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John Kerry s?efforce de combler le ?fossé religieux?
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John Kerry s?efforce de combler le ?fossé religieux?
Premier candidat catholique à la présidence des Etats-Unis depuis John Fitzgerald Kennedy, John Kerry multiplie depuis quelques jours les allusions à sa foi, une évolution que les politologues lient à l?importance acquise par le vote catholique.
George Bush, protestant méthodiste, s?emploie également à séduire cet électorat qui, s?il ne représente que le quart des inscrits, a joué un rôle jugé crucial depuis les années 1970 ? depuis, notent des politologues, qu?il n?est plus traditionnellement acquis aux candidats démocrates.
Il y a quatre ans, les voix des 27 millions d?électeurs catholiques s?étaient reportées à parts pratiquement égales sur George Bush et sur le démocrate Al Gore.
Et le président républicain, dont l?entourage souligne que toutes les voix compteront le 2 novembre, ne ménage pas ses efforts. Sa rencontre au Vatican avec le pape Jean Paul II, début juin, a été fortement médiatisée - Bush a qualifié cette audience d??expérience impressionnante.?
Défendre les valeurs conservatrices
Mardi dernier, à Dallas, il s?est engagé devant l?Ordre des Chevaliers de Colomb, considéré comme la plus importante organisation catholique de laïcs au monde, à défendre en cas de réélection les valeurs conservatrices (interdiction du mariage homosexuel, lutte contre le droit à l?avortement).
?L?Etat, a-t-il poursuivi, ne doit jamais être l?Eglise et l?Eglise ne doit certainement jamais devenir l?Etat. Mais l?Etat ne devrait jamais craindre les bonnes oeuvres de l?Eglise.?
Si la foi du président républicain, un ?reborn christian?, fait partie intégrante de son image publique, il en va autrement de John Kerry, qui l?a rarement évoquée lors des élections primaires organisées par le parti démocrate.
Mais son approche est en train d?évoluer depuis son investiture, à la fin du mois dernier à la convention de Boston.
Dimanche dernier, prenant la parole au Greater Grace Temple de Springfield, dans l?Ohio, le sénateur catholique du Massachusetts a certes indiqué qu?il se présentait en ?candidat laïque? mais a ajouté: ?Il est impossible de ne pas être affecté par ses valeurs fondamentales, par sa foi.?
Et l?ancien combattant du Vietnam d?expliquer à son auditoire comment sa foi en Dieu l?avait aidé à surmonter la perte de ses amis dans le delta du Mékong. ?Nous nous posons tous des questions. Et nous apprenons que même à travers ces souffrances, ces pertes, nous sommes en contact avec (...) le Tout-Puissant?, a-t-il dit.
A Boston, John Kerry avait souligné qu?il ?ne port(ait) pas (sa) foi en bandoulière?, mais que ?(ses) valeurs et (ses) espérances? en découlaient.
Pour Amy Sullivan, spécialiste de la question religieuse, présenter en termes religieux une partie de son programme, notamment ses projets en matière de politique sociale, ou expliquer comment la foi lui a donné le courage de ses actes au Vietnam peuvent se révéler très bénéfique.
Les croyants, explique-t-elle, ?se servent souvent de la religion comme d?un indicateur de l?assise morale d?un candidat. Cela les aide à découvrir qui il est?.
L?une des clefs du scrutin du 2 novembre résidera dans la capacité du sénateur du Massachusetts à combler une partie du ?fossé religieux? qui sépare démocrates et républicains.
Il y a quatre ans, des sondages réalisés à la sortie des urnes avaient révélé que George Bush avait attiré sur son nom 63% des pratiquants se rendant à l?église plus d?une fois par semaine. Al Gore, lui, était le candidat choisi par 61% des électeurs ne se rendant jamais à l?église.
Ce ?fossé religieux? ? un classique de la science politique aux Etats-Unis, rappelle John Green, spécialiste du vote religieux à l?université d?Akron ? s?est manifesté dans les années 1970 avec l?apparition de questions jusque-là absentes du débat public : le droit à l?avortement, les droits des homosexuels.
Schématiquement, les électeurs confessant une foi pratiquante se sont tournés vers les candidats du Parti républicain parce que ces questions heurtaient et heurtent toujours les convictions religieuses de nombre de croyants et parce que le Parti démocrate portait ces revendications.
Cette année encore, ces questions marquent une différence entre Bush et Kerry.
Le premier est hostile à l?avortement, défend au Sénat un amendement constitutionnel visant à définir strictement le mariage comme l?union d?un homme et d?une femme. Le second soutient le droit à l?avortement et, sans militer pour le droit des homosexuels à se marier, prône une forme d?union civile.
Ces positions, analyse Steven Waldman, rédacteur en chef du site beliefnet.com, ne condamnent pas Kerry aux yeux de tous les catholiques.
Une part non négligeable des 65 millions de catholiques américains, souligne-t-il, sont en effet aux prises avec l?enseignement de l?Eglise romaine sur ces sujets, et par conséquent plutôt réceptifs au discours de Kerry.
Rolando Garcia
Adam Entous
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