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Huit ans de prison requis contre Berlusconi
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Huit ans de prison requis contre Berlusconi
Huit ans de prison ont été requis contre Silvio Berlusconi, le 12 novembre à Milan, dans le cadre d?un procès pour corruption de magistrats. À l?issue d?un sévère réquisitoire de plus de sept heures, la procureure Ilda Boccassini a refusé les circonstances atténuantes au chef du gouvernement italien en raison de « l?inouïe gravité du délit ».
L?accusation reproche à « l?entrepreneur Berlusconi » d?avoir, à travers sa holding, la Fininvest, « rétribué des magistrats de Rome afin qu?ils mettent leurs fonctions au service de son groupe ». Absent à l?audience, M. Berlusconi risque également une interdiction à vie d?exercer une charge publique. Le jugement devrait intervenir à partir du 3 décembre, après les plaidoiries des avocats du président du conseil, pour lesquels « le procureur n?a rien prouvé ». « Nous avons assisté à sept heures de bavardage inutile », a commenté l?un d?eux, Me Niccolo Ghedini.
<B>Une loi baptisée « Sauve Berlusconi » </B>
Ouvert en 2000, ce procès-fleuve concerne une affaire remontant à 1986, quand une décision de justice déclenchée par le groupe de Silvio Berlusconi avait bloqué la vente de la société d?agroalimentaire semi-publique SME au groupe CIR (Buitoni) de l?homme d?affaires Carlo De Benedetti. La corruption de magistrats pour obtenir une telle décision n?a pu être prouvée, mais l?enquête a révélé un système de corruption plus large au sein du tribunal romain.
L?ancien avocat du groupe Berlusconi, Cesare Previti, 69 ans, ami de longue date du Cavaliere, dont il fut le ministre de la défense en 1994, a été condamné à cinq ans de réclusion, en novembre 2003, par ce même tribunal de Milan, pour avoir « durablement rétribué, pour le compte de la Fininvest », le juge Renato Squillante, à l?époque chef des juges d?enquête à Rome. Le jugement s?appuyait sur le mouvement, en 1991, d?une somme de 434 000 dollars depuis un compte de la Fininvest, via celui de M. Previti jusqu?à celui du juge Squillante. Le tout sur des banques suisses.
Poursuivi dans la même affaire, le président du conseil italien avait vu son cas dissocié de ses coinculpés, fin mai 2003, quand les magistrats ont constaté que ses obligations politiques l?empêchaient de se rendre aux convocations. M. Berlusconi ne s?était présenté qu?une seule fois dans le prétoire milanais pour une audience houleuse fortement médiatisée. Puis, à partir de juin 2003, il avait bénéficié d?une loi, votée en urgence par sa majorité, qui accordait l?immunité aux cinq plus hauts personnages de l?État pendant la durée de leur mandat. Ce texte, baptisé « Sauve Berlusconi », a été invalidé par la Cour constitutionnelle le 15 janvier.
Si le procès concerne une période où Silvio Berlusconi n?était qu?un chef d?entreprise, le procureur Boccassini n?a pas hésité à souligner les responsabilités actuelles de l?accusé : « Il s?est présenté comme le garant de tous les citoyens italiens, mais c?est quelqu?un qui ment au peuple italien. » La défense y voit la preuve d?un procès politisé : « Evidemment, sa position politique joue un rôle », a commenté Me Gaetano Pecorella. « Il ne m?est jamais arrivé de voir demander le maximum de la peine prévue pour une personne accusée de corruption simple », devait-il poursuivre. Pour Gianfranco Fini, vice-président du conseil italien, la dureté du réquisitoire est « une nouvelle manifestation de l?acharnement judiciaire qui a caractérisé tout le procès ».
<B>@ 2 004 Le Monde ?
Jean-Jacques Bozonnet
Distribué par The New York
Times Syndicate</B>
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