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L?éveil d?une puissance
«Quand la Chine se réveillera, le monde tremblera». En citant cette célèbre phrase de Napoléon, l?économiste Eric Ng souligne d?emblée la place de la Chine dans le monde d?aujourd?hui. Cette prophétie se produit sous nos yeux. Et c?est peu dire. L?image d?une Chine fermée, imperméable presque, n?est plus d?actualité. L?héritage maoïste perdure davantage au travers des portraits du Grand Timonier qui ornent les espaces publics. La politique d?ouverture de Deng Xiao Ping, avec entre autres la création des zones économiques exclusives (zones-ateliers ouvertes à l?investissement étranger au premier rang desquelles figure Shenzen), a jeté les jalons de l?extraordinaire croissance économique chinoise.
Poids lourd démographique avec 1,3 milliard d?habitants, et donc le plus vaste marché du monde, la Chine trouve déjà dans son peuple le terreau de sa réussite. «La masse de la population est une armée de main- d??uvre disponible, disciplinée et bon marché», explique Eric Ng. L?autoritarisme du régime a façonné une mentalité particulière : celle du labeur et surtout de l?obéissance. Le dirigisme est, étonnamment, l?une des clés de la réussite chinoise. Idéologie communiste et libéralisme économique portent finalement leurs fruits. Le socialisme de marché est certainement la principale caractéristique du parcours de développement chinois.
Et la Chine ne devrait pas s?arrêter sur le chemin qu?elle emprunte. A grande vitesse. Le taux de croissance fait pâlir d?envie les traditionnelles puissances. L?Empire du milieu affiche une croissance moyenne de 9,9 % sur les vingt dernières années. Ancien de la Banque mondiale, l?économiste américain Albert Keidel prédit, dans un récent rapport, que la Chine deviendra la première puissance économique mondiale d?ici 2035.
Eric Ng abonde dans ce sens. Si certains analystes occidentaux s?attellent à démontrer les failles du système chinois tout en s?émerveillant face au géant indien, Eric Ng pense au contraire que la Chine a toutes les cartes pour devenir la plus grande puissance. L?anecdote corrobore le propos : c?est un haut-commissaire indien à l?étranger qui, lui, avoue que l?Inde ne sera pas en mesure de rattraper la Chine ! La pérennité de la croissance n?y est pas assurée et plus étonnant, la tradition démocratique bien ancrée n?est peut-être pas le meilleur des atouts.
Malgré la rigidité du système politique et une lourdeur administrative connue, la Chine continue d?attirer les investisseurs. Mieux, la croissance a amélioré la qualité des produits et ouvert des niches de hautes technologies. Elle a également contribué à l?enrichissement des populations, principalement urbaines. Le développement n?a pas profité à l?ensemble des Chinois de manière équitable, mais il faut dire que «la pauvreté absolue a considérablement reculé depuis l?ouverture de la Chine». Et «tout progrès est inégalitaire», estime Eric Ng. De fait, les écarts de développement sont une normalité. La constitution d?une classe moyenne consommatrice est néanmoins la preuve du chemin parcouru.
Reste que la Chine a de grands défis à relever, dont la réduction des écarts géographiques et sociaux. Première puissance en devenir, elle se doit aussi d?être «plus respectueuse de la politique internationale, en matière de droits humains par exemple et à l?avant-garde sur les questions de développement durable ou d?écologie», conclut Eric Ng.
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