Publicité

Incohérences

11 février 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

La rue gronde. Et la colère s?enfle. Aux jérémiades habituelles, quasi-systématiques, des syndicats et de l?opposition, sont venues se greffer, cette semaine, celles des parents, des enseignants et des étudiants.

Davantage que la « Sale by Levy » ou la DWC, l?éducation nationale a une propension redoutable à la confrontation. Les épisodes passés (CPE, langues orientales et A +) ont démontré que c?est un sujet où l?émotion prend souvent le dessus sur la raison. Par conséquent, les débats s?en retrouvent faussés car communalisés, quand ils ne sont pas déjà politisés à outrance.

Déjà, avant l?entame de la mar-che pour le rétablissement des subventions de l?État, on sent poindre un début d?émotion : c?est avec « tristesse » que les propos de la « Mauritius Sana-than Dharma Temples Fede-ration » ont été lus hier après-midi au collège du Saint-Esprit. Même s?il n?y a pas eu de riposte immédiate aux propos ten-dancieux tenus par Somduth Dulthumun, selon lesquels « li pas normal ki marsan dal puri, marsan gato piman paye tax ki servi pu subventionn fees lexamen », l?assistance n?a manifestement pas digéré ce récit pétri de préjugés, qui tente de catégoriser ceux qui « gaspillent » en chaussures ou en portables et ceux qui économisent chaque sou de gâteaux vendus?

Il importe de dépassionner ce débat. En fait, c?est une question de moyens. L?État n?a plus les ressources d?antan. Donc il est moins généreux. La subvention aux frais d?examens de Cam-bridge s?élève à une soixantaine de millions de roupies (le montant fluctue selon le taux de change de notre roupie contre la livre sterling), une somme que souhaite économiser le gouvernement dans sa tentative de réduire notre alarmant déficit budgétaire. Selon Rama Sithanen, à qui revient la dure et ingrate tâche de gérer le budget national, chaque item économisé est un pas vers l?assainissement de nos finances.

La mesure de suppression de l?aide gouvernementale, annoncée lors du dernier budget, avait été mentionnée pour la première fois par? Pravind Jugnauth en 2004.

À la page 44 de son « Budget Speech », l?ancien grand argentier expliquait, comme Sithanen aujourd?hui, qu?il devait prendre une décision courageuse. « A fundamental reform that this Budget introduces is the targeting of Government transfers [?] Governement transfers are simply not sustainable if they are universal and open-ended. » Et Pravind Jugnauth de décréter : 1. la pension de retraite sera désormais versée à ceux dont les revenus mensuels ne dépassent pas les Rs 20 000 ; 2. Le ciblage s?appliquera aussi aux subventions des frais d?examens de SC et de HSC. Seule la première mesure rentrera en vigueur.

Une année après, l?Alliance sociale prend le pouvoir. Dans l?euphorie de la victoire, elle rétablit la pension universelle et, pire pour les comptes de l?État, introduit le transport gratuit pour tous les étudiants indistinctement (soit un coût additionnel de plus de Rs 600 millions imposées sans étude aucune). Après le temps des cadeaux, place à la politique « serre ceinture ». Le budget 2006-2007 de Sithanen veut s?inscrire comme une rupture économique avec les pratiques passées.

Mais il est difficile de bousculer les vieilles habitudes. Rama Sithanen en sait quelque chose : il confie, dans un entretien accordé en fin de semaine à « Business Magazine », qu?il a plus d?une fois songé à jeter l?éponge face à la série de critiques que provoque sa réforme. Deux exemples : il était question de revoir la formule de distribution du pain à l?école afin de réduire les poches de gaspillage. Mais il aura suffi de quelques protestations pour que l?idée soit abandonnée. L?autre fléchissement concerne la récente réintroduction des subsides sur la farine, apparemment, après un puissant lobby, entre autres, des marchands « dal puri ».

Et aujourd?hui, après ces ca-deaux et autres revirements de situation, la posture intransigeante sur les frais d?examens du gouvernement surprend.

Elle prend à contre-pied son discours socialisant de libre accès à l?éducation. Si le ciblage est appliqué ? avec raison dans beaucoup de cas ? pour accorder cette subvention, le même principe devrait s?appliquer pour le transport gratuit et pour la pension. Sinon la logique s?appliquerait pour soixante millions et non pour des centaines et des centaines d?autres millions.

Ce choix politique fort discuta-ble ? puisque pas cohérent ? provoquera dans les prochains jours des réactions à la chaîne. Souhaitons que dans le tumulte hétéroclite, on ne sacrifie pas les principaux concernés : les étudiants. Comme Manou, de la cité L?Oiseau, soucieux de la condition économique difficile de ses parents, plusieurs ont besoin d?un coup de pouce pour avancer dans la vie. Il faut les identifier, les aider, les encourager. Car c?est sur leurs épaules que repose l?île Maurice de demain?

Et cela n?a pas de prix !

Publicité