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Jackie Chan maître du Kung fou

20 novembre 2004, 00:00

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A 50 ans, l?étoile de Hongkong jouit d?une popularité planétaire, qui embrasse continents et générations. Tout le monde l?a vu cabrioler au sommet de gratte-ciel, courir sur des camions lancés à pleine vitesse, défaire des hordes de tueurs jetés à ses trousses dans l?une des productions hollywoodiennes qui ont assis sa renommée mondiale depuis maintenant sept ans.

Dans Le Tour du monde en 80 jours, Jackie Chan s?est approprié le rôle de Passe-Partout. L?acteur avait vu ce premier film alors qu?il était enfant, élève à la China Drama Academy, où il apprenait le chant, l?acrobatie, la danse et les arts martiaux.

Né dans une famille si pauvre que ses parents avaient songé à le faire adopter, il a passé toute son enfance dans cet établissement, pendant que sa famille s?établissait en Australie, où son père est cuisinier. Aujourd?hui, Jackie Chan ne jure plus que par le divertissement familial : ?Je voulais faire un film pour les familles du monde entier, pas seulement pour les Britanniques ou les Américains, pour tout le monde. Il ne faut pas avoir peur de voyager, il faut montrer le monde aux enfants.?

Certes, le monde tel qu?on le voit dans ce Tour en 80 jours est un peu approximatif. Berlin y tient le rôle de Paris, mais lorsqu?on voit la campagne chinoise, elle est authentique : ?Je serai toujours chinois?, dit-il avec un accent qu?on peut toujours couper au sabre. ?Les réalisateurs savent bien qu?ils ne peuvent pas me faire jouer un ABC -American born Chinese, un Chinois né en Amérique-, il fallait que je tourne en Chine.? D?où la présence, au milieu de cette adaptation très libre du roman de Jules Verne, d?un petit film d?arts martiaux, tourné en partie en Chine continentale et en partie à Phuket, en Thaïlande.

Comme il aime à le faire depuis qu?il s?est intégré pour de bon à Hollywood, Jackie Chan a pris en main cet épisode : ?J?ai choisi le village, les acteurs, les figurants, et j?ai réglé les combats.? Et les producteurs du film n?ont pu qu?acquiescer.

C?est que Jackie Chan est devenu un homme puissant à Hollywood. Il lui a fallu s?y prendre à deux fois pour y parvenir. Il était déjà une immense star en Asie lors de la première tentative, dans les années 1980 : ?Ça n?a pas marché, parce que les vieux réalisateurs ne vous écoutaient pas. Aujourd?hui, tout le monde a appris du style de Hongkong.?

<B>UN CASCADEUR NATUREL</B>

Et il est vrai que l?expérience accumulée par Jackie Chan en un demi-siècle pourrait remplir quelques volumes. Sa formation théâtrale l?a directement mené aux studios de Hongkong, qui vivaient alors leur âge d?or. Ses extraordinaires capacités physiques en font naturellement un cascadeur. Il apparaît dans deux films de Bruce Lee, La Fureur de vaincre et Opération Dragon. ?J?étais un pauvre cascadeur, je gagnais moins de 10 dollars par jour. Quand j?ai vu Bruce Lee, je me suis dit que peut-être un jour je serais Bruce Lee.?

