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Kill Bill 2

8 juillet 2004, 20:00

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“…Je me suis emporté”. On peut presque dire que tout le film culmine en cette petite phrase. Kill Bill 2 est donc la suite de cette sanglante histoire de vengeance, celle de La Mariée, alias Black Mamba qui poursuit toujours aussi implacablement ce qui reste du Gang des Vipères Assassines. Elle ne leur a toujours pas pardonné non seulement d’avoir fait irruption dans l’église le jour de son mariage, mais d’avoir en plus massacré tous les invités, ce qui est très incorrect. Après avoir mis au couteau, un point final à l’existence de Varnita Green, elle s’en est allée au Japon pour tirer au katana, un trait non moins définitif sur celles de O-Ren Ishii et de ses 88 Fous qui étaient plus de 88. La voilà de retour sur le sol américain, toujours aussi assoiffée du sang de ses ennemis. Elle compte d’abord éliminer Budd, alias Sidewinder (Michael Madsen), une brute épaisse qui tue par instinct, puis Elle Driver (Daryl Hannah), une virtuose dans l’art de l’assassinat, qui porte un cache sur l’œil. Bill (David Carradine), le chef, étant le meilleur morceau, elle le garde donc pour la fin.

On dirait bien que depuis Jackie Brown, le cinéma de Quentin Tarantino s’adresse essentiellement à ceux qui ont vécu les années 70 plutôt qu’à ceux qui se sont contentés d’y vivre. On devine que le cinéaste est un collectionneur passionné des icônes de cette décennie. Ainsi, David Carradine se voit offrir un rôle qui n’est pas sans rapport avec les personnages qu’il a interprétés auparavant. C’est à dire non seulement les rôles d’affreux, à la limite du psychotique, mais aussi celui du héros de la série Kung Fu. Lorsqu’il fait son entrée dans ce film, il est assis par terre et joue d’une flûte très longue, exactement comme le personnage qu’il incarnait dans The Silent Flute (Richard Moore, 1979), une “heroic fantasy” qui mélangeait les arts martiaux à la philosophie Zen. Bill est un assassin, expert en arts martiaux qui a été le disciple d’un grand maître et on a comme l’impression de se trouver devant une sorte de Kwai-Chen Caine qui aurait succombé au “côté obscur de la Force”.

L’entrée remarquable de Bill vient avec le début de l’explication du pourquoi et du comment de toute cette sanglante histoire. Car cette fois, il y a bien une histoire; tordue, évidemment, et Quentin Tarantino ne passe pas par le chemin le plus court et le plus direct pour nous la raconter. Uma Thurman commence par nous expliquer que la tuerie en fait, n’a pas eu lieu lors du mariage, mais lors de la répétition de la cérémonie. Ce qui à ce stade du film n’avance pas les spectateurs à grand-chose, mais on commence aussi à découvrir que des liens profonds unissent Bill et La Mariée – éblouissante démonstration de la maîtrise du noir et blanc par le réalisateur avec, en prime, l’évidence de son obsession pour les pieds de son égérie et stupéfaction du spectateur découvrant que deux paires de pieds qui se font face peuvent être aussi expressifs que deux visages. La Mariée est enceinte et Bill n’approuve pas du tout son mariage avec ce jeune homme qui gagne sa vie en vendant des disques de seconde main.

