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Il y a un an le tsunami frappait les côtes de l?Asie
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Il y a un an le tsunami frappait les côtes de l?Asie
Aceh se reconstruit, la rébellion désarme
Dans les notes internes des ministères, on lui a donné le surnom de ?diplomatie du tsunami?. Rendu possible par la catastrophe de décembre 2004 et surveillé dans son application par l?Union européenne (UE), l?accord du 15 août entre le gouvernement indonésien et la rébellion du Gerakan Aceh Merdeka (GAM, Mouvement pour un Aceh libre) a, pour l?heure, tenu ses promesses. Au 21 décembre, les insurgés avaient fini de livrer les 840 armes dont ils avaient accepté de se séparer, et Djakarta finissait d?évacuer ses troupes en surplus par rapport à un dispositif de ?forces organiques? (14 700 soldats, 9 100 policiers, pour une population de 4,1 millions d?habitants).
?Il n?y a pas eu d?accroc à mi-parcours, et on ne compte que très peu d?incidents graves ? et plus de cas où des policiers se méconduisaient envers des citoyens que de civils s?affrontant?, dit Pieter Feith, chef de la Mission de contrôle (AMM, Aceh Monitoring Mission) montée par l?Union européenne (UE) et l?Association des nations du Sud-Est asiatique (ASEAN). Il est un peu tôt, toutefois, pour crier au succès. De l?avis général, le processus entre, début janvier, dans une phase délicate. ?Jusqu?à présent, c?était de l?arithmétique simple?, dit Irwandi Yussuf, officiellement ?porte-parole? du GAM, mais en fait chef de ses services de renseignement jusqu?à ce que la guérilla accepte de désarmer.
Les rebelles exigent que le gouvernement accepte de ne pas tenir sous l?ancienne loi électorale le scrutin local, initialement prévu le 26 avril, pour choisir le prochain gouverneur et les administrateurs provinciaux, mais sous la nouvelle loi promise par le gouvernement sur l?autonomie de la province. Celle-ci va jusqu?à garantir à Aceh une représentation dans certains instances techniques internationales. ?C?est au Parlement que cela va se jouer, indique M. Feith, et l?on sait que dans ce pays, les réticences devant ce qui peut être perçu comme une influence étrangère sont très fortes.? A preuve, la violence qui a marqué la transition vers l?indépendance du Timor-Oriental en 1999.
L?UE est prête à maintenir au-delà du délai de la fin de son mandat le 15 mars, un dispositif allégé d?observation (45 européens et 45 observateurs des voisins asiatiques, contre 230 ces trois derniers mois) tandis que le processus institutionnel devrait conduire Djakarta à différer l?élection peut-être au 1er juin. Djakarta inviterait alors à une supervision internationale du scrutin, permettant à l?UE de proclamer ?mission accomplie? dans la résolution de la plus vieille guerre civile (15 000 morts en trente ans) d?Asie de l?Est .
Il restera à consolider l?acquis : en s?assurant que les anciens soldats du GAM puissent se réinsérer dans la vie civile ; en formant une police au strict maintien de l?ordre plutôt qu?à un rôle paramilitaire, et en permettant aux Acehnais de se voir représentés au Parlement national. Ce qui fait hausser bien des sourcils à Djakarta. Si, après l?affaire du Timor, une exception est faite pour Aceh, n?est-ce pas ouvrir la porte à d?autres revendications du même ordre pour les 12 000 îles de l?archipel ?
Francis DERON
Les proches des disparus indonésiens espèrent encore
Yasrati n?a plus de nouvelles de sa fille de 13 ans et de son fils de cinq ans depuis que le tsunami a balayé son village de la province indonésienne d?Aceh. Mais elle espère encore les revoir un jour.
Alors que des proches des 230.000 victimes asiatiques et étrangères de la vague géante convergeaient hier sur les côtes de l?océan Indien pour leur rendre hommage, Yasrati, 38 ans, a fait publier dans un journal local une annonce où figure la description de ses deux enfants. ?Dans mon coeur, je pense encore qu?ils sont vivants. Ils sont quelque part, je ne sais où mais je le sens?, dit-elle. ?C?est mon instinct de mère.?
Elle dit qu?elle continuera à y croire ?jusqu?à ce qu?on retrouve leurs corps?. Ils sont une dizaine, comme Yasrati, à avoir publié un an jour pour jour après la catastrophe des annonces sollicitant des informations sur ce qu?il est advenu de leurs enfants.
Cet espoir a donné à cette mère et à beaucoup d?autres proches de victimes dont les corps n?ont pas été identifiés le courage de continuer à vivre à Aceh, région la plus touchée par le tsunami qui y a détruit des communautés entières.
Lors d?une cérémonie organisée au bord de la mer, à Ulee Lheue, dans les faubourgs de Banda Aceh, la capitale, certains sanglotaient et d?autres refoulaient leurs larmes.
?Je suis triste, mais nous devons continuer à vivre et à faire des choses?, estime Marnawati, une femme de 39 ans aux cheveux recouverts d?un voile jaune. Elle a perdu son mari et sa fille de cinq ans. ?On a beau pleurer, les morts ne peuvent revenir.?
