l’autre était menaçant, sans préciser comment les deux autres sont morts.

Enfin, quatre autres hommes auraient été abattus non loin de là, portant le nombre de civils morts à vingt-trois. Sur ce total, l’armée américaine considère que seuls les quinze Irakiens qui se trouvaient dans les deux premières maisons étaient des non-combattants.

L’organisation humanitaire Hammurabi Human Rights Group a fourni une vidéo tournée le lendemain des faits. Outre le sang sur les murs ou les chemises de nuit de certaines victimes, il n’y a pas d’impacts de balles à l’extérieur des maisons. Cela peut « créer un doute », selon Time, sur la réalité des échanges de tirs entre marines et insurgés. L’hebdo-madaire ajoute ne pas avoir de « preuve définitive que les marines aient délibérément tué des innocents ».

<B>@ 2 006 Le Monde –Éric Leser –

(Distribué par The New York Times Syndicate)</B>

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