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Hosni Moubarak réélu en égypte

9 septembre 2005, 20:00

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Selon les provinces, le président sortant, au pouvoir depuis un quart de siècle, obtiendrait des scores compris entre 69 et 98 % des suffrages exprimés. D?après le quotidien al-Akhbar, il aurait remporté 82% des voix au Caire. Le scrutin de mercredi était la première élection présidentielle pluraliste en Egypte. Le libéral Ayman Nour, le candidat du parti Ghad (Demain), arrive en deuxième position.

Selon al-Ahram, son score varie entre 1 % dans la province d?Assouan (sud) et 20 % à Bouheira, dans le delta du Nil. Les chiffres recueillis par ces journaux suggèrent une participation en baisse par rapport aux mobilisations électorales annoncées par le passé par les autorités. Dans certains endroits, moins de 20 % des inscrits se sont déplacés. En 1999, lorsque Moubarak avait été élu par plébiscite pour son quatrième mandat à la tête du pays, le taux de participation était officiellement de 79 %.

S?il est un candidat que les Egyptiens ont «découvert» lors de la campagne pour l?élection présidentielle, qui se tenait mercredi 7 septembre, c?est Hosni Moubarak. Leur vieux raïs de 77 ans, que l?on disait malade, est apparu plus jeune, arborant un style nouveau, plus décontracté. Bref, il a semblé différent. Celui, dont les vingt-quatre années de pouvoir sont en général qualifiées d?«ère de la stabilité» ou de stagnation en politique intérieure, s?est lui-même présenté, dans ses discours, comme «l?homme du changement et des réformes» .

Emmad Eddine Adib est l?intervieweur fétiche du président. Les deux hommes se connaissent depuis presque trente ans. Pour ce journaliste, la personnalité de Moubarak s?explique en grande partie par son enfance et ses premiers pas dans la vie adulte. Moubarak est né le 4 mai 1928, à Kafr-al-Mosseilha dans une famille de la petite bourgeoisie de la province de Ménouféya. A cette époque, dans cette région rurale du Delta, l?éducation est un luxe réservé aux privilégiés. Son père, modeste fonctionnaire du ministère de la justice, consacre toutes ses économies à l?enseignement de ses fils, dans une école privée. «Cela représentait une fortune, au-delà des moyens des Moubarak. Le jeune Hosni en a gardé une reconnaissance infinie pour son père, ainsi qu?un sentiment de culpabilité. Il s?est juré que son excellence serait à la mesure du sacrifice paternel. La volonté de réussir ne l?a jamais quitté depuis. Il ne s?agit pas d?ambition, mais de devoir.»

Son père le voulait avocat, mais le jeune homme n?est pas un intellectuel. Il intègre l?Académie militaire et y trouve un univers qui le conforte dans ses valeurs : discipline, rigueur, sens du devoir, respect de la hiérarchie. Il rêvait de piloter des avions, il sort de l?Ecole de l?air en mars 1950 avec un diplôme de pilote de combat. Le rêve devient cauchemar avec la débâcle de 1967 contre Israël. «Il était chef d?escadron , raconte Adib. «Il a vécu cet épisode comme sa première défaite, insupportable. Cet homme n?accepte pas la défaite. C?est obsessionnel. Par exemple, il n?arrêtera jamais une partie de tric-trac, un jeu qu?il affectionne, tant qu?il n?aura pas remporté la dernière manche. Le repas peut avoir été servi, il le fera réchauffer dix fois plutôt que de rester sur une défaite.»

Après 1967, il met toute sa volonté et son obstination au service de la réorganisation de l?aviation moribonde du pays et forme les futurs pilotes d?une main de fer. Nommé commandant des forces aériennes par Anouar Al-Sadate en 1972, le succès de la guerre de 1973 contre Israël lui sera en partie attribué.

Le président Sadate en décide autrement en le nommant, en avril 1975, vice-président. «Moubarak était le «second» idéal : un homme discipliné, travailleur, loyal, sans ambition ni charisme, note Hicham Kassem, vice-directeur du journal indépendant Masry Al-Youm , qui milite aujourd?hui dans l?opposition. «Le secrétaire d?Etat américain d?alors, Henry Kiss inger, qui le rencontra, à cette époque, crut qu?il appartenait au petit personnel, tant il était effacé.» En réalité, durant six ans de vice-présidence, Moubarak se familiarise avec les dossiers et les rouages de l?Etat. Nommé vice-président du PND -Parti national démocrate, au pouvoir- en 1978, il préside régulièrement le conseil des ministres et sert d?émissaire de Sadate auprès de chefs d?Etat occidentaux et arabes.

