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Kill Bill ou l?effet Tarantino
Que les amoureux de l?authentique cinéma d?auteur en soient informés : Kill Bill leur est destiné tout exprès, tout comme un coup de pied peut être destiné tout exprès au postérieur. On peut véritablement parler d?une fête du cinéma, mais il s?agirait plutôt d?un certain cinéma. Je veux parler de celui des jeudi soirs d?antan où pour Rs 3.50 on avait droit à deux films genre Sabata, Django, etc., ou surtout La Fureur du Karaté, Wang-Yu, Opértation Dragon, etc. Voilà Quentin Tarantino de retour après six ans d?absence et le bonhomme est plus en forme que jamais. Quentin Tarantino fait du Tarantino, rien que du Tarantino et on ne s?ennuie pas une seconde.
Le cinéaste s?étant souvent vu accuser de faire ce qu?on appelle ?de l?esbroufe? ne prétend aucunement démentir cette accusation, bien au contraire. Ce n?est pas tant qu?il a l?air de s?y complaire qu?il y va carrément, construisant son film uniquement sur des effets et des références de toutes sortes. L?histoire elle même devient très vite secondaire. C?est une histoire de vengeance : celle d?une tueuse à gages surnommée Black Mamba (Uma Thurman) contre les membres de son propre gang, le Détachement International des Vipères Assassines et surtout le chef, Bill.
Lorsque Black Mamba a raccroché pour se marier, tout le gang a fait irruption dans la chapelle où se tenait la cérémonie et a massacré tous les convives laissant la mariée pour morte (peut-être parce qu?ils n?étaient pas invités au mariage). La mariée se réveille après quatre ans de coma, sans l?enfant qu?elle portait en elle et bien décidée à tuer tous ses anciens collègues.
C?est une histoire comme on en a vu tellement dans les films d?action de série B ou même de série Z, elle n?a pas une grande importance ici, ne servant que de prétexte. C?est une formalité, rien de plus. Le film débute avec une séquence en noir et blanc où l?on voit la mariée gisant sur le sol, le visage en sang après avoir été passée à tabac, et celui que l?on devine être Bill (on ne voit que ses bottes et ses mains) vient lui parler et lui essuyer le visage avec son mouchoir blanc ? bien sûr le sang ne part pas, vu qu?il s?agit de maquillage de cinéma; c?était comme ça, dans les séries B d?autrefois ? avant de lui tirer une balle dans la tête.
La prochaine séquence se situe quatre ans après, et elle nous montre Black Mamba sonnant à la porte de son ancienne amie Vernita Green (Vivica A. Fox) retirée des affaires, mariée à un médecin et maman d?une adorable petite fille qui est à l?école. Aussitôt que s?ouvre la porte, un combat ultra violent est engagé, un combat dont l?issue est connue d?avance (sachant qu?il y aura un deuxième épisode). Mais, voilà que la petite fille rentre de l?école?
On se contentera de dire Tarantino nous fait savoir dès le début que son film sera construit autour de l?art et la manière plutôt qu?autour d?une histoire. A tel point qu?il choisit de complètement la déstructurer. Certains critiques y ont vu une sorte de faux pas, on peut aussi y voir une décision délibérée de neutraliser tout impact que pourrait avoir l?histoire de par elle-même afin que le film ne repose finalement que sur du Tarantino.
Zapping
Ainsi, une fois la secousse de la première bagarre (hommage aux Blaxploitation movies des années 70) passée, avec tous les effets de mise en scène et de chorégraphie ? sans compter que c?est une bagarre ultra violente entre deux mamans, tout un pan de nos valeurs culturelles fichant ainsi le camp ? on s?aperçoit que Vernita Green est en fait la deuxième sur la liste à être éliminée. Auparavant, il y a eu O-Ren Ishii (Lucy Liu) à Tokyo.
Mais, avant de passer à cette dernière, on voit comment Uma Thurman sort de son coma de quatre ans. Cela ne ressemble pas du tout au réveil de la Belle au Bois Dormant avec le baiser du prince charmant et le réveil n?est pas sans évoquer la scène de la piqûre d?adrénaline dans Pulp Fiction, sauf que cette fois il y a un moustique.
Et, avant de passer à l?élimination d?O-Ren Ishii, il y a l?histoire de son ascension à la tête des yakuza. Comment elle assiste toute petite, à l?assassinat de ses parents par un parrain et comment elle se venge en le tuant d?un coup de sabre à l?âge de douze ans au moment d?une étreinte sexuelle. C?est très scabreux, mais là encore Tarentino enlève à cet épisode tout son impact en tant que récit. Il en fait un dessin animé style manga, mais un manga toutefois, qui serait dans l?esprit du western spaghetti et cette rencontre des deux genres est un moment de plaisir qu?on ne doit qu?au graphisme, au langage cinématographique et à la mise en scène.
Arrivé ici, il faut aussi dire que ce qui fait tout le charme de Kill Bill ne se trouve pas que dans la mise en scène, les séquences ou les images qui évoquent soit des films, soit des genres, ou qui relèvent de la virtuosité, ou encore qui sont tout simplement des images magnifiques. Il y a aussi une bande sonore faite d?un peu de musique originale et ces chansons qu?on entendait dans les années 60-70, des airs qui raviront même ceux et celles qui n?apprécient pas forcément le rock, et aussi des compositions de Enio Morricone et même de James Last.
Impossible de dire de quelle façon Tarentino s?y est pris, tous ces airs à la limite du supportable révèlent du coup un charme, une magie que l?on aurait eu, juste auparavant, du mal à imaginer. Ce n?est pas tout : l?ambiance des salles de cinéma de l?époque y est aussi. Il y a le générique, le son de la musique du générique et même ces décrochages de la bande-son, exactement comme à l?époque.
Un critique a parlé d??orgie cinéphilique?, Kill Bill passant d?un genre à l?autre comme dans un zapping effréné qui culmine lors de la confrontation finale entre Uma Thurman et Lucy Liu lorsque Kung-fu, western spaghetti, film de samouraïs, Matrix, se croisent. Il y a des hectolitres de sang versé et tout autant qui gicle, avec des morceaux de corps humain qui volent dans tous les sens. Le combat entre Mamba Noir et Les 88 Fous (Uma Thurman seule contre tous) a quelque chose d?épique tout comme le duel au sabre qui suit entre les deux femmes, toutes deux magnifiques.
Bien évidemment, tout ce côté excessif tant dans le mouvement que dans la violence instille tout naturellement un second degré que le réalisateur parvient à mettre à profit. C?est un moment si riche qu?on finit par comprendre, en dépit de ce qu?en ont dit certains, pourquoi le film a été coupé en deux parties. Tous ces moments si chargés ?cinéphiliquement?, auraient conduit à une impression d?être gavé.
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