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Humain sans frontières

2 mars 2008, 20:00

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Il est content de nous recevoir. Cet entretien, dit-il, sera une façon pour lui de «retrouver mes souvenirs. J?en ai besoin». Avec tout ce qu?il a vu en 70 ans, il pourrait écrire une autobiographie. Mais d?autobiographie, il n?écrira point. Parce que «tout le monde le fait, et ça emmerde tout le monde de la lire.» Il rit.

A la Pharmacie Nouvelle à Pailles où il nous accueille, il gesticule un peu dans son fauteuil de cadre. Avoue : «J?ai un fauteuil qui me rend mal à l?aise.» Parce qu?il aime la simplicité. Se réjouit de choses simples. «Un petit merci. Un sourire d?enfant.» Celui de Romana, par exemple. Romana, c?est une petite fille qu?il a trouvée dans ce qu?il appelle le camp de la mort des enfants en Roumanie. C?était une petite fille abandonnée à la naissance dans un orphelinat à Satu-Mare, dans le nord-ouest de la Roumanie. «Elle avait des yeux bleus, les cheveux en bataille. Je l?ai prise dans mes bras.» Neuf mois après, il est revenu pour l?emmener définitivement avec lui. L?a adoptée. L?a rebaptisée Marion. A ainsi donné une s?ur à sa fille, Christylle et son fils Steve. «Marion a 21 ans aujourd?hui. Elle est à l?université.»

«Vous vous rendez compte qu?il y a plus de 900 hémodia- lysés à Maurice. C?est plus que dans le Languedoc Roussillon !»

Depuis 1983, le Dr Bouloux revient régulièrement à Maurice pour aider les Mauriciens. C?est en 1938 qu?il est né. C?était à Curepipe d?une famille de douze enfants. Cet homme pour qui «rien n?est aussi important que l?amitié» est chaque fois heureux de retrouver son pays natal. «A chaque coin de rue, j?ai rencontré un copain, un vieil ami, un souvenir. Sous chaque pierre que je soulève, je retrouve un bout de moi-même», raconte-t-il. Parmi ces bouts de lui-même, il y a le premier poste de dialyse à Maurice à l?hôpital SSRN de Pamplemousses. Un poste qu?il a créé avec sa femme Chantal, néphrologue. A l?université de Maurice, il vient d?être fait Honorary Fellow. Titre qui lui a été décerné pour sa contribution dans le programme de médecine et de pharmacie de l?université de Maurice. C?était lundi dernier.

Consultant à la Pharmacie Nouvelle, il a aidé à mettre en place un programme pour dépister les signes précurseurs du diabète, de l?hypertension et de l?obésité chez les employés de la Pharmacie Nouvelle. Une fois par an, les employés auront leur bilan de santé. Avec l?accord du ministère de la Santé, il aimerait promouvoir ce programme dans toutes les entreprises de Maurice. «Vous vous rendez compte qu?il y a plus de 900 hémodialysés à Maurice. C?est plus que dans le Languedoc Roussillon !» La Pharmacie Nouvelle travaille également à mettre en place des défibrillateurs cardiaques dans toute l?île.

Faisons un bond dans le passé. Après ses études au collège Royal de Curepipe, il part en Angleterre. Il intègre la Royal Air Force en tant qu?espion. Pendant cinq années, il espionne les avions russes de l?autre côté du Caucase. Mais il a envie de concrétiser son rêve de toujours: faire de la médecine. Il entre alors à l?université de Montpellier. Puis à Toulouse.

A partir de sa quatrième année de médecine, il est nommé au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) comme attaché de recherche. Il y travaille au laboratoire d?hématologie comparée. L?hématologie est une branche de la médecine qui étudie le sang et ses maladies. Un poste qui va lui permettre de voyager à travers le monde pour étudier et comparer le sang humain venant de partout. «Il n?y a pas de races dans ma vie. Mais il y a quand même des phénomènes adaptatifs.» Il explique : «Un Kenyan est plutôt grand et mince. De sorte qu?il y ait une plus grande surface pour qu?il puisse perdre de la chaleur. Parce qu?il fait chaud dans son pays. Quelqu?un d?Alaska est trapu, court sur jambes, pour qu?il y ait moins d?espace pour refroidir son corps?», raconte-t-il avec passion. Une passion qui l?aidera plus tard à devenir chargé de recherche et lauréat de la faculté de médecine de Toulouse en 1969 et lauréat du CNRS en 1973. Il a passé dix années à ce poste. «Pas parce que je suis un illuminé. Mais parce que j?adore ça.»

Il travaille ensuite comme médecin généraliste à Toulouse jusqu?en 1979, où il devient médecin sans frontières. Une fonction où il se fait plaisir. «Je suis un vagabond. Celui qui se fait plaisir est un vagabond», résume-t-il.

Retour dans le présent. Thème choisi: la nanomédecine. «L?avenir de la médecine, il est là», affirme-t-il. La nanomédecine est une branche de la nanotechnologie où des nanoparticules sont programmées pour atteindre directement les cellules malades. «Il y a donc moins de toxicité. La thérapeutique de demain va passer par les nanoparticules. Nous avons beaucoup travaillé là-dessus.»

Comment le faire, comment l?utiliser, il en discute avec Odile Lim Tung et Dhanjay Jhurry, respectivement de la faculté de droit et celle des sciences de l?université de Maurice. «Nous pourrons être les premiers au monde à prévoir un cadre juridique en ce qui concerne l?utilisation des nano-particules», déclare-t-il avec optimisme. Cela pourrait lui faire obtenir une autre récompense. Encore une autre !

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