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Il nous imagine corail

26 mars 2007, 00:00

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À polir des vers au mètre, pour s?exprimer, le poète doit physiquement parcourir des kilomètres. Pour se raconter, Khal Torabully nous met d?emblée en condition. Logé à l?hôtel Tamarin, c?est au Morne qu?il parlera, ?là où Malcolm avait l?habitude de se promener?.

Sauf que là-bas, la plage est plus bétonnée que dans son souvenir. Que les accès à la mer sont limités par des murs. Alors, c?est d?un banc banal qu?il nous fera emprunter le canal de ses émotions. Avec cette voix un peu cassée, un peu éteinte. Mais qui fait sonner tant de mots qu?on en oublie l?heure qui sonne.

Pas si fou le poète. Si sa requête peut faire hausser le sourcil, tout se tient évidemment. Comment chanter l?imaginaire corallien sans aller à la mer ? Comment être le poète de la ?coolitude?, de la traversée des Indes aux destinations de l?engagisme, sans aller à la mer ? ?Je suis un biologiste contrarié qui chante la vie.?

Être poète, c'est aussi être un "rêveur éveillé". En état de veille face à tout ce qui se passe dans le monde. "Regardez Bush qui veut exporter la démocratie dans des chars d'assauts."

Comment raconter qu?un jour de 1976, il a quitté Port-Louis pour Lyon, sans aller à la mer ? Sans avoir les cheveux grisonnants balayés par le vent d?ouest et du soleil dans les yeux. à 50 ans et des poussières d?étoiles, Khal Torabully dit avoir ?investi dans les cheveux blancs?. à la maquilleuse qui s?occupait de lui avant l?émission télé de mercredi, il expliquait qu?au moins, ils resteraient jusqu?à la fin de sa vie.

C?est qu?il soigne ses interventions, Khal Torabully, revenu au pays cette semaine, dans le cadre de la Semaine de la Francophonie. ?Je pense à ces gens qui ont quitté leur maison pour m?écouter parler.? Il leur doit bien cela, ce brin d?élégance discrète. Pour leur parler du commerce des langues. Lui qui se souvient avoir livré ses premiers écrits en anglais.

Et alors ? Ce qui compte, c?est le partage, la faculté de la poésie de relier les choses. ?Même les momies ne sont pas figées, elles sont rongées par des vers.?

Le vers est dans le fruit. Poussant Khal Torabully à travailler jusqu?à 16 ? 17 heures par jour. Jusqu?à souffrir de la crampe de l?écrivain. ?Peut-être qu?au fond de moi, je suis un type renfrogné, toujours seul à écrire.? Devant nous : de grands sourires, des yeux qui se plissent d?ironie. Et des indices sur sa vie de famille, au détour de quelques mots sur sa fille, une ado de 16 ans, qui ?parle créole avec un accent français, c?est rigolo?.

Peut-être se revoit-il au même âge. Ado turbulent, que l?on accusait d?avoir cassé des carreaux, même quand il était absent de l?école. ?C?était forcément Torabully.? Jeune homme débordant d?énergie arpentant sans cesse les quartiers de Port-Louis. Prenant des cours de karaté, ?parce que l?idéal n?est pas de taper mais de trouver le geste précis?. Forgeant sa personnalité aux côtés de 12 frères et s?urs. Avec pour figure du père, ce marin du Trinidad, ?immensément riche, qui avait l?imprimerie Idéale, qui importait des voitures allemandes et des bateaux?.

Khal son cinquième enfant, qui à un moment de sa vie, a voulu faire de la médecine est un ?cannibale des livres?. Un soir, qu?il revenait de chez un ami où il était allé étudier, Khal Torabully connaîtra son ?plus grand choc esthétique?. ( Non, ce n?est pas Mai ?75, l?époque où on l?appelait ?le révolutionnaire?, l?époque où ?le MMM m?avait contacté?).

C?est plutôt une rencontre avec un marchand de pistaches, entre chien et loup, dans une rue de Port-Louis.

?Il était spécial. Il m?a dit de ne jamais sous-estimé l?être humain quelle que soit son échelle sociale. Quand j?écris sur le coolie, l?esclave, je donne voix aux sans voix?.

Droit de cité. Khal Torabullyparle avec une profusion de citations. Sans sembler le faire exprès. Même si l?enchaînement d?auteurs que souvent nous n?avons pas lu, a de quoi filer des complexes.

Mais que voulez-vous ? être poète, c?est du travail.?Maintenant qu?on a commencé à me lire un peu partout. Khal Torabully est invité à prendre la parole un peu partout dans le monde.

être poète, c?est aussi être un ?rêveur éveillé?. En état de veille face à tout ce qui se passe dans le monde. ?Regardez Bush qui veut exporter la démocratie dans des chars d?assaut?, répète-t-il. Il tournera aussi nos regards vers le ?troisième homme? des présidentielles françaises. Ce François Bayrou qui ?fait bégayer le système?. S?il a un regret, c?est bien celui d?avoir écouté ce proche qui lui a déconseillé de faire de la politique. Qui sait, peut-être qu?un jour il y viendra. Pour faire la critique de la raison.

BIBLIOGRAPHIE

Poétique de mer et d?exil

■ Khal Torabully compte une quinzaine de recueils à son actif. Les premiers, ?Fausse-île I? et ?Fausse-île II?, datent de 1981 et 1986. Il est l?auteur récompensé pour ?Le Printemps des ombres? publié en 1991. De ?Cale d'étoiles-Coolitude? sorti en 1992, de ?Palabre à parole?, paru en 1996). Il a signé ?Chair corail : fragments coolies?, préface de Raphaël Confiant, en 1999, ?Mes Afriques, mes ivoires?, en 2004.

Khal Torabully a également réalisé plusieurs documentaires : "Pic Pic, nomade d'une île", "La Traboule des vagues", "Malcolm, le tailleur de visions", sur la vie et l'?uvre de Malcolm de Chazal.

Poète récompensé, il a reçu le Prix Jean Fanchette en 1992, le Prix Missives en 1998 pour "L'Ombre rouge des gazelles" et le Prix de Poésie du Salon international du Livre insulaire en 2000.

PARCOURS

Lyon rugissant

■ Khal Torabully s?installe à Lyon en 1976 où il suit des études doctorales de sémiologie du poétique à l?université Lyon II. Il y obtient aussi une maîtrise en littérature comparée. En 1995, il suit un stage l?Institut national de l'audiovisuel. Il a participé à de nombreux festivals en France et à l'étranger.

Khal Torabully est membre-fondateur du Groupe d'études et de recherches sur les mondialisations (GERM), Paris.

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