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Internet :pourquoi les tarifs ne baissent pas

13 août 2006, 00:00

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Annoncée dans le programme gouvernemental l?année dernière, une baisse significative des tarifs Internet se fait toujours attendre à ce jour. Cela, malgré les baisses successives de 20 % et de 25 % sur le câble South Africa Far East (Safe). Alors que de nombreux internautes mauriciens attendent toujours une réduction significative des tarifs proposés actuellement, les parties concernées se renvoient la balle.

L?argument avancé pour expliquer des tarifs jugés exorbitants par les internautes était les frais de la connexion des Fournisseurs d?accès à Internet (FAI) au câble Safe, soit sur l?International Private Lease Circuit (IPLC). Le programme électoral de l?Alliance sociale préconisait « l?introduction d?un nouveau modèle de facturation, en vue de réduire les prix des services de télécommunications au profit du consommateur » et le ministre des Télécommunications, Étienne Sinatambou, devait vite réagir en annonçant une baisse d?environ 20 % sur ces frais en début d?année.

Toutefois, cette réduction était avant tout dirigée vers les FAI, avec l?espoir que ces derniers reconsidèrent leurs prix. Les internautes n?ont rien vu arriver dans ce sens depuis, même après le dernier exercice budgétaire, lors duquel le ministre des Finances, Rama Sithanen, avait annoncé une baisse supplémentaire de 25 % sur le coût de la connexion au câble Safe. Une fois de plus, ce rabais se voulait être le signal encourageant qui verrait des forfaits plus abordables des FAI.

Plus de deux mois après, la situation reste inchangée. À titre d?exemple, Telecom Plus propose aujourd?hui l?Internet à haut débit de 128 kbps à Rs 950 sans la TVA, et le forfait 512 kbps à Rs 1 540 sans la TVA. Ajoutez à cela, il faut souligner la présence d?un « line conversion fee » de Rs 1 000 et des frais optionnels d?installation de Rs 1 000. Ces tarifs demeurent aujourd?hui hors de la bourse de nombreux Mauriciens désirant s?abonner au service des FAI, prolongeant le « digital divide » de la cyber île.

<B>Immobilisme des FAI</B>

Du côté des FAI, les justificatifs sont prompts. Le directeur d?une compagnie, qui désire rester sous le couvert de l?anonymat et dont les services s?appuient sur le réseau de Mauritius Telecom (MT) explique : « Pourquoi devrions-nous baisser les prix ? Les baisses annoncées concernent les tarifs de la bande passante au Safe, l?IPLC, et non l?Internet. Les réductions de 20 % et 25 % annoncées ne concernent qu?une partie de nos frais. L?ancien régime avait demandé à tous les FAI de revoir leurs offres à la baisse. Nous opérons à perte depuis. Pourquoi devrions-nous baisser nos prix alors que nous ne faisons que réduire nos pertes aujourd?hui ? »

Poursuivant son explication sur l?immobilisme des FAI, il cible directement les frais d?interconnexion comme la raison principale qui nuit aux FAI dits privés. Ces frais d?interconnexion sont versés à MT en échange de l?exploitation de leur réseau de télécommunication pour distribuer les services Internet ou autres. « Vous savez à combien coûte l?interconnexion aujourd?hui ? Sur les Rs 900 environ que coûte une connexion 128 kbps, MT nous demande Rs 780. Il nous reste alors environ Rs 120 pour notre marge de profit et les frais de nos installations. C?est là que se trouve le problème et pas dans les baisses du câble Safe. »

Du côté de Telecom Plus, on justifie l?absence de baisse significative de la même manière. Un préposé de la filiale de Mauritius Telecom déclare que « les baisses des 20 % et de 25 % respectives n?ont un impact que sur environ 30 % des coûts. Cela ne représente que 8 % environ sur les prix proposés. » Il poursuit en disant qu?après le discours du budget, Mauritius Telecom avait soumis une demande de révision des tarifs d?Internet auprès de l?Information and Communication Technology Authority (Icta), mais cette demande avait été refusée pour ne pas tuer la concurrence.

