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Hurnam reconduit en cellule policière
Suspense à la Hitchcock hier à la Bail and Remand Court (BRC) lors de la comparution de l?avocat-parlementaire Dev Hurnam devant le Senior District Magistrate Lutchmeeparsad Aujayeb. C?est un véritable thriller qu?ont vécu Dev Hurnam et ses nombreux sympathisants présents dans la salle d?audience.
Libéré sous caution à midi, le prévenu est reconduit en cellule policière quelques heures après. Le magistrat lui avait ordonné de fournir deux cautions de Rs 50 000 chacune et une reconnaissance de dettes de Rs 100 000, pour obtenir la liberté provisoire.
Mais le Directeur des poursuites publiques (DPP) ne l?entend pas de cette oreille. Il réclame et obtient une suspension de la décision du magistrat Aujayeb en attendant que l?affaire soit tranchée par la Cour suprême.
«Si ce n?est pas de la persécution, qu?est-ce que c?est? », lance rageur Dev Hurnam. L?avocat est accusé provisoirement d?avoir comploté d?agresser physiquement le Senior Puisne Judge Bernard Sik Yuen et pour assassiner l?inspecteur Hemandass Ghoorah et un autre officier de police.
Ces allégations ont été faites par Antoine Chetty, le chauffeur-garde du corps du notaire Vinay Deelchand, arrêté pour trafic de d?héroïne. D?ailleurs 825g de cette drogue seront retrouvés à son domicile. A la suite de ces déclarations de Chetty, Dev Hurnam est interpellé vendredi dernier.
Hier à la BRC, la joie affichée par le dans le camp Hurnam à la mi-journée après que le magistrat a accédé à la motion de l?accusé a cédé la place à une vive déception après le renversement de situation en début d?après midi.
Tôt dans la matinée, les sympathisants de l?avocat-parlementaire, hommes et femmes confondus, s?étaient regroupés devant le tribunal pour prendre connaissance de la décision du magistrat Aujaheb.
Tous se bousculent pour obtenir une place dans la salle d?audience. Il est alors 10 h 50. On attend Dev Hurnam.
Les avocats du Parquet, Me Madhub, Me Yvon Jean Louis et Me Purnima Dhunputh, State Counsels, sont présents. Me Viren Ramchurn, Me Nandraj Patten et Me Sanjeev Teeluckdharry représentants de la défense sont également là. Ils paraissent crispés.
Les commentaires vont bon train dans la salle : «Hurnam pou vini, ou li pas pou vini. Eski li encore malade», entend-on. «To croire li pou gagne caution», demande une dame à son voisin.
C?est vers 11 h 40 que Dev Hurnam fait son apparition. Il est accompagné d?une douzaine de tireurs d?élite de la police. Il paraît détendu et jovial. Il salue ses avocats et se dirige vers le prétoire. De la main, il salue ses sympathisants. L?avocat-parlementaire s?efforce de garder le sourire.
Cinq minutes plus tard, l?huissier de service, Ravin Aubeeluck, annonce l?arrivée du magistrat. Tout le monde se met debout et la séance débute.Le magistrat : «Me Hurnam, how are you?»Dev Hurnam : «I discharge myself against medical advice.»
L?auditoire est suspendu aux lèvres du magistrat. C?est dans un silence religieux que, quinze minutes durant, il donne lecture de sa décision. Dev Hurnam écoute attentivement dans le box des accusés.
Dans son Ruling, le magistrat rappelle que la police a avancé trois raisons principales pour justifier son objection à la motion de Dev Hurnam.
«Il ne fait de doute, dit-il, que l?accusé répond provisoirement de deux délits graves which carries heavy penalty», selon les dispositions de la loi.
La nature du témoignage dont disposent les enquêteurs semble provenir d?un complice, souligne le magistrat. Il rappelle que, selon le témoignage de l?assistant surintendant de police Pierre Murugan, Me Ashley Hurhangee est un proche d?Anju Lallah, la concubine d?Antoine Chetty. Cette dernière avait été arrêtée en compagnie du chauffeur-garde du corps pour trafic de drogue.
Simple Appréhension Des Enquêteurs
Le magistrat note également que Dev Hurnam a complété ses dépositions mais que l?enquête le concernant n?a pas été bouclée. « L?objection de la police, selon laquelle l?accusé influencera les témoins potentiels n?est qu?une mere apprehension des enquêteurs», indique-t-il.
Après une analyse des faits au dossier, le magistrat dit ne pas comprendre comment la libération éventuelle ou la détention prolongée de l?accusé «may have any bearing on the further conduct» de l?enquête. Il ajoute que le témoignage d?un complice doit être traité «with utmost caution». La présomption d?innocence devrait donc peser lourdement en faveur de l?avocat-député.
Lutchmeeparsad Aujayeb accepte en conséquent de libérer l?accusé sous caution. Dev Hurnam devra fournir deux cautions de Rs 50 000 chacune et une reconnaissance de dettes de Rs 100 000. Il devra également être à la disposition des enquêteurs et devra se présenter au bureau de l?Adsu tous les lundis entre 8 et 18 heures.
