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Lâcheté des hommes
<B>Par Nazim ESOOF</B>
Le corporatisme étant nuisible même aux causes les plus nobles et justes, ce piège sera évité dans la lecture des événements ayant provoqué l?interpellation et la remise en liberté subséquente de trois journalistes. Il est, en outre, entendu que les médias privés mauriciens ne sont pas exempts de critiques ni ne sont-ils des sacro-saints paragons de la vérité ultime. C?est tout aussi vrai que, avant la critique, l?introspection est essentielle. Tout comme surgit le fait qu?après l?introspection, le doute s?installe.
Le doute sur l?intention des hommes de pouvoir. Ce sont les petites guerres des grands hommes qui estiment qu?en masquant le petit mensonge, ils finiront par occulter la grande vérité. Mais en fait qui est-ce qu?on est en train de mener en bateau ?
Il y a de idées pour lesquelles on est prêt à se sacrifier. Il y a des ordres venus d?en haut auxquels on se soumet parce qu?on a été instrumentalisé en ce sens. Les idées ne deviennent grandes que parce que des hommes les portent. Dans tout ce qui s?est passé cette semaine, on a pu se rendre compte que ces hommes font défaut dans ce pays. Ces hommes là n?accomplissent pas leur mission. Ils obéissent à des ordres. Ils ratent leur destin à chaque instant. Ils laissent leur existence passer à côté d?eux.
Parce qu?un monsieur qui a du pouvoir leur a dit qu?il faut agir de cette façon !
Aujourd?hui dans ce pays, il y a des officiers de police qui ont besoin d?affirmer leur autorité. Tout autant qu?il y a des politiques qui, parce que l?échéance se rapproche, mettent en place des stratégies d?intimidation. En fin de compte, il reviendra à la justice de remettre de l?ordre.
Mais, au fond, le problème est tout autre. C?est une question d?absence de courage. Dès lors qu?on détient le pouvoir, on croit qu?il est facile de faire peur. Mais ces hommes oublient que la peur qu?ils exercent procèdent de leurs propres peurs.
Oui aujourd?hui nos gouvernants et les bras séculiers de l?ordre public ont peur. Pire, ce sont des lâches. Pour nous, il ne s?agit pas de défendre inconditionnellement des confrères. Mais l?encre de nos plumes n?est pas l?otage d?un quelconque locker. Et nous serions les premiers à pousser sur le banc des accusés ceux de nos collègues qui croient que leur position leur permet de dire n?importe quoi. Ils ne sont certes pas nombreux mais ils existent et, à la différence de nos dirigeants, nous ne dirons pas qu?ils ne sont que quelques brebis galeuses qui ternissent la réputation de toute une profession.
Nous dirons simplement que nous récusons l?esprit corporatiste. Que nous ne sympathiserons pas de manière radicale et aveugle. Que notre solidarité est conditionnelle.
Cela dit, il demeure que les politiques et les policiers sont d?une race qui, derrière le pouvoir et leurs calculs, «spectacularisent» leur propre néant. Aucun homme ne devient grand dans le mensonge. Peu d?hommes ont le courage de dire la vérité. Les juges décideront. Mais ce qui est dit ici périra ici. Ceux qui connaissent cette illusion savent que derrière les arrestations arbitraires, c?est leur propre lâcheté qu?ils donnent en spectacle.
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