A la mort du ?petit dragon?, la même idée traverse la tête de Wei Lo, le réalisateur d?élection de Lee, qui tente d?imposer Jackie Chan comme la réincarnation du défunt. L?opération se solde par une relative réussite commerciale, mais un total échec artistique. Il faut attendre 1978 et Drunken Master, de Woo Ping-Yuen (qui vient de régler les combats de Kill Bill), pour imposer la personnalité de Jackie Chan à l?écran, mélange de burlesque et de violence, de grâce et de ridicule. Tout de suite, on le compare aux grands comiques cascadeurs du cinéma muet, Harold Lloyd ou Buster Keaton, qu?il confesse n?avoir découvert qu?après qu?on a associé leurs noms au sien. Il est vrai que, dans la plupart de ses films, c?est un vrai corps que l?on voit propulsé dans l?espace. ?J?utilise le moins possible de câbles?, dit-il, et ce pour se démarquer des nouvelles techniques du film d?arts martiaux. Il s?est cassé la plupart des os et s?est à peine assagi : ?A Hollywood, il faut de la sécurité, mais au bout de tant d?années les assurances me font confiance, ils savent que je suis fou mais pas stupide.? Aux fractures s?ajoutent maintenant les années : ?C?est moi qui chorégraphie mes combats, je sais à quelle hauteur je peux sauter, je sais que je ne peux plus donner des coups de pied en l?air comme il y a vingt ans. Alors, quand il y a une table entre mon adversaire et moi, au lieu de sauter par-dessus, je marque un temps et je pousse la table. Mais je suis encore plutôt rapide.?

Assez rapide aussi en affaires. Il a lancé deux lignes de vêtements et monté une société de production de films, Jackie Chan Empire. Reprenant un de ses plus grands succès, il vient de tourner New Police Story et a produit une comédie à Singapour. Et il voudrait changer d?emploi. ?J?ai parlé avec Ang Lee, je lui ai dit que je voudrais jouer un rôle dramatique, mais à ce moment il préparait Tigre et Dragon.?

<B> Le Monde 2004

distribué par The N. Y. Times Syndicate</B>

<B>Le Tour du monde en 80 jours</B>

Jules Verne peut se retourner dans sa tombe. La nouvelle adaptation de son célèbre roman Le Tour du Monde en 80 Jours ne ressemble à rien. Avec Jackie Chan à la production, on ne pouvait pas, évidemment, s?attendre à un chef d??uvre. Encore que l?on pouvait espérer passer un bon moment. Le Tour du monde version kung-fu est amusant sans plus et plaira sûrement aux enfants à qui le film est essentiellement destiné.

Bien sûr, on rit des pitreries de Chan, on trouve les effets spéciaux très réussis et certains pourront aussi admirer les costumes et décors pastels, réalisés par un graphiste qui aurait abusé de la barbe à papa.

On notera aussi la présence de Governator, Arnold Schwarznegger, très amusant en seigneur turc auto satisfait ; Luke et Owen Wilson dans le rôle des frères Wright, et l?apparition flash de Richard Branson, rappelant à Philéas Fogg s?envolant, que le tour du monde en mongolfière est impossible.

Mais au fait, il n?est jamais fait mention de mongolfière dans l??uvre de Jules Verne, ni de machines volantes, ni d?un héros savant fou excentrique et peureux (qui louche par dessus le marché), ni d?un acrobate chinois poursuivi par une armée de ninjas fous, ni d?une jeune peintre française déjantée qui squatte l?aventure.

L?idée de Chan en Passe-partout pouvait sembler excellente et l?on a beau aimer Jackie Chan, là, le bouchon est poussé trop loin. Et l??uvre géniale de Verne se retrouve détournée pour ne mettre en avant que les acrobaties et grimaces de la star hong-kongaise. A de nombreux moment, l?humour coups de pieds, « malgré tout fantasque et amusant», fait complètement oublier l?idée de course contre le temps.

Hormis les noms des personnages et l?idée de tour du monde, le film n?a strictement rien à voir avec le livre. Cela aurait pu donner un bon film, autrement différent du livre mais gardant, en sus de l?humour, un semblant de sérieux et d?âme. Mais ici, l?âme du roman est jetée aux oubliettes, au profit des profits.

Vu les moyens mis en ?uvres, le film est obligé de séduire son public, les enfants. Ils se bidonneront sûrement de la scène où Jackie Chan se retrouve errant dans le désert d?Arizona, le crâne de bison sur la tête, rigolant tout seul. Voilà, c?est rigolo.

Pour les autres, le film n?ira guère plus loin. Mieux vaut relire le bouquin.

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