Publicité
Jacques Chirac veut faire ?bouger les esprits? sur les banlieues
Par
Partager cet article
Jacques Chirac veut faire ?bouger les esprits? sur les banlieues
Convaincu que la crise des banlieues s?enracine dans ?le fléau des discriminations?, Jacques Chirac a appelé à une révolution des mentalités afin d?intégrer la ?diversité? française dans l?administration, les entreprises, l?audiovisuel, mais aussi le monde politique. ?C?est une mobilisation des coeurs et des esprits?, a dit le chef de l?Etat au terme d?une journée de consultations destinées à apporter des solutions à la crise des banlieues.
?La lutte contre les discriminations, c?est une nécessité nationale qui soit s?imposer à tous, et notamment à l?Etat, en particulier à la Fonction publique, aux hommes politiques, à l?occasion des élections législatives, municipales, régionales. Et là il y a encore un immense effort à faire?, a-t-il souligné. Jacques Chirac a reçu mardi durant deux heures et demie les partenaires sociaux sur le thème de ?la diversité et l?égalité des chances dans l?emploi?. Il a aussi rencontré pendant près de deux heures les responsables des chaînes de télévision publiques pour étudier avec eux comment mieux refléter la réalité sociologique française.
Le président a ainsi décidé une modification de la loi de 1986 sur l?audiovisuel afin ?d?inscrire la lutte contre les discriminations et pour la cohésion sociale? dans les objectifs et les missions du Conseil supérieur de l?audiovisuel (CSA). Un fonds de dix millions d?euros, rattaché au Centre national de la cinématographie (CNC), sera créé ?pour financer des oeuvres qui contribuent à la cohésion sociale?. La chaîne de télévision France O (Outremer) sera diffusée à l?avenir sur le réseau numérique terrestre (TNT) et l?Etat préemptera une fréquence à cet effet.
Pour le secteur de l?emploi, Jacques Chirac a tenu à ?peser de tout son poids? dans le lancement des négociations sur les discriminations à l?embauche. Elles devraient débuter ?avant Noël?, a précisé la présidente du Medef, Laurence Parisot. Ce processus est capital pour le chef de l?Etat, qui rejette toutefois l?idée de quotas prônée par Nicolas Sarkozy au nom de la ?discrimination positive?.
<B>?Ne pas oublier ce qui s?est passé?
?Le quota est un système qui a pour résultat de montrer du doigt celui qui en bénéficie et d?être difficilement explicable à celui qui en est exclu?, a estimé le chef de l?Etat. ?A ce titre, c?est un système qui n?est pas du tout conforme aux principes républicains?, a-t-il jugé. ?Des quotas, un recensement ethnique, c?est très lourd de sens dans la logique républicaine française qui ne reconnaît pas de catégories de personnes. Et puis cela nous renvoie à des heures sombres de notre Histoire?, explique-t-on dans l?entourage de Jacques Chirac.
?On peut très bien apporter des réponses sans en arriver à classer les gens, à instituer des dispositifs automatiques ou à bousculer des principes?, assure-t-on. Le président de la République a souhaité que l?Etat montre l?exemple en s?ouvrant aux jeunes sans qualification. Il a confirmé que ?20 à 25 000 jeunes? intégreraient en 2006 la fonction publique par le biais du ?Pacte?. Ce ?Parcours d?accès aux carrières de la fonction publique territoriale?, lancé en juillet s?adresse à des jeunes de 16 à 25 ans sans diplôme.
Jacques Chirac a demandé que soit réexaminé le contenu des programmes et concours administratifs de façon ?à tenir compte de ceux qui n?ont pas des parcours strictement académiques?. Critiqué pour son silence et son attentisme au plus fort de la crise des banlieues, le chef de l?Etat affiche depuis lundi sa volonté de passer à l?action. Il devrait rencontrer prochainement des responsables familiaux et éducatifs pour tenter de cerner tous les aspects du problème.
?On ne peut pas dire que personne n?a vu venir le problème. Si des politiques ont été lancées depuis vingt ans, c?est qu?il y avait une conscience aiguë des difficultés. Ce n?est peut-être pas suffisamment en place, suffisamment fort?, tente un proche du président. ?Ce ne sont pas les instruments qui manquent, c?est la mobilisation. C?est dans les esprits qu?il faut changer, accélérer les choses?, plaide-t-on à l?Elysée. ?Ce qui est essentiel maintenant, c?est de ne pas oublier ce qui s?est passé dans les banlieues et de considérer qu?il faut continuer à agir?, affirme-t-on.
<B>Sophie LOUET</B>
Publicité
Publicité
Les plus récents