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Icac revisited

10 septembre 2005, 20:00

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Enfin ! Le nouveau gouvernement a décidé en amendant le Prevention of Corruption Act (Poca) de s?attaquer à une situation inacceptable. En effet, la lutte contre la corruption a été pervertie par l?Icac et par un blocage institutionnel dû au dysfonctionnement de l?Appointments Committee qui n?a que trop duré. Tout cela a laissé se développer un sentiment de peur, « d?angoisse », d?impuissance et de révolte.

La corruption est un fléau social qui demande à être combattu avec vigueur, conviction et méthode. Ce combat est autant une exigence éthique qu?un impératif économique car la corruption gangrène le corps social, nuit au développement socio-économique et bafoue les valeurs démocratiques. La lutte contre la fraude et la corruption figure parmi les préoccupations prioritaires de la population. Ici comme dans d?autres pays, l?efficacité de la lutte contre la corruption bute, entre autres, sur la réelle volonté des dirigeants politiques de s?attaquer à ce fléau. Et ce, pour des raisons que l?on peut imaginer?

On connaît les raisons qui ont présidé au démantèlement en quatrième vitesse de l?Eco. L?Icac, qui est venue remplacer l?Eco, s?est vite retrouvée au centre d?un jeu de rapport de forces entre les composantes de l?alliance MSM-MMM, avec pour conséquence un blocage total des instances de supervision et de contrôle. Les commissaires ont profité de cette situation pour faire de l?Icac un État dans un État. On a dû attendre un changement de gouvernement pour arrêter cette dangereuse dérive. L?Icac a aussi été une faillite totale. En trois ans, l?institution a englouti Rs 235 millions avec un taux de réussite (?) de moins de 0,3 % (trois cas poursuivis pour 1 176 enquêtes entamées). Le Poca, qui se voulait être une « législation modèle dans le monde » dans ce domaine, n?a pas intégré certaines réalités et spécificités pour gagner en efficacité. Le fonctionnement interne pervers des opérations et initiatives motivées uniquement par la recherche du sensationnalisme médiatique bafouant les principes élémentaires de justice, et des droits de la personne sont autant de manifestations de l?incompétence et de l?irresponsabilité de ses commissaires. L?Icac est vite devenue un « monstre » incontrôlable avec un hidden agenda dangereux. Souffrant de mégalomanie, ses responsables ont voulu surfer sur un populisme ambiant, avec pour toile de fond, un climat délétère pour effectuer des règlements de comptes idéologiques et historiques. On a eu droit à un jeu de massacre qui a non seulement tenu de nombreuses institutions en otages, mais a aussi largement contribué au blocage de l?économie nationale.

L?économie mauricienne va très mal et la priorité des priorités est la relance de l?investissement privé. Maurice a pris du retard sur le front économique en raison de plusieurs facteurs, dont un jeu politique « pouvoiriste » et une sur-réglementation au nom de la bonne gouvernance. En jouant sur la confusion, en pratiquant l?amalgame et la généralisation abusive, l?Icac a largement contribué, avec d?autres, à créer un climat où les chefs d?entreprise sont perçus d?abord comme des fraudeurs, corrupteurs et/ou corrompus. Et ce, à un moment où le pays avait un pressant besoin de projets, de nouvelles entreprises et d?entrepreneurs. Pour relancer l?investissement, la confiance est capitale. L?Icac revisited ne doit plus être l?institution qui torpille tous les efforts qui seront faits par d?autres pour faire revenir la confiance.

La disparition de l?Appointements Committee est logique. De même que celle des comités internes qui ont servi de caution à tous les dysfonctionnements et dérives de l?institution. Au-delà des amendements, il incombera au futur directeur général de tout mettre en ?uvre pour crédibiliser l?institution dans sa mission première. Le PM a, avec raison, renvoyé les débats sur les amendements pour approfondir l?aspect touchant les qualifications du prochain patron de l?Icac. Ce dernier doit évidemment posséder certaines compétences techniques. Une forte dose de sagesse, une capacité de voir le big picture, un sens poussé du devoir et de la responsabilité, et une intégrité sans faille sont d?autres qualités exigées.

Pour être crédible, l?Icac revisited doit être perçue comme étant véritablement indépendante. Le prochain directeur aura un énorme défi à relever vu le bilan catastrophique dont il héritera. Il lui faudra crédibiliser la lutte contre la corruption sans détruire la confiance, vitale pour la relance économique. En somme, il s?agit de ne pas corrompre la confiance !

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