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Joyeuse... compagnie au Jardin de la compagnie

7 septembre 2005, 20:00

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Mon chevalet sous le bras, mes sacs de peinture et de pinceaux ? je suis contente. On m?a invitée à prendre part à un atelier de travail dans le Jardin de la compagnie. Je vais peindre ces grands ?lafouches? avec leur chevelure rousse traversée par les rayons de soleil. Je me suis réveillée pleine de vitalité avec cela en tête. Quelques tentes ont été dressées sur la surface en ciment recouvrant l?ancien canal d?égouts vis-à-vis d?un bâtiment en construction.

Je félicite l?organisateur pour cette belle initiative et lui indique le cadre du jardin que j?ai choisi pour installer mon chevalet. Gêné, il m?explique que la mairie a donné la permission pour cette activité seulement sur le lieu ou les tentes ont été dressées. Et puis, ce serait mieux pour moi de peindre là et pas ailleurs.

OK. Je ne comprends pas trop, mais je me dis qu?il y a toujours des raisons pour tout. L?organisateur est gentil. Je prends quelques photos numériques de mon sujet et je me mets au travail. Le bruit, la poussière, le ciment ? je jette de temps à autre un regard d?envie vers le jardin féerique derrière moi. La présence d?autres artistes compense. Après tout, c?est une belle expérience, je me dis.

Je sens tout à coup une petite pression froide sur mon pied ? je portais des sandalettes bien aérées. Je n?ai pas peur des rats, mais ma surprise ne fut pas moins grande. Un rat bien dodu avait traversé sur mon pied pour s`acquérir d?un bout de pain. Il prit le même chemin, traversant une deuxième fois sur mon pied, pour disparaître dans la verdure du jardin. Je me mis à mieux observer la verdure à ras le sol. Je n?avais eu avant les yeux que pour ces vénérables ?lafouches?.

Quelle activité ! Je comptais en une heure 23 rats. C?était parfois peut-être le même rat que je comptais ? n?empêche je vis paraître et disparaître 23 rats. Je ne croyais pas mes yeux. Je demande donc à une femme en uniforme avec son balai ? le service de nettoyage est bien présent ? si elle voit des rats dans le jardin.

?Ouiiiiii !? s?exclame la dame. ?Tiffin pa capave gardé ici !?

<B>Protection des droits</B>

Un peu plus tard, une discussion colorée se déroule entre un membre de l?équipe de dresseurs de tentes pour artistes et une prostituée. Les jurons ne me sont pas inconnues, mais je n?ai jamais entendu autant en si peu de temps. Elle finit par lui passer une claque sonore. Elle n?aurait pas été payée pour ses services. Les artistes regardent. On est artiste, non ? ? me dit quelqu?un. On est ouvert, non ? On devrait donner aux prostituées une carte d?identité, comme à Amsterdam ou ailleurs, pour protéger leurs droits.

Là je ?sape lor cal?. Je lui dis que chaque jour que je prends le bus pour aller quelque part, je ne sais pas si un récidiviste vient juste d?acheter un couteau et si je serai la première sur son chemin. Je ne sais pas si une fourgonnette passera et me prendra pour viol et sodomie. Le soleil tombe et je me case ? de peur d?être violentée. Et il parle de la libéralisation de la prostitution ? Quand serai-je libéralisée, moi, femme, moi mère, qui ne suis pas prostituée ? Quand pourrais-je marcher les rues sans peur?

Où sans rats, pour revenir à nos moutons. Ces bêtes semblent jouir d?une très bonne santé. Où vont-ils se nourrir ?

Au restaurant ? Où dans les assiettes des Port Louisiens pendant que ceux-ci regardent ailleurs ?

Est-ce que la mairie de Port-Louis a prévu des rats faute d?écureuils dans ce magnifique jardin ? Allons-nous bientôt donner à nos enfants de petits sachets de cacahuètes pour donner aux jolis petits rats du Jardin de la compagnie ? Comme on fait en Europe pour les écureuils ? Est-ce que la mairie de Port Louis prévoit une dératisation ? Où attend-elle d?être bientôt elle-même d?être dératisée ? Les élections municipales ne sont pas loin !

Le Jardin de la compagnie ? quelle compagnie !

<B>Sarojini SEENEEVASSEN</B>

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