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Infanticide :Quand la folie étouffe l?instinct maternel
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Infanticide :Quand la folie étouffe l?instinct maternel
Un infanticide met toujours la population en émoi. À Mahé-bourg, les habitants sont horrifiés par l?image de cette mère frappant son bébé, le laissant sur le bord de la route le visage tuméfié, le cou disloqué. Pour tous, c?est insupportable. « Nous pas compran ki finn pass dan so latet. Couma enne mama capav ena sa sentiman la. Li pena leker. » Et pourtant, Pratima, une jeune femme de 28 ans, a bien commis cet acte de barbarie. Mais dans quel état d?hystérie faut-il être ?
Certains pensent qu?elle était saoule ou droguée. Quelques badauds passant là par hasard sont éc?urés en apprenant que la pelletée de sable jetée sur le bitume dissimule le sang d?un nourrisson. D?autres ne peuvent regarder, bien qu?attirés par une curiosité malsaine, les traces du pire des malheurs : la mort d?un enfant. Et pourtant, cet infanticide n?est pas isolé. Des actes de désespoir, des crimes odieux que l?on ne peut pas comprendre, confortablement assis devant la télé, la rue nous en livre son lot. En septembre dernier, n?avait-on pas retrouvé un nouveau-né jeté dans les latrines quelques secondes après l?accouchement ? En juillet,
Un autre bébé n?était-il pas repêché dans un puits ?
La police traite un cas d?infanticide par an en moyenne. Présente sur le terrain, elle ne tente pas toujours de donner une explication à ces crimes où la folie meurtrière se substitue à l?instinct maternel. C?est plutôt le travail des psychiatres et des psychologues de dresser un profil type s?il en est. « Il existe plusieurs raisons à ce geste meurtrier. L?infanticide se situe à un stade de développement avancé de l?enfant. La mère semble a priori consciente qu?un enfant prend forme dans son ventre et accepte cette grossesse de neuf mois. C?est après la naissance, dès les premiers jours, voire les premiers mois, qu?un processus psychopathologique se met en place chez elle. Elle a du mal à assumer psychiquement et émotionnellement son rôle primordial de mère nourricière, ce qui la pousse vers un comportement dit psychotique. C?est dans cet accès de violence que se produit le passage à l?acte irréversible », explique Caroline Leung, psychologue-clinicienne. Il s?agit, ajoute cette spécialiste, d?un moment de délire pendant lequel la mère ne peut maîtriser sa pulsion destructrice.
Le psychologue Sadasiven Coopoo-samy met aussi en avant des facteurs biologiques, sociaux ou psychiatriques. La violence physique envers son enfant peut être le résultat d?une atteinte psychologique : « L?agresseur a pu apprendre par ses parents qu?il était un enfant non désiré dont on voulait se débarrasser. Cette violence psychologique peut influencer sa personnalité et même altérer son propre instinct maternel. Dans un tel cas, la chaleur humaine, l?affection mutuelle et le climat émotionnel de la maison sont plutôt dominés par la violence sous différentes formes. En grandissant, la vie de l?enfant bascule. Il se hait, a une piètre opinion de sa personne, se replie sur lui-même et devient plus agressif. Graduellement, il peut perdre son équilibre mental. Ayant tant souffert, il se peut que l?agresseur refuse que son enfant subisse le même sort et le tue. Cet acte impardonnable peut aussi être une façon de crier à l?injustice. » Parfois, celui qui tue son enfant est un malade mental en proie à des hallucinations et qui rend autrui responsable de tous ses malheurs.