Le 6 octobre 1981, un commando islamiste assassine Sadate au cours d?une parade militaire. Moubarak était assis à ses côtés. «Il m?a raconté que, ce soir-là, il s?est endormi terrifié, confie Adib, mais qu?il n?était pas question de se soustraire à son devoir. C?était le soldat qui parlait.» L?état d?urgence est instauré. Il est toujours en vigueur. Une semaine plus tard, unique candidat à la présidence, il est plébiscité, conformément à la Constitution. Il devient ainsi le quatrième président égyptien. En libérant les 1 536 islamistes arrêtés sous Sadate et en visitant les chefs d?opposition, Moubarak place son mandat sous le signe de la réconciliation nationale.

Il s?escrime ensuite à rétablir les liens avec les pays arabes, rompus après l?accord de paix israélo-égyptien signé par Sadate. Les efforts diplomatiques sont fructueux et l?Egypte retrouve sa place de leader dans la région au bout de quelques années. Quand l?Irak envahit le Koweït, le 2 août 1990, il parvient à rallier les pays arabes sous la bannière américaine. «Ce fut son coup de maître, explique Adib. Les avantages qu?il en a retirés sont la meilleure opération économique jamais réalisée en Egypte.» L?annulation de la moitié de la dette extérieure du pays permet en effet de lancer la première réforme sérieuse de l?économie. Sur le plan international, le raïs s?impose comme l?interlocuteur privilégié des Américains au Moyen-Orient.

Si la libéralisation économique est en cours, la libéralisation politique ne suit pas. Au zénith de sa gloire, le président opère une centralisation des pouvoirs. Les ministres sont réduits au rôle de pions interchangeables. Le Parlement, les partis et les syndicats sont placés sous contrôle. Seule opposition au régime, le mouvement islamiste commet plusieurs attentats. Ses franges extrémistes tentent de l?assassiner à plusieurs reprises. La répression est sans pitié. En moins de dix ans, 68 personnes sont exécutées, 15 000 autres emprisonnées.

Les Frères musulmans, qui ont officiellement condamné toute forme de violence, continuent aujourd?hui à susciter sa suspicion. La confrérie, bien que tolérée, demeure interdite en tant que parti, tout comme les formations politiques présentant une menace pour le PND.

«Cette évolution s?explique par l?âme profondément militaire du raïs, pense Hisham Kassem, du journal Masry Al-Youm. Il a d?abord écarté du pouvoir les appa ratchiks arrivés avec Nasser, puis il s?est mis à gouverner le pays comme on dirige des opérations armées, dans le secret, au sein d?une salle d?opération.»

Selon Emad Eddine Adib, ce n?est pas de la paranoïa, «mais une confiance limitée. Il passe 60 à 80 coups de téléphone par jour à ses sources personnelles en Egypte ou ailleurs. Il écoute, vérifie, refuse d?être manipulé. Il doit sa survie à cet esprit calculateur. Il n?agit jamais sans avoir examiné tous les scénarios. Certains en concluent qu?il est lent. Il est en fait le maestro qui choisit le tempo de sa partition».

<B>«Moubarak a devant lui une opportunité extraordinaire. En autorisant des élections pluralistes, il a ouvert une petite brèche. Il a maintenant le choix d?ouvrir grand les portes et d?entrer dans l?Histoire comme l?homme qui aura mené l?Egypte à la démocratie.»

Mais, après vingt-quatre ans passés à gouverner sans partage, Moubarak a fini par lasser. L?Egypte est en proie à une grave crise économique, avec un taux de chômage élevé (20 % selon les estimations officieuses) et un fossé grandissant entre riches et pauvres. Tandis que l?ancien président américain Bill Clinton ne tarissait pas d?éloges à son égard, l?administration Bush critique son déficit démocratique. Les pressions se sont accrues et, avec elles, celles de la rue, sous forme de manifestations, pourtant interdites, qui ne montrent aucun signe de fatigue. «Le président a d?abord mal vécu ces protestations, raconte Adib. Il les a perçues comme de l?ingratitude à son égard. Il se considère sincèrement comme un père qui a dédié sa vie aux intérêts de son peup le.»

