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Incursion dans la cellule de com
Y a-t-il une stratégie de communication à l?hôtel du gouvernement ? « La cellule de communication fait le même travail que n?importe quelle autre cellule de communication d?un Premier ministre au monde. Ni plus ni moins. Je n?ai rien d?autre à vous dire à ce sujet ! »
Propos qui se veulent être cassants de Dan Callikan, responsable de la cellule de communication du bureau du Premier ministre.
Ce même jour, à peine une heure après, Callikan nous rappelle. Cette fois-ci, le ton est très courtois, voire enjoué : « Je vous appelle dans le cadre de mon rôle de communicant. » Et patiemment, il se met à décrire le programme de la visite du président malgache. Ayant terminé, Dan Callikan prend congé amicalement et raccroche.
Ceux qui ont l?habitude de travailler avec les communicants du Prime Minister?s Office (PMO) savent qu?il y a de plus en plus de couacs au sein de la cellule de communication. Une cellule qui veut tout savoir sur la presse et les journalistes, mais inversement tente de verrouiller toute information sur elle, son fonctionnement et les actualités qu?elle provoque : manque de cohésion entre Dan Callikan et Bettina Cadinouche (autre responsable de la cellule qui a vu son influence se réduire comme une peau de chagrin depuis plusieurs mois déjà) et le limogeage de François Ecroignard, l?attaché de presse de Rama Valayden, pour ne citer que deux récents cas.
Si la stratégie de communication a été rondement menée dans le cadre de l?entrée au pouvoir du gouvernement et de ses cent premiers jours, elle a commencé à battre de l?aile depuis la présentation du dernier budget. Plus d?un observateur estime que le manque de cohésion dans le marketing de l?action gouvernementale est lié « à la place grandissante qu?occupe
Dan Callikan dans les coulisses du pouvoir ». Analyse confirmée par un ministre à qui Callikan téléphone pour lui demander de participer ou pas à des émissions radiophoniques.
Un des épisodes illustrant le mieux cette atmosphère de « méfiance et de coup bas » au PMO a été la récente conférence de presse commune de Navin Ramgoolam et Rama Sithanen, au Treasury Building. Alors que toute la presse parlée et écrite avait été mobilisée en ce vendredi matin, prévenue par un membre obscur du PMO, voilà que se présente Bettina Cadinouche à 10 h 40, étonnée que la presse était déjà rassemblée, sans qu?on l?ait prévenue.
Son étonnement passé, elle présente des excuses et annonce que le point de presse ? terme qu?utilise le PMO pour prévenir qu?aucune question n?est permise, ce qui est contraire à l?esprit d?une conférence de presse ? est prévu pour 13 heures ce jour-là, soit après le Conseil des ministres. Manifestement, il y avait un manque de coordination entre le bureau de Dan Callikhan, Bettina Cadinouche et la presse. De même qu?avec les « caterers » du PMO qui avaient déjà installé les traditionnels thés et gâteaux chauds.
Les relations entre Dan Callikan et Bettina Cadinouche n?ont pas été au beau fixe pendant des mois. Ainsi, cette dernière n?était pas sollicitée et n?était pas invitée à certaines réunions de coordination et aurait été tenue à l?écart, ce qui aurait engendré un climat de « malaise » au sein de cette cellule et, de fait, dans les relations entre ses deux hauts responsables de la communication au bureau du Premier ministre.
Cette situation récurrente depuis quelque temps dans les couloirs du bureau du Premier ministre soulève une question pertinente : y a-t-il une coordination de la communication au gouvernement ? La réponse émanant de nombreux attachés de presse que nous avons interrogés ? mais s?exprimant sous le couvert de l?anonymat devant la tournure des derniers événements ? est symphonique : non. Il n?y aurait même pas de cellule de communication au bureau du Premier ministre. Et un seul homme décideraitde ce que le gouvernement veut dire ou pas : Dan Callikan.
L?ancien rédacteur en chef de la Gazette de Maurice s?était rapproché du PTr avant et pendant la campagne électorale de 2005. S?occupant d?abord de la communication de Navin Ramgoolam lorsque celui-ci était leader de l?opposition, il devait graduellement faire preuve de plus de panache lorsque la campagne a démarré.
<B>Une influence« grandissante » </B>
Ainsi, Dan Callikan se retrouve au premier rang des conseillers du Premier ministre et son bureau est devenu depuis peu le « passage obligé » au PMO. Il serait, dit-on, le « stratège » au bureau du PM.
