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Il y a cinquante ans, Spoutnik filait vers les étoiles

5 octobre 2007, 00:00

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Spoutnik, la sphère métallique propulsée dans l'espace voici cinquante ans, a marqué le début de la conquête effective de l?espace. Pour trois hommes, impliqués dans cette épopée à trois époques distinctes, le petit satellite a eu des échos bien différents, tour à tour projet un peu puéril, édifiant ou annonciateur d?une nouvelle époque.

Boris Tchertok, l?un des concepteurs du Spoutnik, qui a fêté hier le cinquantième anniversaire de son lancement, s?étonne toujours de ce que représente la mise en orbite d?une boule d?alliage brillant. ?Un jour ou deux après que ce ?bip-bip? ait retenti autour du monde, nous étions aussi excités que vous pouvez l?imaginer, mais ni nous, ni les médias soviétiques ne comprenaient la portée de ce que nous avions réussi?, se souvient Tchertok.

Au sein d?une équipe d?ingénieurs, il travaillait alors avec Sergueï Korolev, père de l?industrie spatiale soviétique, à la mise au point de la fusée R-7, qui devait servir de missile balistique intercontinental. Spoutnik était alors considéré comme un projet secondaire, d?une importance mineure.

?La majorité des assistants de Korolev, parmi lesquels je dois bien m?inclure, étaient trop bornés ou pas assez visionnaires pour voir en Spoutnik autre chose qu?un jouet d?enfant?, a reconnu Tchertok.

Korolev n?avait pas ménagé les efforts de son équipe pour amener l?Union soviétique dans l?espace avant les Etats-Unis. Pour cela, il pensait que les Soviétiques auraient besoin de se faire entendre tout autour de la Terre, plutôt que de simplement mettre au point un missile capable d?envoyer des bombes atomiques sur le territoire américain.

?Les faucons américains criaient que ceux qui contrôlaient l?espace pourraient contrôler la Terre?, se rappelle Tchertok. Aujourd?hui âgé de 95 ans, il consacre encore deux journées par semaine à ses activités de consultant auprès du constructeur russe du fusées Energia.

Homer Hickam n?était pas encore au lycée quand Spoutnik a survolé sa maison, à Coalwood en Virginie occidentale, lui faisant miroiter un avenir loin des exploitations minières qui étaient le futur de la plupart de ses amis et voisins.

?J?ai été stupéfait par cette étoile lumineuse et brillante qui traversait le ciel avec une telle énergie. J?ai décidé à ce moment que je voulais faire partie de ce mouvement qui emmenait le monde entier vers l?espace?, raconte Hickam. Devenu plus tard ingénieur à la Nasa, Hickam a supervisé l?entraînement des astronautes pour les missions Spacelab et celles de la navette spatiale.

Bien des années plus tard, il a ?bouclé la boucle? lors d?un voyage en Russie où il devait négocier pour la Nasa le programme visant à la construction de la Station spatiale internationale.

Selon Hickam, la course à l?espace est loin d'être finie, et la recherche du profit finira par mener à une nouvelle révolution dans le domaine qui mènera aux voyages spatiaux abordables pour M. Tout-le-monde. ?Alors, il deviendra financièrement intéressant pour des entreprises privées de construire d?énormes fusées, et c?est ce qui nous emmènera dans l?espace?, prévoit Hickam.

Un demi-siècle après le vol du Spoutnik, les touristes spatiaux ont toujours recours à la technologie mise au point par Tchertok et ses collègues en 1957.

La société Space Adventures, qui permet à des millionaires de partir à bord d?une fusée Soyouz en compagnie des équipages de la Station spatiale internationale, a eu pour l?instant cinq clients, tous partis du cosmodrome de Baïkonour, au Kazakhstan.

Les fusées Soyouz sont les héritières directes des R-7 et emploient le même technologie. ?Je pense que tourisme spatial n?est pas le terme approprié?, rectifie Eric Anderson, PDG de Space Adventures. ?Je pense qu?ill s?agit d?exploration spatiale privée. Je ne crois pas que les gens qui escaladent le mont Everest soient non plus des touristes.?

Pour Anderson, le tourisme spatial permettra d?attirer des investisseurs, de faire baisser les prix, et d?envoyer plus de gens dans l?espace. ?Je ne vois pas d?autre expérience pour laquelle les gens soient prêts à débourser 30 ou 40 millions de dollars.?

Tchertok, qui a passé sa vie à voir passer dans le ciel les fruits de son travail, affirme n?avoir pas spécialement envie de contempler la Terre depuis l?espace. ?Ils ne me laisseront pas y aller, même si je payais 20 millions de dollars ou plus. Alors de toute façon, il n?y a aucun moyen que j?y aille?, affirme-t-il, fataliste, de sa voix profonde.

Chris BALDWIN

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