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Histoires de famille
«On s?est aimé, on s?est marié et on se sépare ici?» «Ici», c?est le Family Court, division de la Cour suprême de Port-Louis qui traite de toutes les affaires familiales. Shenaz, 24 ans, est venue car elle n?est pas prête à renoncer à sa fille, l?unique souvenir qui lui reste d?un mariage ayant duré quatre ans. «Rezman ki nou pann marye sivil, sinon sa ti pou pran plis letan?»
Le temps, justement, on n?en perd plus depuis que la cour est opérationnelle depuis le 7 janvier de cette année, à la grande satisfaction de tout le monde : huissiers, avocats, avoués, policiers et les principaux concernés, mari et femme en situation conflictuelle, venus quémander justice. L?adage laver son linge sale en? familles ne pouvait que mieux sied.
Depuis cette date fatidique du 7, la cour siègera du lundi au vendredi, cela pendant toute l?année, pour entendre les procès relatifs uniquement aux divorces, à la garde d?enfants, au droit de visite et à la pension alimentaire. Ce qui provoquera un allègement des procédures, notamment dans le délai de passage des différentes affaires devant le juge.
Dans la cour, une cinquantaine de visages, pour la plupart jeunes et crispées, comme celui de Shenaz. Elle attend tranquillement debout, à l?ombre ? chaleur et soleil de la capitale obligent ? qu?un des deux agents de police affectés à la Family Court l?appelle. Les plus chanceux ont pu se trouver une place sur les très rares bancs présents dans la cour.
«Koste, koste. Mo pou appel zot non la pou ki zot pass devan ziz», tonne l?agent de police, pressée et soucieuse que l?on respecte ses moindres consignes.
Delai record</B>
Mais pour Shenaz, comme pour la majorité de ceux présents, c?est leur première fois en cour. Même si elle ne sait pas ce qu?il faut faire, Shenaz ne semble pas impressionnée. Elle veut en «finir une bonne fois. Nepli kapav kontan kan zot tro fer. Selma se vre ki se pli fasil kan pena zenfan?».
La Court Room No. 9 grouille de monde en ce jeudi matin. Après les cas préliminaires, place aux cas «mentionnés pour être fixés». Ouf de soulagement pour Shenaz. Confortablement installés sur les trois seuls bancs de la petite salle avec leurs dossiers en main : avocats, avoués et clercs. Et puis, en file indienne, contre les parois en bois de la cour avec une porte pour entrée unique, les «parties» qui attendent patiemment leur tour. En tout et pour tout, une quinzaine de minutes d?attente avant de se présenter devant monsieur le juge. Ce jeudi matin, c?est le juge Abduraffeek Hamuth qui préside les audiences.
Arrive le tour de Shenaz. Après quelques échanges entre juge, huissier et avocat, qui ne va durer que trois à quatre petites minutes, la date du prochain rendez-vous est fixée dans deux semaines. Délai record avec l?avènement de la Family Court.
Une des nouveautés qu?augure cette instance de justice se situe, effectivement, au niveau des délais des affaires entendues. Il fallait jusqu?à très récemment attendre deux à trois mois pour que les cas, une fois présentés, ne le soient à nouveau en cour. A présent, trois semaines paraissent une éternité.
Par ailleurs, en ce seul jour, une bonne soixantaine de cas préliminaires a été présentée et d?autres fixés à une date ultérieure. Arrivé à 10 h 30, le juge qui endosse par la même, la robe de juge et de conseiller matrimonial, en avait fini à 11 h 30. Pas de jugement à rendre aujourd?hui. Avocats et avoués regagnent leur bureau pour recevoir leurs clients pour d?autres conseils.
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