Une déclaration d?un ancien conseiller ayant travaillé sous trois différents régimes résume la position actuelle de Dan Callikan parfaitement : « Cela fait longtemps qu?un conseiller en communication n?avait pas autant de pouvoir. » Cette déclaration est d?autant plus pertinente, car elle intervient à un moment où François Ecroignard parle d?un différend entre lui et Callikan comme la « seule raison » de sa mise à pied (voir hors-texte).
Alors que François Ecroignard cible directement Dan Callikan, d?autres constatent tout simplement son influence « grandissante ». « Je ne saurais dire s?il a une trop grande influence auprès du PM. Oui et non comme tout conseiller. Quoi que je dirai que le PM semble de plus en plus attentif à lui. Surtout après le départ de Kailash Ruhee », confie un ministre travailliste.
Pendant que certains s?aventurent à chercher une corrélation entre le départ de l?ancien Chief of Staff du gouvernement et l?ascension toujours progressive de Dan Callikan, la stratégie de communication de l?État reste toujours floue. « Il n?y a pas de stratégie gouvernementale en matière de communication », insistent au moins deux actuels attachés de presse. « Si par stratégie ils insinuent les réunions barbantes où Dan Callikan fait un exercice académique aux attachés de presse, je me demande où va ce gouvernement ? »
Selon eux, les vendredis matins, la réunion des coordinations des attachés de presse serait, dit-on « brutale et cassante » envers certains. Ce qui n?est pas du goût des attachés de presse. Dan Callikan ferait valoir ses années d?expérience comme « homme des médias », mais ce n?est pas pour autant que la cellule de communication n?aurait pas eu des « ratés » : renvoi inexpliqué d?un attaché de presse, couverture abusive par la MBC, mauvaise communication face à certaines mesures comme l?abolition des subsides sur les frais d?examens?
« Tout le monde sait que la population grogne lorsqu?on touche à son porte-monnaie, surtout après les récentes augmentations de prix. Mais comment expliquer l?absence d?une campagne d?explication concernant les frais d?examens ? Cela fait un an que le ministre en question sait que cela sera ainsi. Or rien n?a été fait en ce sens et aujourd?hui, on se retrouve avec des manifs chaque semaine », avance un haut fonctionnaire qui est souvent en contact avec la cellule de communication du PMO.
<B> « Son seul souci : ne pas perdre le pouvoir » </B>
Un ancien conseiller du PMO soutient, lui, ne pas comprendre « l?obsession de l?outil de propagande qu?est la MBC par Callikan ».
Le dernier scoop de la MBC serait la visite de Navin Ramgoolam dans une clinique privée pour inaugurer un nouvel appareil. Normalement, une telle nouvelle serait passée dans la partie ultérieure du journal. Or des instructions du PMO ont demandé que cette nouvelle fasse le principal titre du journal.
« De par son passé de DG de la MBC, où il n?a pas laissé un bilan flatteur, Callikan est en train de fausser toute la pratique journalistique en s?ingérant dans la salle de rédaction. C?est un mauvais service à la fois pour le gouvernement et pour la MBC », confie un journaliste de carrière.
Aux yeux d?un ancien directeur de communication d?un régime précédent, Callikan est surtout « un homme de réseau [?] qui sait utiliser ses influences et connexions pour arriver à ses fins ».
Certains évoquent les méthodes utilisées par « la bande des quatre » alors qu?Anerood Jugnauth était aux commandes du pays juste après 1983. Cette « bande » qui comprenait Dan Callikan, Peter Craig, Harish Boodhoo et Prem Singh (un ancien haut-commissaire de l?Inde) était le « think tank strictement politique » de sir Anerood, alors que ce dernier entamait sa carrière comme Premier ministre. Après le départ d?Harish Boodhoo du gouvernement, la bande n?a plus sa raison d?être. Sir Anerood n?a plus besoin d?eux. Et Callikan lance une agence de communication?
Mais la politique et ses man?uvres l?attirent une fois de plus. Conclusion d?une ancienne camarade du MMM qui a suivi son parcours : « Callikan est rompu aux méthodes du MMM avec qui il a commencé la politique, avant de se joindre au MMMSP de Dev Virahsawmy. Puis, il s?est joint au MSM car il s?était rapproché de sir Anerood. Et aujourd?hui, il est proche des Rouges et fait partie de la garde rapprochée de Navin Ramgoolam. Il connaît les méthodes de chaque parti? Et son seul souci est de ne pas perdre le pouvoir. »
<B>Elwyn CHUTEL et Amrish BUCKTOWARSING</B>
Le ministre de la Justice et leader du Mouvement républicain (MR), Rama Valayden, a exprimé hier sa solidarité envers François Ecroignard. Dans un premier temps, Rama Valayden s?est gardé de prendre une position nette et tranchée. C?était avant que soit diffusée sur les ondes la nouvelle selon laquelle François Ecroignard a formellement nommé la personne qu?il soupçonne d?avoir révélé des informations relatives aux travaux du comité parlementaire du Parti travailliste. L?Attorney-General souligne que le bureau politique du parti est arrivé à la conclusion que le problème Ecroignard « peut être résolu la tête froide ». C?est ainsi que le bureau politique a décidé de suivre cette affaire avec beaucoup de discrétion et de ne pas la commenter.