Concernant les frais d?interconnexion, le préposé de MT déclare simplement que « l?Icta prend en compte des chiffres extrêmement sensibles. C?est un organisme qui prend toutes les données en compte et tous nos tarifs pratiqués sont avalisés par le régulateur. »

<B> « Le risque du business » </B>

Du côté de l?organisme régulateur, même son de cloche. « Plusieurs éléments entrent en jeu lorsqu?on analyse la demande d?un opérateur », déclare un proche de la direction. « Les 19 % et 20 % ne concernent que la bande passante. C?est comme pour le pain, où la farine, l?électricité et le gaz entrent en jeu. S?il y a un changement dans le coût d?un de ces facteurs, cela ne causera pas pour autant un changement significatif sur le prix du pain en général. »

Il poursuit en concédant que cela dépend des opérateurs, mais que dans certains cas la baisse peut avoisiner les 20 % du tarif global. Répondant à la question portant sur des demandes éventuelles de révision des prix pratiqués, le représentant de l?Icta répond qu?aucun dossier n?est étudié en ce moment.

Toutefois, les explications sur les frais d?interconnexion se montrent moins pertinentes. « Nous concédons que le concept de l?interconnexion doit être revu. Les tarifs se justifient ainsi : au-delà des coûts réels, les frais d?interconnexion sont calculés pour subventionner d?autres services dont bénéficient les utilisateurs », explique le représentant de l?Icta. Il avoue ainsi que tout en voulant réduire les coûts pour offrir un service abordable, il faut aussi prendre en compte le financement d?autres services.

« Il est vrai que les frais d?interconnexion ne reflètent pas vraiment le coût réel, mais c?est un trade-off. De toute façon, c?est la loi de la libéralisation et du marché libre : on est libre d?y entrer tout comme on est libre d?en sortir. C?est le risque du business », continue ce dernier.

Face à cette réponse douteuse de l?Icta, le directeur de l?opérateur privé s?insurge : « Cette explication n?a aucun sens ! Ils nous feraient donc payer pour une licence et après nous forceraient à fermer nos entreprises ? ! »

Quoi qu?on en dise, si la présente situation perdure, les consommateurs mauriciens devront attendre encore longtemps avant une réelle baisse des tarifs Internet. Et le programme gouvernemental risque de s?étendre sur une période plus longue que les internautes avaient cru comprendre.

ÉTIENNE SINATAMBOU :

<B> « L?État interviendra en cas d?abus » </B>

Face aux propos des différentes parties par rapport aux baisses des tarifs Internet qui n?arrivent toujours pas, le ministre des Télécommunications, Étienne Sinatambou, pense « qu?il y a un travail de désinformation. » Il explique que dans le circuit tarifaire, tous les prix ont connu une baisse. Le ministre insiste sur le fait que depuis l?avènement du gouvernement actuel, la téléphonie locale a baissé de 27 %, la téléphonie internationale de 19,8 % et le prix de la bande-passante de 22 % et 25 % successivement. « Ce n?est pas normal que je doive toujours en parler, alors que la tendance est à la hausse partout. La suite est claire : le prix de la bande passante est passé de 11 600 dollars à 10 500 dollars, pour finalement arriver à 7 900 dollars. C?est une baisse significative. Je suis étonné que les opérateurs disent qu?ils travaillent à perte. Comment font-ils alors pour être encore en activité ? », se demande-t-il.

Il indique aussi que, normalement, l?Etat laisse le marché s?autoréguler et rappelle que le gouvernement a énoncé une politique vers la baisse.

« Le régulateur est là en cas d?abus et nous nous réservons aussi le droit d?intervenir. Les baisses sur le Safe ne sont pas insignifiantes et les répercussions sur les forfaits offerts surviendront tôt ou tard », assure Étienne Sinatambou.

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