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Jean de La Fontaine, quand l?animal fait de l?homme un humain

10 juillet 2005, 20:00

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?On aurait tort de penser qu?elles sont seulement morales. Elles donnent encore d?autres connaissances: les propriétés des animaux et leurs divers caractères y sont exprimés; par conséquent les nôtres aussi, puisque nous sommes l?abrégé de ce qu?il y a de bon et de mauvais dans les créatures irraisonnables.? Sages paroles de l?auteur lui-même, puisées dans la préface aux fables qui ont fait sa renommée.

Des pirouettes du langage, une position d?humaniste qui n?ont pas pris une ride. C?est le 8 juillet, que nous avons célébré la naissance de Jean de la Fontaine. Ses sources d?inspirations, elles, datent pourtant d?avant le XVIIe siècle. Il faut les chercher du côté d?Esope, d?Horace, de Boccace, de l?Arioste et des fabliaux du Moyen-Age. Son regard tendre et amusé sur l?existence, l?absence de fanatisme et son goût des plaisirs qui confine au libertinage dans ses contes frivoles, ont su nous dévoiler par delà les âges, les mouvements de sa pensée.

À Maurice, des traductions d?Henri Favory sont inscrites au cursus scolaire, bien avant l?avènement de la Grafi larmoni.

Issu d?une famille bourgeoise, Jean de La Fontaine passe son enfance et son adolescence en Champagne. Après avoir suivi, sans vraiment s?y intéresser, des études de théologie et de droit, il hérite de la charge de maître des Eaux et Forêts de son père. Il s?installe à Paris, où il fait la connaissance de Nicolas Fouquet ? alors surintendant des Finances de Louis XIV ? qui le prend sous sa protection et lui accorde une pension. La Fontaine fréquente les salons parisiens, est élu à l?Académie française. Alors que la querelle des Anciens et des Modernes débute, il se range du côté des Anciens. Entre-temps, il publiera ses recueils de Fables, grâce auxquels il passera à la postérité.

Considéré comme un indiscipliné, La Fontaine échappe à la discipline du législateur du Parnasse, c?est-à-dire Ronsard. Lui, se moque des règles et des définitions, n?en fait qu?à sa fantaisie et, selon la critique, ?grâce à ses folies réussit, sans le savoir, à sauver la langue française. Au milieu de la poésie nouvelle, sage, raisonnable et bien dessinée, comme le parc de Versailles, il sut garder intact un morceau de la forêt primitive, ce qui, on doit le dire, dépare beaucoup l?ordonnance du grand siècle.?

<B>FABLE ET VÉRITÉ</B>

Des paroles pertinentes par delà les siècles. Chacun y donnera le sens qu?il voudra Le fou qui vend la sagesse Jamais auprès des fous ne te mets à portée: Je ne te puis donner un plus sage conseil. Il n?est enseignement pareilà celui-là de fuir une tête éventée. On en voit souvent dans les cours: Le prince y prend plaisir; car ils donnent toujours Quelque trait aux fripons, aux sots, aux ridicules. Un fou allait criant par tous les carrefours Qu?il vendait la sagesse, et les mortels crédules De courir à l?achat; chacun fut diligent. On essuyait force grimaces; Puis on avait pour son argent, Avec un bon soufflet, un fil long de deux brasses. La plupart s?en fâchaient; mais que leur servait-il? C?étaient les plus moqués: le mieux était de rire, Ou de s?en aller, sans rien dire, Avec son soufflet et son fil. Ce chercher du sens à la chose On se fût fait siffler ainsi qu?un ignorant. La raison est-elle garant De ce que fait un fou? Le hasard est la cause De tout ce qui se passe en un cerveau blessé. Du fil et du soufflet pourtant embarrassé Un des dupes un jour alla trouver un sage, Qui, sans hésiter davantage Lui dit: ?Ce sont ici hiéroglyphes tout purs. Les gens bien conseillés, et qui voudront bien faire, Entre eux et les gens fous mettront, pour l?ordinaire La longueur de ce fil; sinon je les tiens sûrs De quelque semblable caresse. Vous n?êtes point trompé: ce fou vend la sagesse.?

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