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Jocelyn Thomasse chantre des formes et des couleurs

20 mai 2007, 00:00

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La galerie Hélène de Senneville, Pointe-aux-Canonniers, Grand-Baie, expose jusqu?à mardi, une soixantaine d??uvres diverses de Jocelyn Thomasse, les unes plus réussies et plus attachantes que les autres. Le public y est cordialement invité. Les amateurs de Beaux-Arts et de belle peinture ne doivent surtout pas manquer un tel rendez-vous, une telle aubaine de se nettoyer les mirettes en contemplant et en admirant le travail d?un artiste talentueux au sommet de son art.

On ne dira pas que c?est un Jocelyn Thomasse nouveau que nous offrent si généreusement Hélène de Senneville et ses collaboratrices. Disons qu?elles n?ont pas hésité et avec raison de s?emparer dans son atelier des ?uvres, certes chéries par leur auteur, mais qu?il hésiterait de lui-même à exposer pour des raisons personnelles et intérieures, connues de lui seul. Nous n?avons pas à nous embarrasser de ses scrupules.

Le public connaisseur ne s?y est pas trompé et s?est jeté avec empressement et avidité sur une huitaine d?ébauches au fusain, esquissant des silhouettes nues, féminines à ravir, tout en grâce et en formes fuyantes et nonchalantes. Des nus fugaces, mais omniprésents, puissamment évocateurs, hautement décoratifs. Des héroïnes baudelairiennes des Fleurs du Mal que Paul-Jean Toulet aurait chantées après les avoir dévorées de ses yeux les plus gourmands mais connaisseurs.

<B>Formes colorées qui bouillonnent en lui</B>

Dans la même veine, Thomasse se lance dans l?heureux mariage de silhouettes féminines, menaçant d?enfourcher un « amour de vélo », sur fond urbanisé. Cela donne l?harmonieux résultat de rouges aplats que cernent des formes humaines ou architecturales quand il ne s?agit pas plus prosaïquement d?un cadre ou de roues de vélo. L?enfant de mariages aussi réussis est, bien sûr, un mélange doucement coloré de formes géométriques, tirant sur un saumon assez foncé pour flamboyer devant nos yeux ébahis.

Thomasse persiste avec des natures mortes (cafetière, plateau de fruits, chaise et autres objets usuels), mais avec moins de réussite évocatrice que ses silhouettes féminines, simplement crayonnées ou servant de prétexte à d?étranges ballets visuels et colorés de formes géométriques, ayant toute la grâce des jeunes filles en fleur si chères à Monsieur Proust.

Ne faisons surtout pas le difficile. Son pichet aux pommes est d?un délicieux marron acajou à faire pâlir d?envie toutes les pourpres romaines ou cardinalices. Un bleu resplendissant sauve tout aussi bien sa coupe des fruits et des cruches, n?ayant rien à faire avec les formes féminines précitées. Ces natures mortes ont eu jadis leur jour de gloire. Picasso les a magnifiées avec bonheur en forçant à l?extrême le cubisme de leurs formes.

C?est une nature trop morte pour le joyeux vivant qu?est Jocelyn Thomasse qui a besoin d?espaces même intérieurs pour donner libre cours à toutes les formes colorées qui bouillonnent en lui chaque fois qu?il se penche sur un bilan financier, s?achevant dans un rouge qui l?inspire moins qu?ailleurs.

<B>Au sommet de son art</B>

On comprend mieux sa prédilection pour les rues les plus achalandées de notre bonne vieille ville de Port-Louis. La foule piétonnière, qui se faufile le long des devantures de nos magasins, envahissant nos trottoirs tortueux, est une composante majeure des toiles les plus urbaines et les mieux composées de notre peintre.

Il n?a pas son pareil pour conjuguer un ciel portlouisien à peine présent, nos bâtiments lépreux à souhait, tenant miraculeusement en s?appuyant les uns sur les autres et cette rue aussi vivante que le manège chanté par la Môme Piaf. C?est fou comme la foule de Jocelyn Thomasse ressemble à la sienne et que ses meilleures toiles portlouisiennes « nous emportent dans une folle farandole ».

À Chinatown, Jocelyn Thomasse réinvente avec bonheur le pavé trempé par une ondée aussi providentielle que bienfaisante, avec pour résultat que le bitume se transforme enfin en miroir et reflète à merveille les couleurs chinoisement portlouisiennes de notre bonne vieille capitale. Ce quartier chinois après la pluie, c?est Jocelyn Thomasse au sommet de son art.

Sa rue d?Alembert, langoureusement bleutée, n?a pourtant rien à envier aux charmes mouillés de Chinatown. Thomasse peint là toute la douceur de vie portlouisienne. Il met sur toile les charmes de la vie créole. Quoi dire de plus mon cher et regretté Régis Fanchette ? Tu opines du chef et tu ne peux savoir combien cela réconforte tes nombreux amis ici bas.

<B>Le fauve artistiquequi dort en lui</B>

Le port n?est jamais loin chez Thomasse quand il se promène dans les rues portlouisiennes qu?il préfère. Mais auparavant, allons avec lui à quelques régates qui sont autant de prétextes à faire claquer, dans les rafales, les couleurs encore plus vives qu?ailleurs, bien que voilées. De temps en temps, notre peintre peut bien se laisser aller et permettre au fauve (artistique) qui fait semblant de dormir en lui de se manifester. Il a d?ailleurs déjà jeté son dévolu sur un ruban rouge et sur des ocres et bleus voisins.

Notre bonne vieille rade de Port-Louis, devient une invitation au voyage également baudelairienne quand Jocelyn Thomasse parvient à se contenter de poser son pinceau plein de couleur nacrée sur un papier l?absorbant immédiatement. Il doit alors se contenter de ces seules premières touches, car les suivantes ne peuvent que rompre l?harmonie visuelle déjà réussie. Du coup, il a oublié de peindre le ciel et c?est tant mieux car, pour une fois, celui-ci peut se refléter dans notre rade qui est parfois si jolie quand de simples bateaux de pêche se muent en ballerines endiablées.

Le Nirvana n?est pas loin et Jocelyn Thomasse le sait d?expérience quand il se contente de laisser ses délicates touches de couleur chanter la grandeur de Dieu, au Temple Kaylasson, devant notre immortel Pieter Both divinement bleuté. L?Artiste sait d?instinct que la couleur simplement évoquée est plus jolie que la couleur elle-même. Mais sans le travail et le talent de l?artiste, nous ne pouvons connaître cette vérité première.

Répétons-le : tant pis pour ceux qui ne feront pas l?effort d?aller admirer Jocelyn Thomasse dans ses ?uvres. Jusqu?à mardi chez Hélène de Senneville. Pour sûr, les absents auront tort et ne pourront que se mordre les doigts.

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