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Idiote ranc?ur

3 mars 2007, 00:00

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par Ariane CAVALOT-DE L?ESTRAC

Sous l?apparence de redresseur de torts, la député Deerpalsing vomit sur le secteur privé avec une hostilité irrationnelle. Elle utilise à son égard des termes outranciers. Dans une récente interview déjà, elle se moquait de ces «big guys», qu?aucun jeune ne rêve d?émuler, qui sont à l?origine de la corruption dans le pays, qui tiennent leur fortune de privilèges non mérités, qui n?ont aucun sens du risque, méprisant ouvertement ces gens dont «le principal handicap» est de ne pas savoir administrer une entreprise profitable. Elle annonçait la fin de leurs privilèges, nous transportant momentanément au Zimbabwe.

Dans le débat sur le sucre, la tirade anti-secteur privé a été un degré plus loin. En opposant ceux qui «eat caviar» en ces temps durs à ceux qui sont jetés des «caro cannes» ? des termes aux connotations culturelles sans ambiguïté ? elle prend le risque de légitimer des craintes qu?il faudrait au contraire apaiser, au lieu de pousser à la haine de l?autre. Allant jusqu?à oublier ses fonctions de députée de la République, désignée pour servir l?ensemble de la nation, elle écrit dans un document officiel pour plaider la cause des planteurs : «We should not forget how most of us got to where we are today»?

On excuse trop facilement ces critiques en évoquant «la passion, l?émotion» attachée à la terre. Cet argument ne tient pas dans le débat sur le «SIE Act». Précisément parce que les rédacteurs ont été si sensibles à ce «caractère émotionnel» qu?ils ont conçu un plan social adapté en conséquence, en faisant du laboureur un propriétaire foncier. Cette concession est symboliquement très forte et psychologiquement très habile. Les cris contre l?injustice du plan stratégique étaient exagérés, les propos trop violents pour ne pas être perçus comme une occasion de donner libre cours à un ressentiment, à une vieille ranc?ur.

Ce ressentiment est omniprésent dans le régime Ramgoolam. Depuis son arrivée, il a mis un point d?honneur à montrer qu?il ne soutient pas le «grand capital». De cette ranc?ur est né un jeu de pouvoir qui a pris diverses formes. Il consiste à faire sentir que le pouvoir économique est soumis au pouvoir politique, par exemple en cassant certains monopoles ou en justifiant un injustifiable contrôle des prix. Il peut être un refus d?inviter la participation du privé ? quémander est un geste dégradant. Il consiste à faire obstacle à tout projet jugé trop «favorable» à l?élite économique. Et dans le débat sur le sucre, il a débordé, allant jusqu?au dédain déclaré, à l?incitation à la haine?

Il faut que cela cesse. Ce n?est pas en cultivant, en prêchant la haine que l?on va changer la concentration des ressources nationales entre les mains d?une minorité. Au contraire. C?est de ceux qui détiennent le capital que pourraient venir les opportunités économiques qui révéleront d?autres «riches». C?est par les moyens, les cadres, l?esprit dont disposent les entrepreneurs d?hier, que d?autres entrepreneurs pourraient naître. C?est par la négociation, le dialogue, non l?arrogance.

Notre économie est suffisamment mal en point pour lui ajouter une nouvelle nuisance, le refus de nos dirigeants à gérer l?héritage émotionnel de leurs aïeux. Il faut se montrer responsables. La Banque mondiale ne pourra pas nous aider sur ce plan. Elle ne dispose pas de branche «Psychanalyse».

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