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L’Afrique subsaharienne résiste à l’envolée du pétrole

25 octobre 2005, 20:00

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On s’attendait que l’Afrique subsaharienne pâtisse de la forte augmentation du prix du pétrole, car si on y dénombre de grands producteurs comme le Nigeria ou l’Angola, la plupart des Etats ne disposent ni de gisements d’or noir ni de sources d’énergie hydraulique. Le Fonds monétaire international (FMI), qui ausculte en permanence le sous-continent africain, ne partage pas ces inquiétudes : selon un rapport publié en septembre sur l’état de l’économie régionale, le taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) y progressera de + 4,6 % en 2005 à + 5,3 % en 2006. Malgré ou à cause d’un baril dépassant les 61 dollars en moyenne annuelle ?

Le bon sens laissait à penser que les pays producteurs d’Afrique subsaharienne continueraient à profiter du double bonus que représentent la hausse de leur production et celle du prix du pétrole. Le Tchad, la Guinée équatoriale, dont les capacités de production augmentent, viendront conforter les résultats nigérians, angolais, congolais et gabonais. Pas étonnant donc que la hausse attendue du taux de croissance des pays producteurs bondisse de + 4,7 % en 2005 à + 8,1 % en 2006.

Mais les pays dépourvus de gaz et de pétrole maintiendront leur taux de croissance annuelle à + 4,5 %, taux identique à celui de 2004 et de 2005. D’ailleurs, trois pays importateurs devraient rééditer un taux de croissance “chinois” de 7 % qu’ils vont réaliser en 2005 : l’Ethiopie, le Mozambique et la Sierra Leone. D’autres devraient dépasser la croissance moyenne : Madagascar, le Ghana, la Tanzanie, le Malawi et l’Ouganda. L’Afrique du Sud améliorera son PIB à 4,3 % en 2006.

Autre bonne nouvelle : l’inflation restera sous contrôle. On s’attend qu’elle recule de 9,9 % en 2005 à 8,3 % en 2006, bien que les deux tiers des gouvernements aient choisi de répercuter la hausse des cours du pétrole sur le consommateur. Dans la zone du franc de la Communauté financière africaine adossé à la zone euro, l’inflation reviendrait même à 2,6 % en 2006.

Les soucis viennent du solde des balances commerciales. Les pays producteurs ont vu la part des excédents dans leur PIB croître de 2,3 % en 2004 à 7,7 % en 2005 ; symétriquement, les déficits des pays consommateurs se creusent de 3,5 % du PIB en 2004 à 4,3 % en 2005.

Comment expliquer la résistance de l’Afrique subsaharienne non pétrolière à la forte ponction que représente la hausse du prix du baril ? Comment cette saignée ne s’est-elle pas combinée avec les dégâts de la sécheresse (Afrique australe, Niger), des criquets (Niger, Mali), du sida (ravageur en Afrique australe), de la fin des quotas textiles (Maurice, Lesotho), des Etats en lambeaux (Côte d’Ivoire, République démocratique du Congo, Soudan, Zimbabwe) pour aggraver une pauvreté endémique ?

Les experts du FMI esquissent plusieurs explications à cette résilience économique. La cessation des hostilités et le début de la reconstruction viennent au premier rang des bienfaits, pour la République démocratique du Congo, le Burundi, le Liberia ou la Sierra Leone. Des réformes procurant une meilleure transparence, des institutions mieux respectées, une réorientation des dépenses vers la santé et l’éducation profitent à l’Ouganda, au Burkina Faso ou au Ghana. Certains pays n’ont pas hésité à tailler dans leurs dépenses publiques pour éviter une dérive de leur budget, comme l’Ethiopie et la Tanzanie.

Sans oublier la reprise de l’aide internationale. A la fin des années 1990, celle-ci chutait au rythme de 7 % par an ; au cours des trois premières années du XXIe siècle, elle a crû de 13 % par an. Certes, l’annulation de la dette représente un cinquième de son montant. Certes, l’aide par tête demeure inférieure à ce qu’elle était dans les années 1980. Mais le renforcement de ce courant financier devrait se poursuivre et compenser en partie le surcoût pétrolier.

Il ne faut pas pavoiser pour autant et Michael Nowack, directeur adjoint du département Afrique du FMI, a rappelé, le 10 octobre à Lagos (Nigeria) que “le taux de croissance sera tout de même insuffisant pour atteindre les objectifs de développement du Millénaire qui visent à éradiquer la pauvreté”, c’est-à-dire, à réduire de moitié le nombre de personnes vivant avec moins de 1 dollar par jour.

Le FMI, qui sait la malédiction que représentent les gains trop faciles dus à l’or noir, conclut en appelant les pays producteurs à utiliser la manne pétrolière pour développer des secteurs d’activité non pétroliers et pour accroître leurs dépenses sociales en matière de santé et d’éducation.

<B>Alain FAUJAS

© Le Monde 2005. Distribué par

The New York Times Syndicate</B>

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