Un acte meurtrier dénué du sentiment de culpabilité
Dans la majorité des cas, l?infanticide est le fait de la mère. On ne peut s?empêcher d?évoquer, sans comparer, le fameux baby blues dont souffrent de nombreuses mères à la naissance de leur bébé et qui est une manifestation non psychotique, cette fois, d?une souffrance spécifique. Les psychologues notent que les causes de l?infanticide sont différentes lorsqu?il s?agit du père. « Si l?enfant a été conçu hors mariage, il arrive que le père doute de sa paternité, ce qui donne lieu à une atmosphère de méfiance. Lorsque la tension monte, l?enfant devient la cible de ses parents », explique Sadasiven Coopoosamy. Le père ou la mère, dit Caroline Leung, peut aussi être sujet à une fragilité émotionnelle exacerbée lors de la naissance de l?enfant. « Parfois, la jeune mère idéalisait complètement son enfant avant la naissance. Cependant, l?enfant réel vient détruire cette image qui existait dans le désir des parents et peut alors provoquer une réaction violente avec passage à l?acte. La mère devient fragilisée par la grossesse et le père est rendu vulnérable par ses doutes d?être un bon père. »
Chercher à comprendre n?est pas excuser, même s?il est difficile d?évaluer le niveau de conscience du bourreau pendant son acte. « En général, le geste meurtrier est dénué de connotation affective, sans sentiment de culpabilité à ce moment précis. L?acte se place dans un accès de folie meurtrière ou de délire. Le sentiment de culpabilité fera place ultérieurement », souligne Caroline Leung. L?agresseur réalise après coup les conséquences de son acte, lorsque le drame s?abat sur la famille et surtout sur la fratrie. « L?enfant de l?agresseur peut devenir antisocial car il grandit dans un environnement immoral. Mais s?il parvient à intégrer un autre milieu, cela peut changer », confie le psychologue.
Une fois que le mal est fait, il reste à savoir si le meurtrier doit être traité de la même façon qu?un vulgaire assassin ou s?il doit être considéré comme un malade. Un accompagnement psychologique et médical (psychiatrique) est souvent nécessaire pour les infanticides, de même qu?un examen biologique et social. La psychothérapie peut aussi s?avérer utile, notamment pour les proches de la victime qui ont besoin de trouver un sens à cet acte pour surmonter l?épreuve.
Les sanctions
En vertu de l?article 220 du code pénal, une personne ayant l?intention de causer la mort d?un nouveau-né, et qui finit par provoquer son décès, répond d?une accusation de meurtre avec préméditation. Si elle est reconnue coupable, elle sera condamnée à 45 ans de prison maximum, selon l?article 222 de cette loi.
La pénalité est la même pour les tentatives de meurtre d?un nouveau-né. Au cas où l?accusé(e) ne s?est pas complètement remise de l?accouchement ou n?est pas en pleine possession de ses moyens au moment des faits, la charge d?accusation est l?infanticide. La peine est alors de 15 ans maximum.
Témoignage
Madeleine, la grand-mère d?Emilie : « Si tous mamas ti fer crime coum ça, tous banne zenfant ti pou mort »
Lundi dernier, Émilie aurait eu sept mois. À la pensée de cette adorable frimousse, de ses gazouillements, le c?ur de Madeleine s?empare d?une soudaine amertume. D?une douleur sourde qui la frappe. La rue Colony à Mahébourg porte encore les séquelles de cet infanticide. «Couma ène mama capav fer ça so zenfant. Émilie ti ène ti bout baba, ène ti innocent ki ti dans la main so mama et après li pé dire li pas conné ki fine arrivé. Mo senti moi révoltée », confie Madeleine, la grand-mère d?Emilie. Ne pouvant contenir sa colère, elle explique que huit jours avant le drame, Pratima, la concubine de son fils, Joël, avait disparue. À son retour, les choses empirent. Dans ses aveux à la police, la jeune mère de 28 ans révèle que son concubin ne voulait pas reconnaître l?enfant et qu?elle avait été chassée de leur maison. Folle de rage, elle aurait alors fait quelques pas à proximité de la maison familiale, jeté le bébé au milieu de la rue avant de le piétiner. « Li déclare li pas conné ki fine passé mé après 2 ou 3 minutes, li ti pé assize en bas cotte colonne, li baisse so la tête. Mo conné ki ène zour la vérité pou triomphé. Si tous mamas ti fer crime coum ça, tous banne zenfant ti pou mort », ajoute notre interlocutrice. Quelques jours après le drame, Pratima a été appréhendée par la police à Rose-Belle. Interrogée, elle est passée aux aveux et est détenue sous une charge d?assassinat.
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