Il est 11 h 58. Le magistrat se retire. Dev Hurnam se lève. Il regarde en direction de ses sympathisants, un sourire aux lèvres. Il pousse un ouf de soulagement. Dans la salle d?audience, c?est l?explosion de joie. Les sympathisants veulent lui serrer la main ou l?embrasser mais ils se heurtent au dispositif de securité.
L?accusé est aussitôt conduit dans un autre bureau pour remplir les formalités d?usage relatives à sa libération.
La foule attend toujours dans l?enceinte du tribunal. Une dame, visiblement heureuse, confie : «Avans zot. Kan Dev sorti, li bizin trouve ki mo fin vini guette li.» Mais Dev Hurnam ne sortira pas...
Quinze minutes plus tard, on aperçoit Me Teeluckdharry qui sort en courant du tribunal. Renseignements pris, l?avocat de la défense se rend à toute vitesse à l?étude de Me Désiré Basset,
Senior Counsel et Leading Counsel de Dev Hurnam, pour l?informer que le DPP compte faire appel contre le Ruling et réclame une suspension de la décision (stay of execution).
Me Bobby Madhub retourne vite au tribunal et se dirige vers le bureau du magistrat. Ce n?est qu?après qu?on saura qu?il a informé ce dernier de la démarche du DPP. Dans la salle d?audience, Me Madhub informe son collègue Me Ramchurn : «We shall go to the Supreme Court.»
Entre-temps les sympathisants de Dev Hurnam ont eu vent de l?appel du DPP. Il y a de nouveau foule dans le tribunal.
12 h 47, Dev Hurnam refait son apparition. « Si ce n?est pas de la persécution, qu?est-ce que c?est ? Après Gaëtan, c?est moi. C?est une injustice faite contre moi», fulmine-t-il.
Un de ses sympathisants répond : «Pas per, mo pou prie Bon Dieu pour ou.» Dev Hurnam prend place à la troisième rangée, aux côtés du surintendant Appadoo. «Guett li pe trap mo la main. Non moi ki pe trap so la main», lance-t-il dans un éclat de rire.
Décision Suspendue
C?est vers 12 h48 que Me Madhub présente sa motion. ll dit avoir informé le magistrat en Chambre, quinze minutes après son Ruling que le DPP va interjeter appel. Me Madhub soutient avoir reçu du DPP des instructions pour présenter une motion de Stay of execution de la décision rendue plus tôt par le magistrat. Il cite l?article 4 (4) (b) du Bail Act pour soutenir la motion.
En l?absence de Me Basset, c?est Me Ramchurn qui donne la réplique à son confère du parquet. La défense objecte à la motion étant donné qu?elle n?a pas été soulevée immédiatement après le Ruling du magistrat. Il explique que les formalités d?usage pour la libération de son client ont déjà été entamées et qu?il ne reste plus qu?à obtenir la signature des garants. Et ce n?est que maintenant que le parquet présente une telle motion. Il demande en conséquence au magistrat Aujayeb de disregard cette requête.
Vers 12 h 55, Me Désiré Basset arrive au tribunal. Il s?adresse à la cour. Il argue que lorsqu?un suspect présente une motion de remise en liberté sous caution, il tombe sous le contrôle du judiciaire et que le judiciaire a le pouvoir de relâcher un suspect. «One cannot make a mockery of our judiciary and the Constitution by subjecting the decision of the judiciary to the control of the executive», souligne-t-il.
Le magistrat, ajoute l?avocat de la défense, est en train d?administrer la justice comme un membre du judiciaire. S?il accède à la demande du DPP pour suspendre sa décision, «ce serait un jour triste pour la démocratie et la loi car le judiciaire est « surrendered to the executive».
Me Basset suggère donc que cette affaire soit référée à la Cour suprême étant donné qu?elle concerne la Constitution. Puis la séance est levée pour permettre au magistrat de prononcer sa décision.
Quelques minutes après, le Ruling tombe : le magistrat accède à la motion du DPP en suspendant sa décision de relâcher sous caution Dev Hurnam. Il restera en cellule jusqu?au 29 avril.
Les sympathisants de l?avocat-parlementaire restent de marbre. La déception et la colère se lisent sur leur visage.
Douce Hurnam, le petit frère de l?avocat, faisait partie de la petie foule venue le saluer. «Nous sommes en train de souffrir. Ce sont des moments très durs pour la famille. Notre mère peut à peine fermer les yeux le soir quand elle voit ce qu?est en train de subir son fils. Se enn dominer ki zot pe fer avek li», s?est-il lamenté.
Du tribunal, Dev Hurnam a été conduit directement aux soins intensifs du centre de cardiologie de l?hôpital du Nord. Il avait été admis en observation depuis mardi pour des problèmes de tension artérielle. Il a subi hier une angiographie et subira aujourd?hui une angioplastie.
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