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Ismaël Adam ou un savoureux mélange nommé « alouda »

28 janvier 2007, 00:00

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«Boire frais ! Boire frais ! », entonne à tue-tête Ismael Adam. Comment ne pas se laisser tenter par Boire Frais où nous attend un délicieux verre d?alouda glacé de couleur blanche et marbrée de rose ? Les clients ne se font pas prier et se suivent les uns après les autres devant le petit emplacement que loue Ismaël Adam depuis maintenant 20 ans au c?ur d?Arab Town, à Rose-Hill.

L?alouda, cette boisson typiquement mauricienne et surtout rafraîchissante, est vraiment irrésistible par ces mois d?été insoutenables. Au milieu des étals regorgeant de vêtements, de fruits, de pains fourrés, de dholl pourris, d?ustensiles de cuisine, l?alouda d?Ismael vient s?ajouter à cet ensemble d?objets hétéroclites faisant le bonheur des touristes, des ménagères à la recherche de bonnes affaires ou des employés qui font quelques courses à l?heure du déjeuner.

« Je travaille ici depuis vingt ans et j?ai beaucoup d?habitués », confie Ismaël, alors qu?il s?active frénétiquement à la préparation de son fameux alouda.

Sans balance, ni de bol doseur, Ismaël mélange lait, sucre, touk maria, eau, essence de vanille et mousse avec précision. Sans hésiter, Ismaël connaît au gramme près les ingrédients pour donner à son alouda ce goût si apprécié. Et pour plus d?onctuosité, il agrémente son verre de lait d?un peu de glace ; une irrésistible gourmandise mauricienne qui a fait de nombreux adeptes. « Il y a même des touristes qui viennent ici pour boire mon alouda », avoue-t-il, les yeux pétillants de fierté.

Et Ismael a vraiment de quoi être fier. Il est l?exemple même du petit entrepreneur qui a réussi à force de persévérance. Aujourd?hui propriétaire de plusieurs arpents de terre et d?une maison, il a également financé la construction de la maison de deux de ses trois fils et l?achat du terrain de sa fille.

Fervent croyant, il remercie Dieu pour sa réussite et a entrepris le voyage à La Mecque en compagnie de son épouse, Nazma, en 2004, en signe de remerciement. « Pour moi, c?est grâce à Dieu que j?ai réussi. Je ne pourrai jamais suffisamment le remercier. Je compte repartir à La Mecque dans quelques années. »

Sa bouée de sauvetage

Avant de se mettre à son propre compte, Ismaël Adam a surtout connu la misère. Après sa première année de collège, il se voit contraint de quitter l?école pour prendre de l?emploi en tant que commis dans une petite boutique. Un emploi qu?il conservera jusqu?en 1974, l?année de son mariage. Il travaille par la suite à l?usine Esso et déménage de Port-Louis, sa ville natale, pour habiter à Rose-Hill. La vie n?est pas pour autant plus rose. « La misère n?a pas cessé. La paie était insuffisante et il y avait le chômage. »

Ismaël décide alors de se rendre en Arabie Saoudite, en 1984, pour travailler sur un site de construction dans la ville de Jeddah. « Tout le monde était logé dans un dortoir. C?était difficile, mais cela reste quand même une belle expérience. Le plus dur c?était la chaleur dans le désert », raconte-t-il. Mais après une année à l?étranger, l?absence de la famille se fait sentir. Il est alors déjà père de deux enfants et préfère retourner au pays pour être à leurs côtés.

Mais le retour ne se fait pas sans difficultés. C?est à ce moment que l?époque où, adolescent, il vendait de l?alouda avec son oncle au Champ-de-Mars, lui revient en tête. Ismaël décide alors d?en vendre et se dit que cela pourrait bien être sa bouée de sauvetage. La recette de famille est encore bien ancrée en lui et il ne lui suffit plus que de trouver l?endroit idéal pour vendre sa boisson à base de lait. « J?ai commencé à en vendre devant le marché de Rose-Hill, mais je voulais avoir un meilleur emplacement. Des personnes m?ont dit qu?il y avait une place de libre à Arab Town », raconte-t-il.

Sans tarder, il envoie une lettre au maire de Beau-Bassin-Rose-Hill. Et Ismaël réussit à obtenir l?emplacement. En décembre 1986, il s?y installe et depuis, il n?en a pas bougé.

Un véritable business familial

Aujourd?hui, c?est avec l?aide de son fils aîné, Reaz, qu?il continue le travail. Mais cela demeure un véritable business familial. Tout le monde met la main à la pâte. Après les heures d?école et pendant les vacances scolaires, son fils Bilal se rend à Arab Town, alors que Nazma, son épouse, prépare la mousse chez eux.

Et tout cela lui laisse le temps de s?adonner à son rôle de président de la mosquée de Plaisance où il se rend tous les matins et tous les après-midis. Après toutes ces années, Boire Frais n?est pas prêt de mettre la clé sous le paillasson. L?un des fils d?Ismaël reprendra sans aucun doute l?affaire pour perpétuer la tradition familiale et surtout, cette tradition bien mauricienne.

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