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Immuable désinvolture
<B>Par Nicholas RAINER</B>
Concilier développement, durabilité environnementale et économique, est-ce possible ? A moins d?entreprendre une réforme en profondeur du modèle économique mauricien, la réponse est non. Si le ministre des Finances croit pouvoir faire de Maurice une île durable tout en continuant sur la voie du développement effréné, il se met le doigt dans l??il et dans le nôtre par la même occasion. Certes, la piste des énergies renouvelables semble porteuse, aussi bien d?espoir que de réelles opportunités, mais la durabilité environnementale du pays reste gravement menacée. Il est vrai aussi que certains facteurs exogènes font que le destin, à long terme, de Maurice n?est pas forcément entre ses mains.
On ne le répétera jamais assez : les politiciens font de la politique, les hommes d?affaires font du fric. Parfois il arrive qu?ils s?échangent leurs chapeaux. Attendre autre chose d?eux relève de l?absurde. Chassez le naturel, etc. Si ce système, que les puissants de ce monde se sont tant époumonés à nous vendre n?est pas, en fait, le bon, vers qui et vers quoi pouvons-nous nous tourner ?
Pour éclairer notre lanterne commune, je me suis tourné vers un document clairvoyant, intitulé «Cycle comprendre les agriculture du monde d?après les cafés-débats à Marciac», que m?a fait parvenir un lecteur avisé. Animée par l?agronome et économiste, François de Ravignan, une conférence retrace l?historique du développement durable avant de conclure que le concept est, en fait, un oxymore.
«Je n?ai rien contre le terme ?durable?, mais je crois qu?il faut questionner celui de ?développement?», explique le chercheur. Pour cause, il estime non seulement que celui-ci ne représente rien de bon pour la planète mais également que sa raison d?être principale, notamment l?amélioration du niveau de vie de tout un chacun, est fondamentalement viciée. «Enfin, critique fondamentale faite au développement : la richesse des Etats ne fait pas la richesse des peuples. C?est de plus en plus vrai?», déplore-t-il.
On accuse parfois le Mauricien d?être quelque peu approximatif dans son travail. Un ami à moi décrit cette carence de manière beaucoup plus poétique. «L?insouciance mauricienne» est l?appellation qu?il donne à ce je-m?en-foutisme tantôt charmant, tantôt exaspérant. Je n?aurais aucune réserve sur cette philosophie, si au moins elle nous permettait d?apprécier les choses simples de la vie. Là où le bât blesse vraiment , c?est que nous nous efforçons d?imiter un mode de vie occidental, avec tout ce que cela implique en termes de consumérisme, sans pour autant chercher à minimiser l?impact de nos actions sur la planète. Force est de constater qu?on ne s?en soucie guère.
Dans «Ma vérité sur la planète», l?ancien ministre français de l?Education nationale, de la Recherche et de la Technologie, Claude Allègre, argue en faveur d?un développement en harmonie avec l?environnement. «Cette attitude doit faire de l?écologie non pas un obstacle à la croissance, mais un moteur de cette dernière et, relation de cause à effet, du développement économique aussi bien des pays du Nord que de ceux du Sud.» Cette vision semble de plus en plus utopique.
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