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Légèreté politique

9 septembre 2004, 20:00

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On peut demander à l?observateur d?être circonspect, de se montrer mesuré. Mais on ne peut exiger de lui de la crédulité. Or, dans la partie de bonneteau que se jouent les dirigeants du Parti travailliste et Siddick Chady, c?est ce qu?on attend de cet observateur.

Quant aux deux protagonistes, l?un dit ?rendre? son ticket à l?autre. Et celui-ci de rétorquer qu?il n?a rien demandé. Ce qui ne l?empêche pas pour autant d?être preneur. En toile de fond évidemment, on fait valoir la carte du principe démocratique : c?est aux électeurs qu?il revient de se prononcer. Le prétexte est si grotesque qu?il ne provoque même pas un sourire sarcastique. Car on assiste à un véritable travestissement de sens de ce mot qu?est démocratie.

Cependant, il est un fait que l?éventualité d?une partielle a réintroduit la donne électorale dans le jeu politique. Le citoyen-électeur, redevenu objet de convoitise, a de nouveau la possibilité de se mettre en scène.

On a ainsi eu l?occasion, sur les antennes des radios entre autres, de le revoir brandir ses revendications, ses remontrances et décliner ses motifs de satisfaction. On dénote aussi dans ses propos un brin d?indignation ou de méfiance grincheuse, dépendant du bord politique où il se situe.

C?est ainsi qu?aujourd?hui, les plus naïfs se retrouvent avec les neurones chloroformés. Alors que ceux qui ont fait dela politique un sport national ne peuvent que se réjouir de ces sensations fortes que leur procure la perspective d?une élection partielle.

Force toutefois est de constater que même les plus grands cracks de la gymnastique politique sont aujourd?hui quelque peu excédés. Il y a de quoi. Car, fondamentalement, la démission de Siddick Chady laisse, une nouvelle fois, apparaître toute la frivolité de la classe politique. Cette bande de copains, avec ses seconds couteaux et ses fortiches, se signale surtout par sa soif inassouvie de pouvoir. Enfin, sous le charabia de politicard et derrière les théories indigestes sur l?avenir du pays, se dessine une silhouette peu séduisante.

Il ne s?agit pas ici d?une critique gratuite du politique. Il faut lui reconnaître le courage de prétendre posséder la capacité de gérer un pays. Nombreux sont ceux qui s?affichent en moralistes et procureurs sans jamais oser franchir le palier de la critique pour relever le défi de l?engagement.

Ce qui est reproché au politique, par contre, c?est son incapacité congénitale à doper les mécanismes de la responsabilité chez le citoyen. C?est sa propension à substituer la question sociale par la question ethnique. C?est l?abêtissement chronique auquel il soumet le débat politique. Et on n?a même pas évoqué la vertigineuse chute dans le vacuum sectaire à laquelle sont condamnées les campagnes électorales?

La démission de Siddick Chady nous engouffre un peu plus dans ces ridicules. Et on ne peut faire l?économie d?une exaspération devant la prétention de certains de faire dans la retenue. C?est la réaction que provoquent des dirigeants travaillistes lorsqu?ils se demandent si une élection partielle était vraiment nécessaire ? Un minimum d?intégrité intellectuelle est souhaitable? même chez nos politiques.

Enfin cela ne coûterait pas grand-chose aux politiques de faire ressortir leur capacité d?autocritique. Pas celle qui pousse chaque opposant à l?approche d?une élection législative à hurler sur tous les toits qu?il a tiré les leçons du passé. C?est, on l?a d?ailleurs remarqué, la seule forme d?autocritique que les politiques se permettent. Et cela veut tout dire.

On se permettra quand même de leur faire remarquer qu?un regard sans complaisance sur soi implique qu?on soit capable de reconnaître qu?on n?est pas toujours le seul à être dans le vrai. Or, à Maurice, nos politiciens n?ont jamais tort !

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