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Il n?y a pas assez de projets innovateurs pour la création d?emploi

6 avril 2004, 20:00

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<B> Quel est le mandat de l?Employment Advisory Committee (EAC) ?</B>

L?EAC est une structure mise en place par le ministre Showkutally Soodhun à son arrivé à la tête du ministère de l?Emploi en septembre 2003. J?ai été approché par le ministre Soodhun pour présider cette instance. Il faut savoir que la scission du ministère du Travail de celui de l?Emploi avait causé quelques problèmes, notamment au niveau de la synergie. L?EAC venait donc, dans une certaine mesure, assurer cette synergie.

Cette instance est divisée en trois sous-comités qui portent sur les axes suivants : les nouveaux projets, l?amélioration des services de l?emploi, en particulier le Labour Market Information System, et les stratégies et politiques pour la création de l?emploi.

Le sous-comité sur les nouveaux projets travaille sur deux pistes. Il y a premièrement la mise en place d?un système d?échanges rapide. L?échange peut par exemple permettre à quelqu?un qui cherche une baby-sitter ou un plombier d?en trouver un rapidement. L?autre piste consistera à se concentrer sur les régions défavorisées. Nous allons pour cela travailler avec des organisations non gouvernementales de ces régions en vue de permettre à des individus de trouver un emploi moyennant une formation rapide.

Les services de l?emploi deviendront, à terme, l?observatoire de l?emploi que nous voudrons constituer.

<B> Qu?en est-il d?une stratégie plus durable pour favoriser la création d?emplois ?</B>

C?est au sein de la structure Strategies and Policies que nous allons nous pencher sur les moyens durables pour favoriser la création d?emplois. Nous avons eu, au cours du mois de mars, deux sessions de brainstorming autour du thème Developing strategies for employment creation, placées sous la férule de Nikhil Treebhoohun, directeur du National Productivity and Competitiveness Council (NPCC).

Nous y avons identifié les causes ainsi que les conséquences du problème de l?emploi. Par la suite nous viendrons avec les solutions. Nous nous sommes d?abord posé la question suivante : pourquoi y a-t-il des chômeurs à Maurice ?

<B> Quelles sont les conclusions auxquelles vous êtes arrivés ? </B>

Nous avons identifié comme problème principal les conditions défavorables pour la création de projets innovateurs susceptibles de créer de l?emploi. Il n?y a pas assez d?innovation. Prenons l?exemple de l?industrie manufacturière. Elle est encore dans le bas de gamme; elle ne produit pas suffisamment de haut de gamme.

Le secteur privé dans son ensemble ne vient plus avec des projets innovateurs non plus. Il y a un certain essoufflement. Il a fallu attendre plusieurs années avant qu?il ne vienne avec le projet de Seafood Hub et de Knowledge Hub.

La culture de risques fait défaut au niveau de l?entreprise. On ne voit pas venir les projets malgré que les banques regorgent de liquidités à Maurice.

D?autre part, le cadre facilitateur pour la promotion de l?entrepreneuriat n?est pas toujours efficace. L?entrepreneuriat n?est pas encouragé et gratifié comme il se doit. Il y a d?ailleurs, un manque d?esprit d?entreprise chez nous.

<B> Va-t-on résoudre le problème du chômage en mettant en place les conditions nécessaires à l?éclosion de projets innovateurs ?</B>

La création d?emploi n?a pas pour unique but d?absorber les chômeurs. Il nous faut être très réalistes. Une partie des nouveaux postes que nous allons créer vont être pris par des cadres étrangers dans un premier temps. Je pense, par exemple, aux technologies de l?information et des communications (Tic) où nous n?avons pas nécessairement les compétences en nombre voulu. Il nous faudra d?abord compter sur les étrangers si nous souhaitons faire démarrer le secteur. Les Mauriciens pourront se faire embaucher en grand nombre dans un deuxième temps.

D?un côté, il faut placer les cadres locaux dans les entreprises à Maurice. De l?autre coté, il faut aussi voir comment exporter les Mauriciens à l?étranger. Nous avons vu qu?il y a un marché pour les infirmiers mauriciens en Europe. C?est un créneau qu?il faut développer davantage car cela rapporte des revenus au pays. L?Inde, par exemple gagne gros en envoyant ses cadres travailler à l?étranger.

<B>L?EAC avait aussi évoqué l?absence d?une stratégie à moyen et à long terme pour créer des jobs?</B>

Il y a d?abord une absence de consensus au sujet des priorités. Nous avons identifié plusieurs problèmes spécifiques dont le manque de compétences multidisciplinaires de même que l?absence d?activités à haute valeur ajoutée. Il y a aussi des manquements au niveau des incitations visant à créer des emplois ainsi qu?au niveau des compétences de base dans des secteurs spécifiques.

Il y a également un constat touchant à l?éthique du travail. Les Mauriciens recherchent toujours la sécurité de l?emploi. Ils ne sont pas prêts à prendre des risques.

<B> On a beaucoup évoqué le déséquilibre sur le marché du travail. Quels sont les principaux facteurs derrière ce problème ? </B>

Il y a des failles dans la chaîne de valeurs reliant la formation, l?éducation et l?emploi. Il y a d?abord le système éducatif qui ne répond pas à nos besoins économiques. Il n?y a pas suffisamment d?analyse de nos exigences en termes de formation. L?accès à la formation et à l?éducation tertiaire reste limité. D?autres manquements sont observés au niveau du career guidance et au niveau du Labour Market Information System.

<B> Comment l?EAC compte-t-il s?y prendre pour s?attaquer à ces problèmes ? </B>

L?EAC a quatre clients à servir. Il y a d?abord le ministère de l?Emploi et le Human Resources Development Council. Il faut donner des signaux clairs concernant les différents types de formation qu?il faut donner aux gens. Il y a un travail ciblé à entreprendre. Nous nous concentrons aussi sur les employeurs et sur les chômeurs.

Il y a ceux qui cherchent du travail mais qui n?en trouvent pas. C?est le cas le plus difficile à gérer. Dans d?autres cas, on peut leur trouver des petits boulots (baby-sitter, plantons?) moyennant une petite formation. Les idées abondent, mais il faut encore travailler sur les propositions?

<I>?Il nous faut être réalistes. Une partie des nouveaux postes que nous allons créer vont être pris par des cadres étrangers dans un premier temps.?</I>

<B>Propos recueillis par Akilesh ROOPUN</B>

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