Rama Valayden précise que le non-respect de cette ligne de conduite pourrait compliquer la marge de man?uvre du parti. Une règle qui s?applique aussi à Ecroignard. Il estime que le moins on en parle en public, le mieux ce sera. « Bizin pas embaras le parti. Parti, pli important ki considération personnelle. » Le ministre de la Justice maintient cette règle de conduite après qu?il a appris que lors d?une conférence à Port-Louis, François Ecroignard a révélé le nom de celui qu?il soupçonne d?avoir révélé à une radio privée la teneur des débats houleux au sein du comité des parlementaires du Parti travailliste. « Pas de commentaires », devait-il répondre aux journalistes qui recherchent le point de vue du leader du MR sur la question. Mais quelques minutes après la fin de la conférence de presse, l?express-dimanche lui a demandé si le MR accorde toujours son appui à Ecroignard. Rama Valayden laisse parler son c?ur.
« Nu solidaire ek li. » Il soutient que lui aussi détient des renseignements sur cette affaire et révèle qu?il a enclenché son réseau de renseignements après qu?une radio privée a indiqué que « cabinet ine brosse la tête Valayden. Ti bizin konne ki fan sa qualite rimer-là ». Mais l?homme de loi va prendre le dessus. Rama Valayden indique qu?il sera difficile de savoir objectivement la vérité, car aucun journaliste ne révélera l?identité de ses sources et le droit de toute personne incriminée dans une affaire de clamer son innocence.
<B> Lindsay PROSPER</B>
FRANÇOIS ECROIGNARD :
<B> « Ramgoolam s?est trompé » </B>
Réunissant la presse hier, François Ecroignard, l?attaché de presse de Rama Valayden remercié par le PMO, a déclaré que tous les ponts sont coupés entre « Dan Callikan et le comité de soutien ».
Il était question, selon lui, de « négociations pour qu?il retrouve son poste d?attaché de presse ». Mais comme ces « négociations » n?ont rien donné, le comité de soutien à François Ecroi-gnard, « pour prouver que celui-ci n?est pas à la base de fuites d?informations dans la presse », a révélé le nom d?un ministre qui aurait divulgué la teneur des discussions de la réunion parlementaire durant laquelle la députée Nita Deerpalsingh avait descendu en flammes les amendements au Sugar Industry Efficiency Act. Informations qui n?avaient pas plu au PMO, d?où le licenciement d?Ecroignard.
« Ce n?est pas le nom de ce ministre qui nous importe. Notre souci est de faire respecter la vérité. François n?a pas eu la chance de se défendre. On l?a licencié sans lui donner la parole. Et aujourd?hui le PMO veut négocier avec nous. Il n?y a rien à négocier. Il s?agit de réparer le tort causé à François.
Et que la vérité éclate. Les sanctions doivent être prises envers le vrai coupable. Et aujourd?hui, le nom du ministre incriminé est connu? », a affirmé Danielle Turner, porte-parole du comité de soutien, qui récuse toute connotation sectaire dans « notre engagement contre cette injustice ».
François Ecroignard et son comité de soutien comptent sillonner l?île pour dénoncer l?injustice du PMO à son égard. « Ramgoolam s?est laissé mener en bateau par Callikan. Et aujourd?hui, il devra justifier mon licenciement. Je ne vais pas rester tranquille. »
Par ailleurs, le ministre incriminé par François Ecroignard se défend d?être à la base des accusations de fuite d?informations. Il évoque des poursuites judiciaires contre le comité de soutien.
Quant à la direction de Radio Plus, qui avait diffusé ces informations, elle affirme qu?elle ne révélera pas sa source. « On a déjà aidé François Ecroignard en envoyant une lettre d?information au PMO, dans laquelle on maintient que ce n?était pas lui notre source d?information. Mais on ne peut faire plus aujourd?hui? »
Quoi qu?il en soit, le cas Ecroignard est loin d?être clos. C?est encore un autre dossier chaud pour la cellule de communication de Navin Ramgoolam.
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