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Il faut manger Amélie Nothomb

4 décembre 2004, 00:00

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Le dernier livre d’Amélie Nothomb, Biographie de la faim, se dévore goulûment. La prolifique romancière nous réjouit d’une nouvelle histoire où elle nous emmène faire avec elle le tour du monde de son enfance affamée d’amour, de sucre, d’eau, de mots du dictionnaire, l’appétit insatiable de toutes les choses. La faim, c’est elle. Preuve en est la simple citation proposée en quatrième de couverture. De quoi mettre en appétit, avant de commencer la lecture.

Des îles du Vanuatu, dont les habitants ne connaissent pas la faim, elle nous replonge dans son enfance nippone, où la jeune demoiselle, fille de diplomate belge, vient de découvrir qu’elle n’était pas un tube.

Biographie de la faim reprend le récit laissé il y a quelques années, la fin de Métaphysique des Tubes (2000). Comme son père, «je m’appelle Patrick», la jeune Amélie est la surfaim incarnée, comme il existe ailleurs des surhommes.

Comme toujours, l’écriture est limpide comme la fontaine du temple qu’elle engloutit à l’infini avant de devenir fontaine à son tour. Le goût est raffiné par les souvenirs de cette ex petite alcoolique, boulimique puis anorexique belge du bout du monde. Amélie Nothomb n’est jamais meilleure que lorsqu’elle parle d’elle, avec innocence, drôlerie et sincérité, sans faire la fine bouche devant les détails et expériences.

Suivant ses parents, elle quitte son pays natal, le Japon, pour l’étranger. Tous les pays du monde s’appellent « étrangers » pour elle. A 6 ans, elle décide qu’elle mourra à 12 ans, avant d’entrer en phase de décrépitude. A 10 as, elle est à New York, «la liesse, la liesse, la liesse». A 12 ans, elle décide de ne jamais ouvrir de léproserie au Bangladesh, pays affamé, qu’elle refuse de découvrir, préférant lire, affalée sur le canapé avec Juliette sa sœur aînée de trois ans et jumelle. La biographie de l’affamée nous conduira finalement au Japon, la terre promise après une licence en philo décrochée en Belgique, où Amélie Nothomb s’apprête à faire son stage dans une entreprise nippone. La suite on la connaît : Stupeur et Tremblements (1999), Grand Prix du roman de l’Académie

Française. Une vie construite comme un puzzle, comme un mystère qui se dévoile. Point de repos n’est laissé au lecteur. On ne ferme pas le livre avant de l’avoir terminé et d’attendre patiemment celui de l’an prochain. L’écrivaine a des réserves. On en redemande volontiers.

Biographie de la faim, est disponible chez Agora, Jumbo Riche Terre, aux éditions Albin Michel, à Rs 775. La collection Amélie Nothomb, dont Stupeur et Tremblements et Métaphysique des Tubes, Les Catalinaires, Attentat, Péplum… est également disponible en livre de poche.

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