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Là où les déchets vont pour mourir

29 juillet 2008, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

À quelques kilomètres à peine de la capitale, gît un village nommé Baie-du-Tombeau. Pollution et désolation sont parmi les maux qui rongent cette localité. Loin des images de carte postale qui font la renommée de Maurice, loin des villas IRS qui s?arrachent comme des petits pains pour des dizaines de millions de roupies, loin aussi de l?image que se font la majorité des Mauriciens de leur propre pays, se trouve Baie-du-Tombeau.

Rarement, un endroit aura autant mérité son nom. En empruntant la rue Dorade qui débouche sur la plage, il devient vite évident que Baie-du-Tombeau paie sa proximité avec le port au prix fort. En toile de fond, les trois grues et leurs airs pensifs de mantes religieuses. Un peu plus loin, au large, d?immenses navires attendent maussadement de pouvoir entrer au port. Sous un arbre, cinq jeunes tentent de tuer le temps. Une bouteille de vin de litchi passe de main en main, de bouche en bouche. Trois autres bouteilles, vides celles-là, sont rangées juste à côté.

À peine un mètre plus loin, une pile de déchets. Un inventaire sommaire de cette poubelle à ciel ouvert révèle la consommation des habitants : couches de bébés, bouteilles en tout genre, récipients en polystyrène, pneus, cartons et bidons rouillés?

Malgré son apparence laiteuse, la mer semble bien plus accueillante que le dépotoir qui le cerne, mais Robert, 17 ans, a vite fait de chasser cette illusion. «Pa kapav binier, ena la gratel», soupire Robert, un maçon de 17 ans. «Salete pe empire. Dimoun pe zete mem. Ban zabitan ti bizin», déplore, de son côté, William, 27 ans.

<B>«Lepor pe grandi san nou»</B>

Les monticules de détritus se répètent tous les 50 mètres environ. Des maisons abandonnées pleurent la belle époque où des familles venaient y camper. Des vieilles chaussures, des vêtements, des couverts en plastique et même la cuvette d?une toilette jonchent le sol. Des algues en décomposition ajoutent une odeur au tableau. Pas une seule poubelle n?est visible à des kilomètres à la ronde.

Malgré sa lente et immuable dégradation, la plage conserve un charme rustique. Un doux soleil d?hiver, le craquellement des coraux sous les pieds, le ricanement occasionnel d?un oiseau, l?incessant clapotis de l?eau et le langoureux mouvement des palmiers qui ont réussi à se hisser au-dessus de la mêlée de détritus conspirent pour créer une scène presque bucolique. Des maisons modernes aux formes minimalistes sont en construction.

Le problème, c?est qu?on ne peut pas occulter l?insalubrité des lieux pour très longtemps. Outre ce laisser-aller esthétique, un tuyau d?évacuation qui déverse des eaux usées 500 mètres derrière les brisants, chagrine les pêcheurs. «Les poissons meurent dans leurs casiers», constate avec tristesse l?un d?eux.

À quelques encablures du bureau des Fisheries, trois hommes passent la seine près du rivage. Ils risquent une amende de Rs 5000 pour pratique de la pêche hors-saison. Mais, comme le lance l?un d?eux, le besoin de manger fait oublier la peur de se faire attraper. «Bizin traser. Bizin fritir pou lakaz.»

Ils s?approchent lentement et vident leur filet sur la plage. Le contenu est décevant. Quatre petits rougets se débattent futilement. Ils répètent l?exercice quelques mètres plus loin. «Ena ladan. Zot pe bate !», s?enthousiasme l?un d?eux. Trois minuscules poissons tombent du filet. «Lepor pe grandi san nu», dit-il sans émotion.

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