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Jean-Noël Schifano et les stars napolitaines

7 décembre 2003, 20:00

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DIRECTEUR de la collection Continents Noirs aux Editions Gallimard, Jean-Noël Schifano était à Maurice dans le cadre d?une rencontre avec les auteurs mauriciens publiés en France. Il nous parle de son dernier roman Everybody is a star, Suite Napolitaine et nous livre par la même occasion ses pensées sur le devoir de l?écrivain en général.

Everybody is a star, Suite Napolitaine, qui sera bientôt sur les rayons de nos librairies, est un livre construit sous forme de chronique. L?auteur s?est inspiré des faits divers autour du tremblement de terre de 1980 qui a duré une minute et demie en Italie. ?Les bruits des viscères du centre de la terre étaient alors montés dans les viscères abdominaux de l?homme et le monde a perdu son centre de gravité.?

Ce sont des faits qui se sont produits dans la ville de Naples dont il peint le côté noir tout en donnant au livre un fond d?enquête policière avec toutefois une forme journalistique, regroupant ainsi le policier et le journaliste en une seule personne.

Au fond, ce que l?auteur cherche à atteindre derrière ces faits divers, c?est dénoncer l?illusion autour de l?unicité italienne. Rome est pour lui une capitale artificielle qui dévoile une forme d?inégalité. Et tout ce qui est inégal révèle ce qui ne va pas dans une société. A Naples, ce déséquilibre a donné lieu à des chaînes d?assassins. Le mépris même est transformé en une prise en laisse. Il faut alors, préconise-t-il, faire voir aux autres les racines les plus féroces de ce mal. ?Camus, déclarait-il, affirmait que malmener les choses, c?est ajouter aux malheurs du monde, moi, j?ai choisi de bien nommer les choses, surtout celles qui sont le mal.?

Jean-Noël Schifano cherche, en quelque sorte, à dénoncer une certaine vérité à travers une écriture qui se veut dynamique. Certes, il refuse l?à-peu-près. ?Quand on écrit, dit-il, il faut qu?il y ait de la rigueur, de la vigueur et de la volupté.? Un livre réussi est pour lui un livre qui émeut. Il y a, selon lui, trois mouvements par lesquels passe nécessairement l?écriture. L?écrivain a un style qui est réussi lorsqu?il parvient d?abord à voir et à émouvoir.

Le deuxième moteur qui régit l?écriture est la vengeance ? et la nostalgie. Sans ces sentiments, elle reste tâtonnements. Et enfin, un livre réussi est un livre qui apprend. En somme, ?l?écrivain peut être comparé à un paratonnerre qui prend la foudre et la détourne?. En tant qu?écrivain, Schifano considère que sa tâche consiste à révéler le côté le plus noir de la réalité. C?est pourquoi son Everybody is a star, Suite Napolitaine est un livre écrit avec impulsion. Il affirme avoir poussé les situations jusqu?au bout, jusqu?à l?extrême.

Corruption

Le titre est inspiré des propos d?Andy Warhol lorsque celui-ci affirmait qu?il y a un moment dans chaque vie où l?individu devient une star. Et les stars pour Schifano sont ces pauvres gens qui vivent au large des côtes napolitaines ? d?où l?ironie qui accompagne le titre. Ainsi, il dédie ce livre à ces victimes qui l?ont, en quelque sorte, écrit par leur histoire, par leur sang. Il n?est pas consacré qu?à leur innocence. Car, en réalité, il montre le lien de complicité que celles-ci entretiennent avec leurs bourreaux. Ce qui est pour lui une forme de corruption.

D?ailleurs, dans son prochain livre qui sortira au mois de mars, et qui s?intitulera Sous le soleil de Naples, il revient plus en profondeur sur ce thème de la corruption. Il a consacré tout un chapitre à ce problème qu?il a par ailleurs intitulé ?l?éloge de la corruption?.

Si Schifano affirme être davantage shakespearien que cornélien, il avoue cependant une nette préférence pour Céline qu?il considère comme un auteur qui a du style et qui est le plus grand écrivain du vingtième siècle, malgré toute la polémique autour de son engagement pendant la Deuxième Guerre mondiale. ?Vous savez, nous confie l?auteur, l?artiste est un fumier sur lequel poussent les plus belles choses du monde.? Par ailleurs, il n?est pas étonnant qu?il y a davantage de romanciers que d?essayistes. C?est parce qu?on ne comprend pas le monde qu?on écrit des romans. Quand on l?aura compris, il y aura plus d?essayistes que de romanciers, pense-t-il. Et la critique alors ? ?Elle est lacunaire et lagunaire. Il faut que les critiques osent dire les choses telles qu?elles sont. S?ils ne le font pas, il n?y a aucune raison d?écrire, voire d?exister. La langue de bois est de trop en France. Il faut en finir avec??

- Jean-Noël Schifano, Everybody is a star, Suite Napolitaine, bientôt disponible au Bookcourt, Caudan .

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