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Il faut crever les poches de pauvreté
Lors de son accession à l?Indépendance en 1968, le nouveau gouvernement d?alors avait hérité d?une économie très faible. Cependant en moins de deux décennies, le niveau de vie des Mauriciens est devenu l?un des plus élevé d?Afrique.
La croissance traditionnellement tirée par le sucre et le textile s?est diversifiée au cours des années 90 dans les services financiers, les nouvelles technologies de l?information et des télécommunications et plus récemment les services commerciaux.
?L?économie mauricienne est l?une des plus compétitives puisqu?elle se classe au premier rang en Afrique et au 23e rang mondial pour l?environnement d?affaires. Grâce à ses bonnes performances économiques, Maurice est devenu un pays à revenu intermédiaire avec un revenu annuel par habitant d?environ 5 000 dollars américains, qui se classe selon l?indice du développement humain en 2005 en 65e position à l?échelle mondiale et à la deuxième place en Afrique après les Seychelles?, confirme l?African Peer Review.
?Maurice doit également ce palmarès économique à ses solides institutions, au bon niveau de son capital humain et à l?accès préférentiel au marché de l?Union européenne (UE) ouvert à ses principales exportations?, mentionne Claudia Wiedey, chef de la délégation de la Commission européenne à Maurice.
Enfin, une politique de contrôle de la population réussie, l?éducation et les soins gratuits dans le cadre de programmes d?ajustement structurel, l?existence d?une classe moyenne et une quantité importante de capitaux au niveau local a également contribué à tirer la croissance vers le haut à 5,4 % en 2006.
Cependant, depuis 2000, Maurice se heurte à de graves difficultés et de nouveaux défis, et ses performances économiques s?en ressentent. Le seul atout comparatif majeur du pays, la main-d??uvre bon marché, est en train de s?effriter rapidement face à la concurrence asiatique (la Chine, le Bangladesh et le Sri Lanka notamment).
Son sucre et ses textiles ne bénéficient plus de l?accès préférentiel aux marchés de l?UE avec le démantèlement de l?accord international multifibre et l?arrivée à terme de l?Accord de Cotonou.
S?il veut résorber le chômage qui flirte avec les 10 %, Maurice doit de toute urgence impulser une diversification de son économie pour réduire son déficit budgétaire persistant et réformer son marché du travail et son système éducatif, avec comme conséquence un accroissement des niveaux de pauvreté. ?Avec la fermeture d?entreprises dans la zone franche d?exportation, de nombreuses femmes notamment ont perdu leur emploi, ce qui a entraîné une féminisation croissante de la pauvreté?, constate la sociologue Sheila Bunwaree. ?La plupart des indicateurs macroéconomiques sont dans le rouge et les taux de croissance ont considérablement diminué. Cette situation est encore aggravée par ce que les gens perçoivent comme une augmentation du niveau de corruption dans le pays?, estime le Transparency Press Release.
Le déclin économique actuel de Maurice devient préoccupant et n?augure rien de bon pour la cohésion sociale, plus particulièrement dans ce contexte de diversité ethnique complexe issue des vagues successives de migration de son histoire. Les opportunités et les perspectives économiques se réduisent en peau de chagrin pour certains secteurs alors que la distribution des droits a fait naître de nouvelles formes de politiques basées sur l?identité et que d?importantes difficultés pour la gouvernance du pays émergent.
Pour Sheila Bunwaree, ?les émeutes de 1999 sont essentiellement attribuées à la frustration et l?aliénation grandissantes de certains segments de la communauté afro-mauricienne?. Maurice doit donc améliorer son image auprès des bailleurs de fonds et attirer de l?aide et d?autres formes d?investissements ou d?accords préférentiels, au moment même où l?économie connaît un déclin pénible.
Selon Barbara Kalima-Phiri du Southern Trust Fund, ?Maurice a pu avancer sur la voie des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Cependant, sur le long terme, le pays devra surmonter des obstacles considérables, entièrement revoir le rôle du secteur public et ouvrir davantage ses marchés s?il veut renouer avec les taux de croissance qu?il a connus dans les années 90 (5 à 6 %) et résorber les poches de pauvreté dans un environnement souffrant de l?insuffisance des créations d?emplois.?
Bien qu?aucun seuil national de pauvreté n?ait été arrêté, on estime que 12 % de la population vivent dans la pauvreté. Cette proportion est bien plus élevée pour Rodrigues où 37,5 % des habitants sont pauvres.
Les pouvoirs publics peuvent obtenir des progrès significatifs dans la lutte contre la pauvreté en favorisant la participation et la cohésion sociales et en procurant une qualité de vie satisfaisante à tous les citoyens. Pour cela, il faut notamment encourager la participation des femmes au processus de décision économique et politique et démocratiser l?économie.