Hier matin, à Ulee Lheue, le président indonésien Susilo Bambang Yudhoyono a testé un système d?alerte au tsunami visant à limiter les pertes humaines si une telle catastrophe devait se reproduire. Il s?est ensuite rendu auprès d?une fosse commune à Lhok Nga afin de prier pour les victimes du tsunami qui n?ont pas pu être identifiées.
?La visite de M. le président à Lhok Nga nous a rendus fiers et nous a remonté le moral?, dit Muhammad Jaelani, 40 ans, qui a perdu trois membres de sa famille.
Jaelani fait partie de la centaine d?habitants de Lhok Nga qui ont déjeuné avec le président, hier, sur un tapis rouge installé dans une tente à proximité de la fosse commune, une vaste clairière entourée d?une barrière en acier.
?J?espère que (le président) verra notre situation et accélérera le processus de reconstruction pour les victimes du tsunami parce que beaucoup de rescapés comme nous sont encore dans des baraquements et des tentes?, dit-il.
AIDE INTERNATIONALE
Il reste beaucoup à faire
■ Les pays asiatiques riverains de l?océan Indien ont rendu hommage, hier, aux quelque 231 000 victimes du tsunami du 26 décembre 2004, qui restera comme l?une des catastrophes naturelles les plus dévastatrices de l?histoire récente.
Il y a un an jour pour jour, une vaste opération de solidarité était lancée dans le monde pour venir au secours des rescapés, alors que la douleur reste vive pour les proches des victimes. Les pays les plus touchés (Indonésie, Thaïlande et Sri Lanka) par cette vague d?une hauteur atteignant parfois 10 mètres marquent la tragédie par une série d?offices de prières, de minutes de silence et de pèlerinages sur les sépultures des morts.
Lors d?une des premières cérémonies de ce genre, le président indonésien, Susilo Bambang Yudhoyono, a observé une minute de silence à la mosquée de Baiturrahman, dans un faubourg de la ville côtière de Banda Atjeh, rasée par la muraille d?eau d?il y a un an.
?Dans ce vaste espace ouvert (...) sous un ciel bleu, nous nous tenons ensemble comme des enfants de Dieu. Il y a un an, c?était sous un même ciel bleu que la mère Nature s?est déchaînée avec la plus extrême violence contre nous?, a déclaré M. Yudhoyono.
Le tsunami, provoqué par un tremblement sous-marin d?une magnitude de 9,5 survenu au large de l?extrême nord-ouest de l?île indonésienne de Sumatra, a fait près de 170 000 morts ou disparus ainsi qu?un demi-million de sans-abri dans la province d?Atjeh, la zone la plus touchée de la région. Treize pays ont, au total, été frappés, parmi lesquels l?Indonésie, la Thaïlande, le Sri Lanka et, dans une moindre mesure, l?Inde. Le tsunami a fait au total 1,8 million de sans-abri.
Le chef de l?Etat indonésien a ajouté que s?il fallait pleurer les morts, l?heure était venue de se tourner vers l?avenir. ?Aujourd?hui, demain et les jours qui suivent ne seront pas dominés par la souffrance parce que nous sommes ici aussi pour honorer les survivants (...) qui veulent tous reconstruire leur vie. On voit des rescapés du tsunami partout?, a-t-il déclaré.
Le président du plus grand Etat musulman au monde a également remercié la communauté internationale pour son aide, ajoutant toutefois qu??il reste encore beaucoup à faire?.
Le président indonésien doit également participer à un exercice d?expérimentation du système d?alerte au tsunami mis sur pied dans la région depuis pour limiter le nombre de victimes à l?avenir.
En Thaïlande, le premier ministre, Takhsin Shinawatra, accompagné d?un membre de la famille royale qui a perdu un fils lors du tsunami, prendra la parole à Phuket, une île touristique paradisiaque prisée par les Occidentaux, dont le littoral ouest a été très touché. La veille, des cérémonies bouddhistes sobres ont été organisées pour marquer le jour de Noël dans les régions de Thaïlande les plus meurtries, où certains parents des victimes ont pleuré leurs morts.
Au Sri Lanka, les drapeaux ont été mis en berne au moment où le nouveau président, Mahinda Rajapakse, a observé deux minutes de silence et déposé une couronne florale au pied d?un monument en forme de vague. Sur la côte sud de l?ancienne île de Ceylan, des villageois ont tenu des veillées au moyen de lampes creusées dans des noix de coco. Quant à l?Inde, elle inaugurera deux monuments à la mémoire des victimes à l?endroit même de la tragédie.
Grâce à l?élan de solidarité dans les pays riches en raison du nombre relativement élevé de touristes occidentaux parmi les victimes en cette période de fêtes de fin d?année, les efforts de reconstruction sont à l??uvre un an après le drame. Plus de 7,3 milliards de dollars ont été promis au titre de l?aide multilatérale et nationale, tandis que les dons privés se sont élevés à plus de 5,7 milliards de dollars. Pourtant, de nombreux rescapés continuent à vivre sous la tente ou dans des baraquements de fortune un an après la catastrophe.
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