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Jean-Claude Baissac ou le rêve incarné
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Jean-Claude Baissac ou le rêve incarné
JEAN-CLAUDE Baissac, plasticien, s?affranchit des galeries. Il donne à voir ses dernières ?uvres à domicile, à partir de demain, et ce, durant tout le mois, de 18 à 20 heures, au n° 42, Capdal Village, Tamarin. Ses 42 ouvrages rassemblent des bois gravés, des acryliques, des pastels et des aquarelles sur papier.
L?on connaît de Jean-Claude Baissac ces épousailles d?une rare qualité de la plastique et de la poésie. De même, porte-t-on en mémoire, sans peine aucune, tant sont fortes et attrayantes ses ?uvres, ses prises de position quand l?humain est en jeu. Telle cette exposition lors de la première élection démocratique en
Afrique du Sud, alors son pays d?adoption, et qui vit en 1994 Nelson Mandela président de la République de cette terre surchauffée.
Ce plasticien joue pleinement son rôle social, dans ses propres mots, aussi imagés que son espace pictural : ?De temps en temps je dépose mes pinceaux, ma facture, quand il faut émettre une opinion sur un abus social. L?artiste doit avoir une opinion et doit pouvoir l?exprimer. Il doit pouvoir jalonner toutes ces choses.? Malgré
l?espèce de rigidité que l?on pourrait percevoir dans une exposition vouée à la dénonciation d?une injustice sociale. Mais, bien que cette expression se justifie au moment de l?événement social dont elle atteste, l?artiste doit se remettre, et se soumettre ?à la routine et à l?ouvrage de ses pinceaux et de son chevalet?, commente l?artiste, lucide.
L?Art, la poésie, la lutte sociale, ne l?aveuglent pas, pour autant, face à la vie très ordinaire qui se déroule autour de lui. ?C?est un regard que l?on doit toujours avoir, rappelle-t-il, tel un sage sans âge, c?est un miroir de la vie, pour notre enrichissement individuel.?
Venons-en à cette facture première, travaillée au long d?une vie, et qui paraphe l?Etre, quel que soit le style adopté. Où l?artiste conte ?une petite histoire?, gaie ou triste, aussi éloignée de l?anecdotique que de l?exotique. L?espace pictural baigne dans une poésie mobile. Hormis certains motifs de la mythologie kenyane, destinés à réafricaniser les symboles créoles, la cosmogonie de Jean-Claude Baissac assemble, dans une composition hors des chemins battus, des signes qui demeurent îliens : palmier, pirogue, yatch, oiseau. Ils sont les acteurs d?un symbolisme lyrique qui est quête. Le yatch se fait archétype du voyage, et l?oiseau, qu?il soit bleu ou jaune, chante l?appel à l?essentielle nécessité de liberté. Les ?uvres de ce volet, réalisées au pastel, ont un fini velouté qui ajoute à leur charme.
Affinités avec Chagall
Maintenant qu?il est de retour au pays depuis deux ans et demi, son nouvel environnement à Tamarin s?impose au contenu de l?espace pictural. N?ayant pas les pieds dans l?eau, l?univers liquide se fait plus rare. Par contre, l?on retrouve ses affinités avec Chagall, cette tendance à l?onirisme, au fantastique.
Mais la mythologie occupe aussi une large place. Mythologie des îles I, II et III fascinent la rétine. Un batelier qui fait avancer sa pirogue à la gaule, est à tête d?oiseau. Il voit, comme en rêve, un oiseau démultiplié. Le mysticisme est inversé. Ici, l?animal devient représentatif du mythe, sur fond d?île. Une peinture hautement onirique. Mythologie II est particulièrement réussie. Cette peinture figure les géants des montagnes aux prises avec la faune et la flore des îles. Elle s?élabore sur trois niveaux, celui du ciel et de la montagne, le niveau marin, et le niveau sous-marin. C?est du rêve incarné. Un personnage plonge dans l?espace sous-marin, pour une exploration du subconscient.
Un troisième volet de l?exposition fait voir une série des plus heureuses et inattendues. Si la première facture du plasticien faisait état d?une certaine déformation voulue des personnages et autres motifs de l?espace pictural, apportant une note singulière et majeure à l?expression, l?on est absolument subjugué par le semblant d?écriture enfantine à laquelle est parvenu Jean-Claude Baissac. La chèvre et le poisson assure la transition entre les deux factures.
Travaillé en technique mixte sur papier fait main, un triptyque figurant Les Trois Mamelles, offre un certain froissé textural qui ne gêne en rien la lecture. L??il plonge agréablement dans des jaunes translucides fort recherchés, se repose dans des blancs savamment travaillés, faisant respirer la peinture. Ces ?uvres sont réalisées à l?économie, sans être minimalistes. Rien que quelques taches et peu de lignes pour situer des maisonnettes accrochées à la montagne. Il y a ici comme une réminiscence de La Route Folle de Delaunay.
Le dernier volet d?acryliques présente une autre recherche. Quel travail abattu durant seulement une année ! L?artiste apprivoise le mouvement par rapport aux sujets immobiles : église, clocher, montagne?Il veut les faire vibrer. Ici, l?église est à peine esquissée. C?est l?atmosphère qui est recherchée. L??il du regardeur voyage selon l?effort mental qui lui est demandé. L?artiste réduit davantage son esquisse. Annihile le lieu. Pour, avec la seule couleur, créer une atmosphère. Si le pastel semble atténuer l?éclat des couleurs, l?acrylique ici le souligne.
Par ailleurs, Jean-Claude Baissac vient de terminer tout le travail d?Art du Vera Club, Le Grand Sable à Belle-Mare, comptant 17 pastels, 5 bois gravés, dont deux de 2m x 1m et une acrylique de 2m x 1m 50.
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