Pourquoi ? L’explication suit, mais encore une fois, Tarantino excelle dans l’art du détour. En tentant de surprendre Budd, La Mariée se fait, elle, surprendre par ce dernier et se retrouve ligotée, enfermée dans un cercueil et enterrée vivante. Situation que le cinéaste signant aussi le scénario, laisse en suspens (et en “suspense”) pour faire un retour en arrière – ce qui est d’autant plus justifiable qu’ayant vu la bande annonce, on sait très bien qu’elle va s’en sortir. C’est ainsi qu’on découvre que Bill fut en fait le mentor de La Mariée qui ne s’appelait pas encore ainsi, évidemment, mais qui était déjà prodigieusement douée dans l’art d’infliger des dommages corporels à son prochain. C’est aussi encore une fois l’occasion d’un hommage aux films d’arts martiaux des années 70. L’apprentissage de La Mariée se fait chez Paï Meï (Gordon Liu), un vénérable maître du Kung Fu. Un vrai de vrai, majestueux dans sa grande robe blanche, avec sa longue chevelure blanche et sa grande barbe toute aussi blanche; il a en plus un regard capable de transpercer un bonhomme à cent mètres. Ce moment est un vrai bonheur : tous les clichés du cinéma d’art martiaux de ces années-là (personnages, dialogues, exploits, etc.), sont au rendez-vous, avec en plus le son, l’éclairage et la texture de l’image comme en ce temps-là. Mais il s’agit de bien plus que d’une fidèle reproduction: Tarantino transcende le genre, tout en y restant rigoureusement fidèle. C’est du grand art, tout simplement. Au point qu’on oublie que tous ces films d’arts martiaux étaient en fait des films mal fichus.

Symbiose remarquable

Rarement les combats au corps à corps dans un espace clos n’auront été aussi bien filmés que ce soit dans une caravane entre La Mariée – qui, on finit par l’apprendre, s’appelle en fait Béatrice Kiddo – et Elle Driver (on ne connaissait pas Daryl Hannah aussi méchante) ou entre Béatrice, puisque c’est son nom, et Bill, tous les deux assis sur une chaise. Combats au sabre (fabriqués par Hatori Henzo, on ne saurait se contenter de moins) bien filmés, avec de belles trouvailles comme l’usage ingénieux du fourreau, une bonne dose d’humour “ dégueu” (pas vraiment de gore, comme dans le premier tome) et surtout des dialogues des plus savoureux à cause de leur aspect si “tarentinesque”.

Les dialogues ont chez Tarentino cette particularité de tirer leur vigueur principalement de leur incongruité (de par la situation, le personnage ou les deux) et on peut dire que le cinéaste s’est réellement dépassé pour ce Kill Bill 2 : Daryl Hannah (perfide et cruelle en plus d’être dangereuse) lisant une page téléchargée d’un article sur le net à Michael Madsen agonisant ; David Carradine déposant Uma Thurman au pied de la colline sur laquelle habite Paï Meï et lui expliquant que ce dernier déteste trois choses par dessus tout : les Occidentaux, les Américains et les femmes; les propos que tient le même Paï Meï à l’égard des Japonais; etc. Il ne faudrait pas non plus oublier la toute petite phrase avec laquelle débute cet article.

Rarement, aussi, aura-t-on constaté une telle symbiose dans un film, entre l’action, les personnages, les dialogues et la musique. C’est en ce sens que le film s’apparente le plus au western spaghetti. La musique est signée Robert Rodriguez, mais la bande sonore comprend une variété de compositions de divers musiciens, parmi lesquels Ennio Morricone qui signe la musique du générique, au début et à la fin du film. Comme dans les films de Sergio Leone (ou comme dans un opéra), la musique est pratiquement un personnage à part entière, participant pleinement à toutes les scènes. Il faut aussi souligner un beau travail de composition (genre “air et variations”) accompli sur l’air d’une chanson autrefois très à la mode.

Finalement, ce deuxième Kill Bill, se révèle bien moins agité que le premier, mais encore plus réussi. Tout y est magnifiquement agencé et exécuté, Quentin Tarentino ose beaucoup et il s’en tire avec panache. Surtout, cela reste du cinéma à l’état pur, même s’il y a aussi une histoire au terme de laquelle on conclura que tous les couples ont leurs bons et leurs mauvais moments. Il ne faudra pas trop s’étonner que cette histoire, toute sanglante qu’elle soit, se termine d’une façon élégante et morale.

<B>Gilles Noyau</B>

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