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Kuxville, tourisme pratique

11 novembre 2006, 00:00

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par Aline GROËME

« Nous sommes venus pour 18 mois, cela fait 45 ans que nous sommes là ». Elke Kux est tout souvenir. Pas nostalgique. Toujours dynamique du haut de ses 75 ans. Car loin de son Berlin natal a bourgeonné «sa» ville.

Kuxville. Sur la route Royale de Cap Malheureux, à 200 mètres de l?église au toit flamboyant est posé un petit établissement hôtelier composé d?une vingtaine d?unités : huit bungalows et de campements avoisinants en location.

Un concept ? basé sur le modèle des chalets en Suisse ? qui fête ses 40 ans d?existence mardi. Entre bilan et continuité, c?est à deux voix (celles d?Elke et de sa belle-fille Andrea) que la mémoire de Kuxville se raconte.

Celle vibrante et espiègle de l?aînée. Des débuts laborieux, des années de dévouement, devenus avec le recul des moments de joie. Celle mesurée d?Andrea, qui, avec son mari Nico, assure la continuité. Interrogeant jusqu?au fond de ses grands yeux bleu l?avenir.

Il était une fois?Non, ce n?est pas un conte de fées. Recommençons. Elke, avec son époux Helmuth ( aujourd?hui âgé de 94 ans) et leurs cinq enfants en bas âge arrivent à Maurice en 1960. Lui est employé de Longtill (société de construction de logements). Il fait partie de l?équipe venue construire des maisons après les ravages des cyclones Carol et Alix.

A l?époque, l?état loue des terrains à bail. L?application des Kux pour une parcelle à Cap Malheureux reçoit une réponse positive. Mais les fonds manquent. Alors Helmuth reprend la route, s?en va construire des maisons ? pour des mineurs de cuivre ? en Zambie. Avant d?en faire de même en Afrique du Sud.

En véritable mère courage, Elke fait tourner la boutique. « Quand on est arrivé, il n?y avait ni téléphone ni électricité, mais beaucoup de goyaviers.» Ils sont les premiers dans le village à posséder un radio téléphone. «C?était une catastrophe, tout le village venait chez nous pour téléphoner», se souvient-elle.

Pareil, quand la télévision est installée. Les yeux de la vieille dame pétillent un peu plus. Dans un français où pointe un soupçon d?accent, elle raconte avec le même humour, «On a fait ce qu?on a pu pour le contrôle des naissances. Quand on a mis la télé, les hommes venaient la regarder, et les femmes restaient à la maison.»

Être au four et au moulin

Perche tendue pour lire son histoire familiale tourmentée. Marquée par le régime communiste allemand. Nous saurons juste qu?un jour, Elke et Helmuth décideront de passer à l?Ouest. De se réfugier chez des parents habitant du «bon côté» du mur.

Le vent du nord balaie le visage de la vieille dame. Gonfle un peu sa robe couleur d?algue. Un sursaut. Elke se reprend. Préférant laisser le vent emporter ses souvenirs douloureux. Et dérouler le fil de l?aventure Kuxville.

Au début, la location d?un bungalow coûte Rs 25 par jour, prix qui inclut les services d?une employée de maison. Il y a 40 ans, le salaire de la femme de ménage tourne autour de Rs 45 par mois. Conçu comme un ménage privé, l?établissement n?a ni restaurant, ni bar. C?est l?employée de maison qui, selon les désirs des clients, leur prépare à manger et fait le ménage. Une location qui tourne désormais autour de 60 à 120 euros par jour, incluant les services de l?employée de maison.

«En ce temps-là, nous étions plus proches du village.» Exemple, ces matchs de foot épiques opposant Kuxville (des résidents, employés de la compagnie aérienne Lufthansa) à Cap Malheureux. «Les Allemands étaient impressionnés de voir les Mauriciens jouer pieds nus.» Pour les vainqueurs : une caisse de bière et des bouteilles de rhum offertes par Kuxville. « Ils ont partagé avec les perdants, tout le monde s?est bien amusé.»

Elke est littéralement au four et au moulin. Le matin, elle dépose les enfants à l?école à Curepipe, puis file vers l?aéroport pour chercher les clients. Gratuitement. Sans rémunération pour elle non plus, car à l?époque, elle n?a pas de permis de travail. « Je passais jusqu?à sept heures en voiture. Je me disais que si ça ne marchait pas pour Kuxville que j?allais me reconvertir en chauffeur de taxi.»

«On s?oriente vers le marché direct»

Pour ce qui est du personnel, la propriétaire se tourne naturellement vers Cap Malheureux. Volonté affirmée pour que «le village profite de la présence de l?hôtel». Pari gagnant car certains (le personnel est de 25 personnes), comptent 30 à 35 ans de service.

Pendant seize ans Elke n?aura pas de vacances. «Maintenant, nous pouvons partir six mois sans nous mêler des affaires de l?hôtel», dit-elle avec une pointe d?orgueil. Signe des temps. «Quand les enfants sont contents, les parents restent.» C?est son explication pour ses 40 ans de vie à Maurice. Depuis, son fils Nico (responsable du boathouse) et sa belle-fille Andrea ont pris la relève.

«On travaille moins avec les agences de voyage. Elles ne font pas de volume avec nous. On s?oriente vers le marché direct et le bouche à oreille. Nous proposons aussi des forfaits de groupe. Chaque bungalow a un cachet différent. On est très individuel, c?est plus agréable.» La clientèle est fidèle majoritairement allemande.

La deuxième voix a pris la suite d?Elke. « Quand vous buvez un café à l?hôtel, c?est vachement cher. Nous voulons offrir au client la possibilité de visiter Maurice sans dépenser une véritable fortune. Kuxville est pour ceux qui veulent voir le vrai visage de Maurice, loin du luxe des hôtels de grand standing.» Rendez-vous dans 40 ans, qui sait ?

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