A en croire ce petit vendeur anonyme, rencontré au Caire la veille de l?élection, «Moubarak peut bien avoir tous les défauts du monde, il est comme un père. On ne l?a pas choisi et on ne peut pas en changer....»

«Le raïs a compris que les Egyptiens sont mûrs pour le changement, assure encore M. Adib. D??importantes réformes auront lieu dans les prochains mois.» Certains en doutent et le suspectent de préparer son fils Gamal à sa succession. Ahmed Fouly, lui, se refuse à tout pronostic. Longtemps général au service de la sécurité présidentielle, il a gardé de bons souvenirs du raïs, tout en appartenant aujourd?hui à l?opposition. «Dieu seul sait ce que l?avenir nous réserve, dit-il. Mais une chose est sûre : Moubarak a devant lui une opportunité extraordinaire. En autorisant des élections pluralistes, il a ouvert une petite brèche. Il a maintenant le choix d?ouvrir grand les portes et d?entrer dans l?Histoire comme l?homme qui aura mené l?Egypte à la démocratie.».

<B>© 2005 Le Monde News Service-

Distribué par The New York Times Syndicate

<B>Par Cécile HENNION</B>

<B>L?égypte en bref</B>

État de l?Afrique du Nord-Est, le plus peuplé du monde arabe ; 1 million de km2 ; 58 300 000 h. (Égyptiens).

■ Institutions ? République depuis juin 1953. Constitution de 1971, amendée en 1980. Président de la République élu pour 6 ans sur proposition de l?Assemblée du peuple. Premier ministre responsable devant l?Assemblée du peuple (10 de ses membres sont nommés par le président de la République) élue pour 5 ans.

■ Géographie ? La quasi-totalité de la population se concentre dans la vallée du Nil, qui représente moins de 5 % de la superficie du pays, dont le reste est formé de déserts parsemés d?oasis. La crue du Nil (août-sept.) a longtemps rythmé la vie du pays. Aujourd?hui, la construction de barrages-réservoirs (dont le «haut barrage» d?Assouan) permet une irrigation pérenne qui a autorisé le développement des cultures commerciales (canne à sucre et surtout coton), à côté des traditionnelles cultures céréalières (blé, maïs, riz). L?industrie (textile surtout) est peu développée, malgré la présence du pétrole. La population a un niveau de vie d?autant plus faible qu?elle s?accroît toujours rapidement (de plus de 2 % par an). Le problème du surpeuplement est grave, notamment au Caire, la plus grande ville d?Afrique. Les envois des émigrés, les revenus du canal de Suez et du tourisme ne comblent pas le lourd déficit commercial.

■ L?Égypte républicaine. 1952 : les officiers libres dirigés par Néguib et Nasser prennent le pouvoir. 1953 :

la république est proclamée. 1954 : Nasser devient le seul maître du pays. 1956 : Nasser obtient des Soviétiques le financement du haut barrage d?Assouan et nationalise le canal de Suez, ce qui provoque un conflit avec Israël et l?intervention militaire franco-britannique. 1958-1961 : l?Égypte et la Syrie forment la République arabe unie, présidée par Nasser. 1967 : l?Égypte est défaite lors de la guerre des six jours. 1970 : Sadate succède à Nasser. 1973 : la guerre du Kippour s?achève de façon honorable pour l?Égypte.

1976 : l?Égypte rompt ses relations avec l?U. R.S. S. et expulse les derniers conseillers soviétiques.

1979 : le traité de paix avec Israël est signé à Washington conformément aux accords de Camp David. 1981 : Sadate est assassiné par des extrémistes islamistes. Moubarak devient président de la République. 1982 : l?Égypte récupère le Sinaï. Mise au ban du monde arabe après la signature de la paix avec Israël, l?Égypte s?en rapproche à partir de 1983-84. Sous la pression des fondamentalistes musulmans, elle procède à une certaine islamisation des lois, de la Constitution et de l?enseignement. 1987-88 : la plupart des pays arabes rétablissent leurs relations diplomatiques avec l?Égypte. 1989 : l?Égypte est réintégrée au sein de la Ligue arabe. 1991 : lors de la guerre du Golfe, l?Égypte participe à la force multinationale. Depuis 1993 : le gouvernement exerce une sévère répression contre les islamistes qui multiplient les attentats.

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