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Il est défiguré... mais l?amour a triomphé des menaces

18 novembre 2004, 00:00

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L?on se croirait presque au cinéma. Ou bien en train de vivre un rêve qui vire au cauchemar. Mais tout est réalité, aussi désagréable, aussi directe et aussi douloureuse qu?elle puisse être. Heureusement, les blessures peuvent se panser et l?amour triompher des intimidations. Défiguré à cause d?un oncle trop possessif, Pravin Bhuckory a tout de même épousé la femme de sa vie, nièce d?un ancien conseiller.

Nous sommes en 1997. Un jeune homme tombe follement amoureux d?une jeune fille. Ils filent le parfait amour. Seul hic, l?oncle de la jeune fille aime s?immiscer dans la vie de sa nièce. Cet homme, un puissant de l?époque, est conseiller à la défunte policy unit du Premier ministre d?alors, Navin Ramgoolam. Il se permet de proférer des menaces à l?encontre du jeune homme, qu?il ne trouve ?pas du même niveau? que sa famille.

Ce dernier, Pravin Bhuckory, est de nature enjouée. Sûr de lui, il ne prend pas les menaces de l?oncle au sérieux. ?Gete ki to pou fer?, répond-il même un jour insolemment. C?est exactement ce que fait l?oncle.

Un soir, Pravin décide d?aller prendre un verre avec un ami. Il attend que celui-ci passe le prendre devant son domicile. Une moto vient vers Pravin à vive allure. Là, son univers bascule.

Tout ce que ressent le jeune homme, c?est quelque chose de froid contre son visage suivi d?une coulée de liquide chaud. ?A ce moment, je croyais que c?était un ami qui me jouait un mauvais tour. Je pensais qu?on m?avait cassé un ?uf sur la tête. Jusqu?au moment où j?ai passé ma main sur ma joue pour essuyer le liquide? et j?ai constaté que c?était du sang.?

Effectivement, Pravin n?éprouve aucune douleur. Ce n?est qu?à l?hôpital, lorsqu?on lui fait des points de suture, qu?il comprend l?ampleur de ce qui lui est arrivé. On l?a agressé. La lacération est immonde : de son crâne, au-dessus de son oreille gauche jusqu?à ses lèvres.

Sept ans après, Pravin nous raconte son histoire et nous montre les photos prises à l?époque. On en frisonne encore... Il avait une artère coupée. Sa femme, assise à côté de lui, ne peut cacher son émotion. C?est pour l?épouser qu?il a lutté. Sa mère hoche la tête. Difficile d?oublier ce calvaire.

Piégé

Remontons dans le temps. Pravin porte plainte. Quand les policiers lui demandent s?il a des soupçons, il répond ?Oui?. Il leur raconte comment il a été menacé par l?oncle de sa petite amie.

L?histoire fait du bruit à l?époque. Certains journaux en font état, à tel point que l?affaire est soulevée au Parlement par le leader de l?opposition d?alors, Paul Bérenger.

Coup de théâtre. L?oncle qui s?amusait à raconter que ?gouvernman dan nou lamin? est à son tour agressé. Il dépose une plainte contre Pravin, accusant ce dernier de l?avoir agressé.

Ce dernier, appréhendé sur son lieu de travail, est emmené au poste de police de Ph?nix où il subit un interrogatoire. La police le met devant le fait accompli. A la demande du conseiller du Premier ministre, qui a affirmé recevoir des appels anonymes, son téléphone est mis sur écoute.

La police a enregistré un appel provenant de la maison des Bhuckory. Un homme menaçait de faire battre le conseiller en question. Pravin sait très bien qu?il a été piégé, bien qu?il ne sache pas trop pourquoi et comment. ?Je me souviens avoir entendu les policiers dire ?tir lase soulie?. Je savais que cela voulait dire qu?ils allaient me garder?, raconte Pravin.

Il passe trois jours en cellule policière. Une charge provisoire d?assault est retenue contre lui. Jusqu?au jour où le magistrat décide de rayer l?affaire, puisqu?il n?y a pas assez de preuves contre Pravin Bhuckory.

Depuis, plus d?appels menaçants, plus de contacts avec l?oncle. Pravin réintègre son travail dont il avait été suspendu quand des charges pesaient sur lui. Il finit par épouser l?amour de sa vie. Cela fait six ans que le couple est marié. Six ans qu?ils sont heureux et qu?ils essayent de mettre derrière eux les malheureux épisodes du passé.

Jusqu?à ce que ce passé décide de les rattraper. Par la voix d?Antoine Chetty, l?ancien bras droit du notaire Vinay Deelchand. Car c?est lui qui conduisait la moto qui transportait l?agresseur de Pravin ce jour fatidique. C?est son complice Vythilingum qui aurait commis l?acte commandité par l?oncle en question. C?est ce qu?a révélé Antoine Chetty à la police lundi.

L?histoire est à dormir debout. Elle n?est pas belle. Très prévenant envers sa nièce, le conseiller était décidé à tout faire pour que les tourtereaux se séparent. A priori, il voulait envoyer Pravin en prison pour de longues années.

C?est ainsi qu?il aurait demandé à Chetty de faire placer du gandia dans la voiture de Pravin et d?alerter la police. Un plan qui aurait échoué. C?est à ce moment-là qu?il aurait décidé de faire agresser le jeune homme : ?Koup koup so figir lerla mo nies pou oblize kit li? auraient été ses instructions à Antoine Chetty. Quand l?histoire commence à faire du bruit, le membre de la défunte policy unit aurait demandé à Vythilingum de lui lacérer l?estomac et les bras. Ainsi ?agressé?, l?oncle se présente à la police et accuse Pravin.

On peut deviner où le conseiller et Chetty se sont rencontrés : Vinay Deelchand aurait arrangé leur rencontre, qui se serait tenue dans son bureau.

La femme de Pravin est effondrée. ?Mon mari avait des doutes. Il pensait que c?était mon oncle mais je ne voulais pas y croire.? Pravin aussi ne s?attendait pas à une confirmation aussi catégorique de ses soupçons. ?Tout cela tombe du ciel. Je croyais que cette affaire avait été classée et que nous ne saurions jamais qui était derrière cette histoire sordide.?

?Presque pitié?

Est-il en colère ? ?Non, j?ai presque pitié de lui?, répond ce jeune homme serein. Comment réagit-il en apprenant que celui qui lui a fait tant de mal, ainsi qu?à sa famille, pourrait être appréhendé ? Silence? ?Disons que c?est ce qui aurait dû se passer il y a sept ans. Si la police avait fait son travail correctement au lieu de se laisser influencer par les tout-puissants. Mais au moins on va savoir maintenant que je disais vrai.?

Il a eu les mots justes, Pravin. La police est en train de faire ce qu?elle aurait dû faire à l?époque. Une question s?impose d?elle-même : combien d?histoires semblables à celle-là se passent dans la plus grande impunité ?

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