Publicité
L’élection présidentielle contestée
Par
Partager cet article
L’élection présidentielle contestée
Au lendemain du premier tour du scrutin présidentiel qui, dimanche 31 octobre, a mis aux prises un candidat “pro-occidental”, l’ancien chef de la Banque centrale, Viktor Iouchtchenko, et le premier ministre en place, soutenu par Moscou, Viktor Yanukovich, l’importante équipe d’observateurs occidentaux dépêchés dans cette République frontalière de l’Union européenne a fait état, lundi 1er novembre, de nombreuses fraudes.
Environ 600 observateurs représentant l’OSCE, le Parlement européen, le Conseil de l’Europe et l’OTAN étaient présents pour cette quatrième élection présidentielle tenue depuis l’indépendance de l’Ukraine, en 1991.
Le scrutin a valeur de test sur la capacité de Kiev à se rapprocher des institutions euro-atlantiques. Mais les indices montrent plutôt que le régime du président Leonid Koutchma a opté pour des méthodes visant à garantir la victoire de son protégé, Viktor Yanukovich, homme lige des “clans” économiques de l’est de l’Ukraine, minier, industriel et russophone.
<B>Décompte parallèle”</B>
L’écart entre les deux candidats retenus pour le deuxième tour de l’élection, qui se tiendra le 21 novembre, s’est considérablement réduit au fur et à mesure des comptes-rendus du dépouillement faits par la commission électorale centrale. Les chiffres officiels, contestés par l’opposition, accordaient lundi une avance d’environ un point à Viktor Yanukovich (40 % de voix), face à Viktor Iouchtchenko (39 %). Cet écart avait été, auparavant, de plus de 6 points.
Ce glissement, selon des représentants de l’opposition, résulte d’ajustements opérés par le pouvoir, qui chercherait à “doser” les résultats officiels, afin de ne pas fournir trop de prétextes aux partisans de Victor Iouchtchenko de descendre dans la rue. L’opposition a entrepris un “décompte parallèle” des voix et annonce “une vive réaction politique et des actions ultérieures” si ses données finales diffèrent beaucoup des résultats officiels.
Entre-temps, le camp de Victor Yanukovich a ouvert des négociations avec les partis communiste et socialiste (dont les candidats ont recueilli chacun environ 5 % des voix au premier tour) pour tenter de s’assurer une majorité le 21 novembre. Ils cherchent notamment à se mettre d’accord sur une plateforme accordant au russe le statut de deuxième langue officielle en Ukraine.
Le candidat Vitor Iouchtchenko a, de son côté, réclamé la démission du premier ministre. Il souhaite que ce point soit mis à l’ordre du jour d’une prochaine séance de la Verhovna Rada, le Parlement ukrainien où, depuis les législatives de 2002, l’opposition dispose de la plus forte représentation.
Le rapport des observateurs occidentaux fait état de manipulation des listes électorales, de contrôle sur les médias, d’obstruction du travail des militants de l’opposition, de déploiement de forces de l’ordre dans des bureaux de vote et de nombreux cas de votes multiples. Les plus grandes manipulations se seraient produites lors de la centralisation des résultats.
Le porte-parole de la mission des observateurs occidentaux, le Britannique Bruce George, représentant l’Assemblée parlementaire de l’OSCE, a mis en garde le pouvoir : “Nous espérons que les autorités prendront en compte nos remarques pour redresser la situation avant le second tour”, a-t-il dit. L’Union européenne avait appelé, à la veille du scrutin, le pouvoir ukrainien à se conformer à ses engagements en matière de respect des normes démocratiques.
Madeleine Albright, l’ancienne secrétaire d’Etat américaine, présidente de la fondation National Democratic Institute, qui fournit un soutien actif à l’opposition ukrainienne, s’est prononcée en faveur de sanctions économiques contre l’Ukraine en cas de falsifications massives aux urnes.
<B>Natalie Nougayrède</B>
Publicité
Publicité
Les plus récents