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IL AVALE DES SACHETS D?HÉROÏNE

12 juillet 2003, 20:00

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Un trafiquant de 11 ans prénommé Christophe...

Il a le réflexe des grands. En voyant surgir des policiers dans sa maison : Christophe, 11 ans, a englouti mardi treize sachets d?héroïne. Il voulait ainsi protéger ses parents, Marcellino et Noëlla. Depuis, il refuse toute collaboration avec la police. Pire, il leur fait du chantage. « Je ne restituerai pas les sachets si on ne me laisse pas parler à mes parents. » Dans la salle 12 de l?hôpital de Candos, Christophe est devenu le centre d?attraction. Sur son lit, placé au fond de la salle, il regarde la télé. A ses côtés, deux policiers qui prennent leur mal en patience.

« Depuis mardi ki li là, Christophe pas fine alle toilettes. Banne la police pe attane ki li rende banne sachets héroïne-là. Li pas lé cause di tout are zot. » Les conversations allaient bon train dans la salle 12, ce jeudi après-midi.

Vêtu d?un T-Shirt noir et d?un jogging bleu, Christophe nous regarde droit dans les yeux. Il dévisage tous ceux qui s?approchent de lui d?une manière impertinente, voire insolente. Mais dès qu?on le met en confiance ? c?est-à-dire en évitant de lui demander ce qui s?est passé ce mardi à l?aube chez lui ? il change de ton. Il demande des nouvelles de ses parents, enfermés pour trafic de drogue et possession d?objets volés. Il demande aussi des bonbons, des jouets.

Depuis quatre ans, Christophe ne va plus à l?école. Il passe ses journées dans une maison délabrée à Cité La Brasserie, où vont et viennent un tas de personnes, le jour comme la nuit.

Son père Marcellino, 35 ans, n?a pas un emploi fixe. Dans le voisinage, on le voit souvent sortir avec un bleu de travail. Mais nul ne sait où il va. Par contre, on sait qu?il a déjà été arrêté pour divers larcins.

Sa mère Noëlla, elle, sort surtout à la tombée de la nuit. On la voit souvent aux abords de la gare Ian Palach et du casino. D?ailleurs, c?est ainsi que tout a commencé vers minuit lundi.

Noëlla, qui est en compagnie d?un homme, remarque trois jeunes dans un restaurant à Curepipe. Ces derniers reviennent du casino et sont trop contents de leur gain. Ils se félicitent haut et fort. Et prennent quelques verres pour festoyer.

« Vous n?allez pas le regretter... »

A un certain moment, Noëlla s?approche d?eux. Elle leur propose une partie de jambes en l?air contre paiement. Les trois jeunes (deux frères et un cousin, tous habitant Nouvelle-Franche) refusent poliment. Noëlla revient à la charge, soutenue cette fois par son accompagnateur. « Il y a d?autres femmes encore. Vous n?allez pas le regretter...»

Grisés, l?esprit festif, les trois jeunes se laissent tenter. Ils suivent les deux dans un taxi qui les emmène au coeur de Cité La Brasserie. Il est aux alentours de deux heures du matin. Le taxi s?arrête devant une maison obscure. Il y a quelques bougies allumées, pas d?électricité.

A l?intérieur, les trois jeunes découvrent un garçon allongé sur un canapé. C?est Christophe. Sa mère monte à l?étage où se trouvaient son père et d?autres amis. Le temps passe, les trois jeunes s?impatientent.

Soudain apparaît un homme, un canif à la main, qui leur intime l?ordre de leur remettre tout leur argent. Les trois jeunes arrivent à le bousculer et prennent la fuite. Entre-temps, Noëlla, suivie de cinq hommes, descend et les prend en chasse.

En territoire connu, ils rattrapent les jeunes un peu plus loin. Ces derniers sont contraints de vider leurs poches. Ils laissent un peu plus de Rs 15 000 et un portable à leurs agresseurs.

Un peu plus tard, les trois jeunes débarquent au poste de police de Curepipe et racontent leur mésaventure. Une équipe de CID décide d?aller immédiatement sur place. Et c?est ainsi qu?ils débarquent à l?improviste chez les parents de Christophe.

Celui-ci en voyant les policiers n?a pas le temps de donner l?alerte. Par contre, il avale un sac en plastique. Tous les occupants de sa maison sont arrêtés. Christophe, lui, est toujours à l?hôpital. Il a restitué une bonne partie des sachets d?héroïne ; malgré sa ténacité, il n?a rien pu contre les laxatifs.

Mais qu?à cela ne tienne, il ne pipera pas mot. Les policiers ont compris : Christophe ne racontera rien susceptible de jouer contre ses parents. Même si on l?envoie dans un centre de redressement. Pour lui, ce n?est pas un jeu, c?est tout simplement son quotidien...

Nad SIVARAMEN

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