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Jeunesse ?
Jeune homme, jeune fille, jeune femme, j?aimerais aujourd?hui vous parler de vous. « Parlez-moi d?moi, y a qu?ça qui m?intéresse », chantait Guy Béart. Je vous vois chaque jour aller, venir, passer commeun vent léger devant mes yeux étonnés, éblouis par votre jeunesse. Vous traversez cet âge magnifique, que l?on apprécie malheureusement trop tard, lorsque le Temps commence à peser sur nos épaules. L?état de jeunesse est inconscient, on ne « sait » pas que l?on traverse cette période éphémère de l?existence, dans l?innocence d?un naturel qui va de soi. Parfois même, on aspire à vieillir. Quelle imprudente erreur ! Rassurez-vous, vous avancerez dans l?âge, beaucoup plus vite que vous l?espérez. « La jeunesse est un état d?esprit », dit-on. Oui, jusqu?à un certain point. On dit cela quand le temps a commencé visiblement à nous détruire? Certes, on vieillit dès le berceau.
Les athlètes professionnels se donnent une jeunesse qui s?éteint entre 35 et 45 ans. Plus tard, on devient instructeur, on transmet. Les chorégraphes, les danseuses déposent les chaussons bien avant ce butoir du temps. La danse exige une plastique, une souplesse, une vitesse et une précision de mouvement impeccables. J?ai eu la chance de connaître Maurice Béjart et ses « Ballets du XXème siècle ». L?un de ses danseurs, Jorge Donn a conduit sa carrière jusqu?à la quarantaine, record de longévité en la matière. Je l?ai vu, les derniers temps, danser au TNP du Palais de Chaillot le « Boléro de Ravel » qui exige une ressource de souffle hors du commun. L?immense salle du théâtre le soutenait d?un silence religieux? « La danse, disait Béjart, c?est de la musique en mouvement. »
Vous aussi, jeunes gens, vous êtes de la musique en mouvement. Vos corps sont une surprise d?équilibre et d?harmonie. Sans le savoir, vous défiez la majesté des arbres et la grâce des fleurs.
Fleurs, vous l?êtes jeunes filles. Vous en avez la fraîcheur, la délicatesse, le parfum. Comme elles, vous portez en vous le futur de la vie. Vous servez une destinée que vous ne connaissez pas, mais qui a besoin de vous pour continuer. Vos chevelures sont le mystère des vents ; vos regards, un soleil levant sur la terre lavée de pluie. Vos jambes prouvent le miracle de la marche, sur un chemin de chèvre. En un mot, vous êtes belles. Mais (car il y a toujours un « mais ») :
« Si tu t?imagines/si tu t?imagines, fillette, fillette/si tu t?imagines xa va xa va xa/va durer toujours la saison des za/la saison des za saisons des amours/ce que tu te goures fillette fillette/ce que tu te goures? »
En quelques vers d?un réalisme drolatique, ce poème de Raymond Queneau (que chante si bien Juliette Gréco) nous ramène, cruellement un constat du temps, fillette, fillette, au constat du temps, qui a hanté tous les poètes, de Villon à Baudelaire, de Ronsard à Léo Ferré. Le Temps colle à vos pas, jeunes gens. Il ne nous lâchera plus jusqu?à l??uvre de destruction accomplie.
Le vieil homme qui vous écrit, se souvient des beaux jours de ses classes de philo, où l?on nous expliquait, (mais trop peu?) le sens de cette sagesse du « Carpe diem » : « cueille le jour », profite du moment qui passe? Nous écoutions cela distraitement, dans l?illusion de nos dix-sept ans? qui ne s?useraient jamais ! On vivait dans l?impatience de se jeter dans la vie, de s?y mesurer ? et à l?époque, ce n?était pas, de la tarte non plus !?
Certes, il ne s?agit pas, jeunes de notre temps, d?assombrir vos enthousiasmes par des regrets de vieillard.
Le temps viendra de vous y heurter un jour. Soyez gais, audacieux, heureux d?entreprendre? Mais ne hâtez pas l?usure du temps par des pratiques dangereuses qui jouent avec la vie. Méfiez-vous des transes provoquées qui tirent sur votre compte d?existence : le crédit n?est pas illimité? Queneau nous le confirme :
« Ma jeunesse est finie/Ma jeunesse est partie, Je reste sur le cul/avec quarante ans d?âge Me voilà qui grisonne/Me voilà qui bedonne, Je tousse et je déconne/déjà déjà déjà? »
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