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L?électorat mauricien en phase de transformation

29 mai 2005, 20:00

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?Les thèmes évoqués et la manière de faire campagne évoluent en fonction de l?électorat?, explique Michael Joson, sociologue. A ce chapitre, l?électorat mauricien a évolué au fil des élections. Hormis les irréductibles et les sympathisants qui s?affichent, l?électorat a tendance désormais à taire ses préférences. Il est animé d?une plus grande rationalité ?surtout pour ceux qui se retrouvent dans la tranche d?âge de 18 à 35 ans. Ce sont ceux qui ont plus de recul. Le réflexe étant de choisir entre les moins mauvais?, estime Michael Joson. Mais on vote toujours ?bloc? à Maurice. Ce qui démontre que ce n?est pas la personnalité des candidats qui compte.

Beaucoup plus expansif et partisan durant les décennies écoulées, l?électorat est à présent moins réceptif aux grands spectacles politiques. Même si les meetings et autres réunions privées font toujours recette, les techniques de campagne traditionnelles ont de moins en moins d?effet sur l?électorat. ?Les gens se réservent un droit de silence. Pour la plupart, ils feront leur choix lors des émissions politiques télévisées. C?est la raison pour laquelle les deux leaders, Paul Bérenger et Navin Ramgoolam, doivent s?entendre pour un face-à-face télévisé. Ce sera un bon moyen pour les électeurs de juger les deux hommes et les idées qu?ils défendent?, assure Harish Boodhoo.

En l?absence d?un tel procédé comparatif, l?électorat fonde son choix sur des critères plus passionnels. De 1967 à 1982, il a soutenu Sir Seewoosagur Ramgoolam, quoiqu?en 1976 ce soutien était des plus fragiles. De 1982 à 1995, c?est Sir Anerood Jugnauth qui avait ses faveurs. Depuis, les donnes ont changé. Serait-on passé à un autre cycle ? Un cycle d?alternance? Avant de répondre à cette question, il importe de saisir l?évolution de l?électorat dans le temps.

90 % de cet électorat était de la classe laborieuse dans les années 1930 et 1940. Il était par conséquent sensible aux thèses socialistes. ?Le PTr de cette époque, mené par Maurice Curé, Emmanuel Anquetil et le pundit Sahadeo, oeuvrait en faveur d?une société égalitaire. Donc, on était de gauche.?

A partir des années 50 et 60, la lutte est centrée sur la demande de suffrage universel et graduellement sur celle de l?Indépendance. Le MMM, après l?Indépendance, va prendre la relève sur le plan de l?action et du discours du PTr des années 30. A ses débuts, le MMM est un parti plus ou moins marxiste. Mais les années 70 marquent aussi un virage de l?électorat vers le centre. ?Les partis de gauche également vont bouger vers le centre-gauche et les partis de droite, vers le centre-droite?, fait ressortir Raj Mathur, professeur de science politique à l?université de Maurice.

L?évolution économique du pays dans les années 1990 va davantage modifier le comportement des électeurs. Ils deviennent moins réceptifs aux thèses extrêmes même si le changement qui s?opère consacre la naissance de certains partis extrémistes qui joue du populisme pour s?implanter. ?Aujourd?hui, l?électorat n?est plus guidé par l?idéologie et il est conscient qu?il n?y a pas d?opposition idéologique entre les principaux partis?, témoigne Raj Mathur.

<B>Esprit clientéliste</B>

C?est ce qui explique qu?on pourrait être déjà passé dans un cycle d?alternance depuis 2000. Le politique est jugé sur cinq ans, il ne reçoit plus un chèque en blanc jusqu?à ce que, atteint par l?usure, il est poussé vers la porte de sortie comme cela a été le cas pour SSR en 1982 et SAJ en 1995.

Mais il est aussi vrai que chaque élection a sa réalité et sa spécificité. Si les attentes restent articulées autour d?un certain esprit clientéliste, il demeure que des thèmes et des idées généraux ponctuent chaque élection. ?Si on analyse l?électorat, on verra que de tout temps, il a été atteint d?une émotion politique créée par les promesses et gangrenée par le communalisme. Aujourd?hui, il importe de savoir s?il est conscient des contraintes internationales? Ou alors, s?il va avoir le réflexe : «Qu?est-ce que je reçois en échange de mon vote ?»? souligne Michael Joson.

Pour le sociologue, les prochaines élections se joueront sur l?appréciation critique de l?électorat de la performance de Paul Bérenger en tant que Premier ministre. ?Paul Bérenger a été quelque peu un Premier ministre à l?essayage. L?électorat va maintenant le juger soit à travers un vote sanction ou un vote de soutien. Encore faut-il savoir quelle sera la partie de l?électorat qui ne lui donnera pas son appui dans le cas où il y a un vote sanction. Si c?est l?électorat traditionnel, ce sera un message plutôt communal. S?il y a un vote d?approbation, il équivaudrait à dire que l?électorat apprécie le travail accompli dans un contexte international difficile. Dans ce cas, l?alliance gouvernementale représentera la stabilité?, estime Michael Joson.

C?est le choix que l?électorat est appelé à effectuer. Déchiré entre des velléités sectaires et le besoin de rationnalité, l?électorat mauricien donne l?impression d?être inscrit dans une phase de transformation.

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