Les mesures spéciales de l?Empowerment Programme, initialement annoncées dans le budget de 2006-2007, affichent cette volonté politique en faveur des populations féminines les plus vulnérables. Avec Rs 5 milliards sur cinq ans, ce programme devrait promouvoir les femmes au travail, libérer des terrains pour les logements sociaux et les petites entreprises et apporter un soutien financier aux petites et moyennes entreprises (PME).
A l?autre bout de l?échelle sociale, l?accès de plus en plus ouvert, quoi qu?encore restreint, des femmes au pouvoir politique signe un certain progrès en ce sens. Maurice a parcouru un chemin considérable en direction des OMD en réalisant des progrès importants dans le secteur social. L?accès universel à l?école primaire y est désormais garanti, gratuit et obligatoire pour les filles comme les garçons. Le taux de mortalité maternelle a reculé et s?établit aujourd?hui à un niveau comparable à celui des pays développés.
Le VIH/sida, quoiqu?en augmentation, ne serait pas aussi alarmant que dans les autres pays d?Afrique. Son taux de prévalence ?n?est que? de 0,8 % à ce jour chez les adultes. Le pays compterait moins de 1 000 femmes de 15 à 49 ans contaminées par le virus.
<B> R. S. </B>
<B> Témoignage du Mouvement international ATD Quart Monde Maurice</B>
Alain Fanchon, travailleur social auprès des enfants défavorisés et représentant local de ce mouvement a aussi assisté aux deux journées de conférence consacrées à la pauvreté.
?Notre présence à cette conférence n?est pas innocente ; elle veut rappeler que l?extrême misère existe dans cette île et que même si elle se concentre dans des poches de pauvreté pas toujours visibles ou dont on détourne le regard, celles-ci doivent être éradiquées.?
Il ne s?agit pas là d?une vague notion, mais hélas d?une réalité concrète, très dure que des centaines de personnes expérimentent chaque jour?
Joseph Wresinski a fondé cette association pour lutter contre la pauvreté et l?exclusion sociale. Aujourd?hui, elle agit dans 30 pays sur cinq continents. Elle associe, dans une démarche de refus de la misère et de partage des savoirs, des familles vivant dans la grande pauvreté et des personnes d?horizons sociaux, culturels, politiques et spirituels divers.
ATD Quart Monde s?investit plus particulièrement dans les thèmes des droits de l?homme, du développement social, de l?enfance, de l?éducation et de la culture. Elle s?est notamment illustrée dans le Forum du Millénaire et elle est concernée par les objectifs de développement du Millénaire à Maurice, d?où sa présence.
?Nous nous préparons activement pour la journée du 17 octobre prochain, qui est la journée de l?élimination de l?extrême pauvreté dans le monde. Ce jour-là, nous exposerons au Caudan, à Port-Louis, les dessins réalisés par enfants de toutes les poches de pauvreté de l?île pour sensibiliser le public, pour que ce jour-là au moins, il n?oublie pas les déshérités de l?île. C?est une grande joie de pouvoir aider ces enfants à réaliser, à travers l?art, les dessins et d?autres activités collectives ludiques, et à prendre part à la société, s?exprimer et communiquer leurs rêves, leurs projets d?avenir, etc.?
QUESTIONS À...
<B> Ram Nookadee membre du MACOSS</B>
● <B> La pauvreté n?est pas la même de par le monde. Qu?en est-il exactement pour Maurice ? </B>
A Maurice, une fraction de plus en plus importante de la population est en souffrance et connaît les affres la pauvreté au quotidien. Ils sont les chômeurs, les exclus de la société, les accidentés de la vie économique, les jeunes qui ont quitté le système éducatif, les enfants des rues et les couples qui n?arrivent pas à joindre les deux bouts malgré deux salaires, etc.
● <B> Quels sont les acteurs qui ?uvrent concrètement pour lutter contre la pauvreté dans l?île ? </B>
Toute la communauté mauricienne est dans le combat. Le gouvernement , les partenaires sociaux, les ONG, les différentes confessions de l?île, le secteur privé, les pays et organisations donataires (notamment l?Europe), le citoyen Landa, etc.
● <B> Les pauvres disent qu?ils se sentent ?mis au rebut? et ?méprisés?. Pensez-vous vraiment que tout est fait pour que leur sort s?améliore ? </B>
Probablement pas tout... Les organisations internationales, régionales et locales sont présentes sur le terrain, mais nous devons davantage travailler en synergie. Les ONG sont ?condamnées? à devenir plus performantes et à mieux se structurer pour que leurs projets soient rapidement validés par les bailleurs de fonds. Elles doivent revisiter leur approche dans un cadre juridique plus approprié qui leur facilite la tâche.
La refonte du dialogue et des structures doit bénéficier à tous, et les efforts doivent émaner de tous les acteurs : le gouvernement, le MACOSS, les ONG, le PNUD, le secteur privé, la société civile, etc. Nous sommes hélas encore trop souvent là à agir en ?satellites isolés?. Il faut changer notre état d?esprit pour que les pauvres n?aient plus le sentiment qu?on les délaisse?
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