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?Je suis dans l?art pas dans le compromis?

18 septembre 2005, 20:00

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Vous êtes à l?affiche de ?Festival sur Courts? pour la troisième fois. Sur quelle autoroute nous emmène ?Highway? ?

C?est l?histoire de deux mecs paumés qui se travestissent en couple pour entrer en boîte. J?ai voulu en parler avec réalisme. Pour moi, la discothèque est un endroit glauque, un défouloir. J?ai fait un film pour dire mon dégoût de la discothèque, mais au final, c?est plein de lumières. Le décalage est surtout au niveau du langage. Je ne pouvais pas aller jusqu?au bout de la réalité, par exemple avec les jurons.

Les ségas jouent sur le double sens, alors pourquoi pas nous ? J?ai eu envie de susciter la réflexion par le débat, sauf qu?à Maurice, il n?y a pas de débat sans polémique. Pendant le tournage, un caméraman m?a dit que si je gardais certains dialogues, j?aurais des ennuis. Je pense que je suis dans l?art pas dans le compromis.

Qu?est-ce que cela veut dire ?

A aucun momentHighway ne montre que c?est dégradant pour un mec de s?habiller en robe. C?est juste une situation cocasse.

Après le festival de la Mauritius Fim Development Corporation, quel sort attend ces ?uvres ?

Je ne suis pas très ambitieux côté international. A 31 ans, j?en suis à mon troisième film. J?attends d?en avoir fait cinq-six pour voir venir. C?est une question de recul par rapport à son travail. Je suis conscient de mes faiblesses?

Lesquelles ?

Celle de ne pas pouvoir traduire en image ce qu?il y a d?écrit sur le papier. Dans la situation où je suis (employé chez Clap Production), c?est une boîte de production où nous travaillons surtout sur les films des autres. On n?a pas forcément le temps pour soi-même.

Le temps de faire un long métrage ?

(Ricanements) C?est déjà difficile de solliciter du parrainage pour des courts, c?est carrément utopique de penser à un long. Je préfère être devenu vieux et avoir fait dix bon court métrages avant de faire un long. Prenez Night Shyamalam (réalisateur de Sixième Sens), il a fait 52 court métrages avant de faire un film qui a très bien marché.

En attendant, vous mettez en boîte des concepts pour la télé ?

Zen (diffusé le samedi sur MBC2) c?est un truc pour gagner son pain. (Rires) C?est aussi un moyen pour Clap Production de passer à la télé. Je suis conscient qu?il faut laisser le temps au temps. C?est pour cela que je participe à des expériences de réalisation.

Un pied de chaque côté, position idéale pour jeter un regard critique sur la culture de la télé, voire la culture à la télé?

Chez Clap, nous avons une culture de la télé qui a été chamboulée par l?apparition de Canal +. Attention, ce n?est pas pour autant que nous reproduisons la télé française. Prenez l?exemple des petits carrés, si caractéristiques de l?habillage de la chaîne. C?est simple comme tout, mais très efficace. C?est dans cet esprit que nous travaillons.

Depuis deux mois que ?Zen? passe à la télé, quelles sont les réactions de spectateurs qui vous sont parvenues ?

Selon moi, les gens aiment. (Hésitations) Nous aurions préféré que l?émission soit diffusée sur la MBC3, qui est une chaîne à vocation culturelle, grand public. Je pense aussi que nous n?avons pas fait suffisamment de promotion autour de Zen. Ce qui me fait penser au cas de Jonathan Marie?

Justement, que pensez-vous de cette affaire où le dessin animé ?Gigli et Lili? de Jonathan Maurice a fini par être retiré de l?antenne, pour langage jugé inapproprié ?

Quand j?ai vu ce qui c?était passé, je me suis dit, heureusement que j?ai fait des ajustements pour Highway. Là, je parle comme quelqu?un qui a étudié la linguistique pendant trois ans à l?université de Maurice, c?est dommage que des personnes soient autant complexées par rapport à la langue qui est la notre.

En même temps, les gens sont d?accords avec ?Bate to mama?,? qui parle du lynchage d?une femme à mort dans un séga bien enrobé. Je ne dis pas que c?est la responsabilité de la MBC uniquement, mais de celle des Mauriciens qui considèrent le créole comme une langue vulgaire et inférieure, qui n?admettent pas sa spontanéité.

Prenez l?animateur Ben Javed. Dans son émission Xpression, il donne du ?mari serie? et du ?siloy,? à ses invités. Il parle comme Bruno Raya le fait déjà depuis des années, sachant que le chanteur d?Otentik Street Brothers représente la culture de la rue. Que fait Ben Javed, sinon parler comme dans Gigli et Lili ?

Pour en revenir à la culture à la télé, le Mauricien a tellement peu l?habitude de voir sa réalité que, quand elle passe à la télé, cela choque. Pour lui, il faut alors adopter un ton de circonstance. Le jour où on aura construit une véritable culture mauricienne, les gens seront moins réactionnaires.

?Le Mauricien a tellement peu l?habitude de voir sa réalité que, lorsqu?elle passe à la télé, cela choque.?

Et la place de la culture à la télé ?

Même si je suis abonné aux chaînes satellitaires, je me fais un devoir de regarder ce qui passe sur la MBC, parce que cela parle de la culture de mon pays. J?aimerai, par exemple, que les débats en hindi soient sous-titrés.

Je ne peux pas dire que la situation va de mal en pis, c?est l?emballage qui est rigide. La culture à la télévision reste dans son carcan élitiste, elle n?est pas viewer-friendly.

Les émissions culturelles attirent 75 000 personnes à tout casser. En général ? et là je parle aussi de la presse écrite ? je crois que les gens du secteur culturel font leur travail de façon mécanique.

Pour en revenir à la télé, pourquoi ne pas créer des couples télévisuels où on mettrait l?universitaire au ton sentencieux avec un petit jeune dynamique, par exemple. Au niveau de l?audiovisuel, on fait toujours avec des bouts de ficelle. Selon moi, la télé doit savoir séduire. Elle peut être un formidable outil de création de possibilités artistiques.

Propos recueillis par A.G.

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