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John Rayeroux raconte 50 ans de ?Cernéen?

27 février 2007, 00:00

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A la fermeture du Cernéen, John Rayeroux peut se vanter d?avoir servi ce journal pendant un demi-siècle ou presque. Il raconte. Il a 22 ans, quand il fait son entrée, en 1934, dans l?atelier du Cernéen. Ce quotidien est jeune encore car il entame gaillardement la deuxième année de son second siècle d?existence. Il n?y aura malheureusement pas de 3e siècle du moins sur papier journal. Dommage, car, en 1982, quatre journaux au monde peuvent se disputer la doyenneté de la presse francophone. Outre Le Cernéen, qui espère encore ne pas dire son dernier mot, il y a, en lice, le Journal de Genève, la Feuille d?Avis de Lausanne, la Feuille d?Avis de Neufchâtel et le Journal de la Corse. Ce dernier journal affiche une fondation remontant à... 1812. Le Cernéen de Jean Pierre Lenoir en possède, en 1982, quelques exemplaires. Il se plaint, toutefois, que la feuille corse ne répond pas à ses missives. Il appréhende un silence d?outre-tombe. Le plus glacial qui soit, d?ailleurs.

Le Journal de Genève paraît pour la première fois, le 5 janvier 1826, et devient quotidien le 26 juin 1850. La Feuille d?Avis de Lausane voit le jour en... 1762. Pensez-y. Nous dépendions encore des ?boutiquiers de Paris? (les directeurs de la Compagnie des Indes, La Bourdonnais dixit). Cette feuille devient quotidienne en 1872 mais change d?appellation un siècle plus tard pour devenir bêtement 24 heures, tirant encore, trois fois par jour, en 1982, un total journalier et appréciable de

100 000 feuilles. Notre Cernéen disqualifie ce quotidien en raison de son changement de titre. Cela est quand même un moindre mal comparé à une cessation de parution. N?empêche que des Suisses n?ont pas plus de respect pour leur patrimoine que nos ministres les plus idéologiques ou les plus démagogues.

La Feuille d?Avis de Neufchâtel (en Bray, la région est du département de la Seine Maritime), est en droit de se glorifier d?une naissance remontant à... 1738 (Mahé de Labourdonnais transformait alors un camp rudimentaire en Port Louis). Elle devient bi-hebdomadaire en 1855 et quotidienne en 1884. Le Cernéen pour sa part devient quotidien en 1852. Le fait que le doyen de notre presse cesse de paraître, en 1982, nous amène à conclure qu?en matière de respect du sacré patrimoine national, notre secteur privé, déjà et avant 1982, ne fait pas preuve d?une intelligence supérieure à un ministère des Arts et de la Culture, ministre, conseillers et fonctionnaires confondus.

Mais revenons plutôt à John Rayeroux pénétrant, à 22 ans, dans l?atelier du Cernéen, en 1934. Il compte sept années d?apprentissage à la Planters Gazette qui siège alors à la rue William-Newton, à l?emplacement occupé aujourd?hui par Eastern Trading. Mon Dieu ! que ce monde est petit. Le Cernéen est le voisin immédiat de la Planters. A la Planters, Rayeroux a successivement affaire aux directeurs W.J. Hay, Amédée Maingard de la Ville ès-Offrans et Alfred Dupont. La Planters ne tarde pas à connaître des difficultés financières. On le transfère au Cernéen qui a quitté la rue William-Newton pour La Chaussée, emplacement occupé, en 1934, par la Maison Poisson. Le Cernéen connaît déjà des ennuis financiers. Rayeroux est sur le point d?être remercié quand Faustin (à ne pas confondre avec Fausto) se laisse séduire par Advance, alors en voie de création (octobre 1940), et lui cède sa place. Le Cernéen change encore de place pour s?installer à l?arrière du Musée, rue Félicien-Mallefille, ancienne rue de la Comédie. M. Henri dirige alors le journal d?Adrien d?Epinay.

John Rayeroux se souvient, bien sûr, de la réunion des trois principaux quotidiens de l?île (Le Cernéen, Le Mauricien et Advance) en une Feuille Commune, pour cause de restrictions de temps de guerre. Date de cette fraternité journalistique : 1er avril 1942 (cela ne s?invente pas).

Rayeroux se souvient encore de Jacques Germond et de sa grande précision dans l?élaboration des maquettes, de Roger Merven et de son humour irrésistible, d?Alain Fausto Dalais, capable, à dix secondes près, de recueillir les impressions d?un coureur de 100 mètres, au départ comme à l?arrivée, de Claude Huc, aujourd?hui directeur de Côtes-Nord, partageant avec le précédent la doyenneté de notre presse écrite.

Un siècle et demi de Cernéen, un chapitre fascinant de l?histoire de la presse mauricienne, même si l?on peut et doit lui reprocher quelques imperfections, parfois même de nature raciste.

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