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Irresponsabilité des autorités
Entre janvier et octobre 2006, 3 342 plaintes d?enfants victimes de violence ont été relevées par la Child Development Unit. En réponse à une question de notre journaliste Marie-Annick Savripène, dans notre édition d?hier, la ministre de la Femme, Indira Seebun, estime qu?il n?y a pas lieu d?un plan structuré pour traiter ce problème. Elle privilégie une gestion au cas par cas. ?La violence explose partout dans le monde. Maurice n?y fait pas exception. Il s?agit d?un manque de responsabilité parentale, d?égoïsme forcené des adultes et de querelles familiales.? Sans risque de se tromper, on peut affirmer que Mme Seebun va vite en besogne.
S?il faut concéder que ce n?est pas à l?Etat de remplir les responsabilités des parents, il importe également de rappeler que c?est lui qui crée le cadre dans lequel évoluent les familles ou du moins met en place les structures d?encadrement et d?accompagnement. Le dysfonctionnement, à cet effet, est sociétal avant d?être parental. Les familles vivent isolées après avoir subi de plein fouet le phénomène de l?éclatement.
La maltraitance des enfants est, en ce sens, un problème bien réel. Cela se vérifie d?autant plus que la société mauricienne confond toujours discipline et autorité. Les libertés octroyées aux enfants par la société moderne sont vécues par de nombreux parents comme une renonciation aux valeurs qui ont permis à nos aînés de responsabiliser les enfants d?hier. Une telle lecture comporte certaines vérités. Il est un fait que la sacralisation de l?enfance a dés?uvré dans une grande mesure les parents. Que ces enfants du désir ont fini par faire valoir leur seule volonté.
A Maurice, la question se pose sous différents angles. L?un des plus importants consiste à mesurer la pertinence de notre politique familiale. Quand on connaît le nombre de tabous qui surplombent cette politique, on ne peut douter de l?inefficacité de cette politique. Les mécanismes de soutien aux familles ont davantage fait fonction d?instances moralisatrices que de relais permettant à des partenaires de s?engager à nouveau dans une communicabilité familiale.
Il s?agit désormais de développer des réseaux scientifiques de suivi. Pour cela, disposons-nous d?un nombre suffisant de professionnels ? Avons-nous les ressources nécessaires pour identifier les raisons qui expliquent les difficultés d?attachement entre parents et enfants ? Nos professionnels de la santé sont-ils équipés pour détecter dès les premiers rapports de santé qu?un enfant a subi des sévices ?
Face à ces questions, nous nous obstinons dans une perception idéalisée entre l?enfant pur et la mère. Or, nous vivons dans une ère complexe où les repères et les représentations traditionnelles s?annulent. Il faut pouvoir anticiper pour faire face aux nouveaux problèmes. Cela consiste à mettre en place des structures d?encadrement destinées aux femmes avant et après l?accouchement. Des cellules aussi pour intervenir là où existent des difficultés de communication au sein de la famille. Les médecins, les autorités policières et les instituteurs doivent être pleinement mis à contribution dans cet effort de protection de l?enfance.
Entre l?enfant-roi et l?enfant-battu, il existe un fossé qu?il nous revient de combler. Ici, nous avons pris l?habitude d?enfermer les affaires privées de la famille entre les quatre murs d?une maison. Tant nous sommes hantés par la perspective du scandale. Instituteurs, enseignants, médecins, policiers, voisins? ils sont nombreux à tenter d?éviter d?être mêlés aux affaires de violence, sous toutes ses formes, au sein de la famille.
Le signalement des situations à risque est ainsi demeuré notre principale difficulté. Il s?agit d?intervenir avant qu?il ne soit trop tard. Et cela, c?est la responsabilité des autorités et de tous les citoyens.
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